Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

10/11/2013

Comment sortir du cycle infernal de la consommation ?

Quel que soit l'âge, le sexe, la nationalité, le métier et la culture, nous sommes tous désormais et en priorité des consommateurs. Et les publicitaires comme les agences de communication ciblent tous azimuts pour que les populations achètent des marchandises et des services. Et aujourd'hui, pour les grands de ce monde, je pense aux principales fortunes mondiales qui reposent justement sur le commerce, tout ralentissement de la consommation mondiale est un signal d'alarme à traiter en urgence.

Il y a cinquante ans, c'est la production qui était au coeur de notre économie, nationale comme mondiale. Et la place d'une entreprise comme Renault en témoigne, avec la célèbre formule d'un député gaulliste "Quand Renault éternue, la France s'enrhume". Mais la production agricole, la pêche, la sidérurgie et toutes les industries manufacturières occupaient la très grande majorité des actifs jusque dans les années 70. Et à l'époque, notre pays savait surmonter les crises, voire les guerres, car il disposait d'un appareil productif qui était mobilisable.

Pub_Renault.JPG

Aujourd'hui, notre économie repose de plus en plus sur son offre de services et les citoyens consomment ces services (banque, assurance, restauration, tourisme, télécom, aides à domicile, ...), mais aussi des produits importés de toute la planète. Cette économie de la consommation est donc très sensible aux crises ! Et quand on nous répète que c'est grâce à la construction européenne qu'il n'y a plus de guerre en Europe, c'est une mystification ; il n'y a plus de guerre parce que ceux qui tirent les profits du commerce européen ne veulent pas que la consommation baisse. Nous devons consommer de l'essence, de l'eau, de l'électricité, du multimédia, des produits bancaires (avec intérêts ou agios), de l'alimentaire de grande surface, des loisirs, ... Et si nous montrons quelques signes de faiblesse, alors le crédit bancaire est là pour nous donner une petite bouffée d'oxygène. Le patron de la banque centrale européenne (BCE) ne vient-il pas de baisser une nouvelle fois les taux d'intérêts européens ? La BCE prête désormais à 0,25%, un taux qui favorise la consommation comme aux Etats-Unis (0,25%) ou encore au Japon (0,1%). A l'inverse, les fameux BRICS prêtent à des taux bien plus élevés : 6% en Chine, 8,25% en Russie et 9,5% au Brésil !

Taux_BCE_FED.JPG

"Je consomme, donc je suis", voilà comment le fameux doute méthodique de Descartes est réduit à néant. Car dans son "Cogito ergo sum", Descartes décrit un être pensant qui prouve jusqu'à l'existence de Dieu ; la pensée peut permettre de se rassurer sur sa propre existence, mais elle peut aussi faire adhérer à une idéologie collective. Or, l'homme moderne semble dépourvu de toute liberté de penser, il est devenu un simple consommateur matérialiste. Il ne faut pas oublier les propos de l'ancien patron de TF1, Patrick Le Lay : "Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau disponible". Cette phrase est abominable, mais elle résume très bien notre société productiviste et consumériste.

Mais imaginons que tout à coup la population prend conscience de la superficialité de ce modèle économique ! Allez, pas besoin d'acheter des cadeaux à Noël, pas besoin de changer de smartphone tous les ans, pas besoin de changer de voiture avant qu'elle ne soit vraiment usée, pas de week-end à Lisbonne avec easyJet, pas de week-end avec les enfants à eurodisney, plutôt un bon repas avec les copains à la maison que le Buffalo Gill, etc. Vous imaginez le cauchemar des patrons du CAC40 et du ministre de l'économie ? Non, justement, ils y pensent tous les jours et ils font tout ce qu'ils peuvent pour que nous puissions consommer à donf.

L'INSEE mesure régulièrement la consommation des ménages, et hormis quelques accidents de parcours dans les cinquante dernières années, la consommation des ménages a augmenté d'année en année, que ce soit pour les services ou pour les biens manufacturés :

consommation_menages_50_ans.JPG

La consommation des ménages français est même le seul vecteur de croissance en ce moment, ni les exportations et ni l'investissement des entreprises sont en mesure de remplir les caisses de la nation.

Mais alors, comment en cette période de fort chômage qui nous vaut même une baisse de la note chez Standard & Poors la consommation des ménages français peut-elle encore croître ? Un article paru sur Slate.fr cet été a répondu partiellement avec l'invasion des "métiers à la con" ; l'idée sous-jacente étant que si la technologie pouvait nous permettre de ne travailler que 20 heures par semaine, le système valorise des métiers qui ne servent à rien afin que le modèle économique dominant ne s'effondre pas. Mais cette hypocrisie systémique engendre aussi beaucoup de mal-être au travail ! De plus en plus de salariés ne savent plus pourquoi ils travaillent, et pour qui. Derrière leurs tableaux Excel et leurs présentations Powerpoint, des centaines de milliers de salariés exercent des tâches qui ne sont plus en lien direct avec les consommateurs ou les clients. Tout devient virtuel, mais l'essentiel c'est quand même que les salariés restent des consommateurs !

Nos enfants ont-ils encore des métiers dans leurs rêves d'avenir ? Non, ils aspirent surtout à pouvoir consommer ; qu'importe l'emploi, même précaire s'il est bien rémunéré. Et cela conduit aussi beaucoup de jeunes des cités à vivre de petits trafics ... et il n'y a pas que les jeunes, on trouve cet appât du gain facile jusque dans certains services de l'Etat :=(

Or, le consumérisme est une quasi-religion et ses détracteurs sont des mécréants. Le mot "décroissance" est voué à la sainte inquisition. Pierre Rabhi s'en tire mieux avec sa "sobriété heureuse" ;-)

sobriete_heureuse.png

Bon, mais on en sort comment ??? Certainement pas au travers de nos institutions toutes vouées au culte du consumérisme ... Et pas plus d'ailleurs avec une démocratie qui reproduit le même modèle de société, et cela de génération en génération. Alors la révolution ? Il y a longtemps que le mythe du grand soir s'est éteint, et si les sans-culottes de 1789 n'avaient rien à perdre, il n'en va pas de même de nos contemporains qui ont tous au moins un crédit sur les épaules et la maison de retraite d'un aïeul sur les bras ...

Je crois par contre beaucoup plus aux effets positifs de l'expérimentation, et ça commence sur tous nos territoires ruraux. Je fais sciemment cette distinction parce que les 40% de français qui vivent dans les 25 métropoles ou très grandes agglomérations françaises sont au coeur du système (elles produisent les deux tiers de la richesse nationale) ; l'excellent reportage de France 3 à la fin octobre, La France en face : la carte des fragilités sociales de Jean-Robert Viallet, réalisé à partir des études des géographes Christophe Guilluy et Christophe Noyé.

La_france_en_face_fragilites_sociales.JPG

Tous les espaces en bleu sur la carte ci-dessus sont des terrains d'expérimentation, pour des territoires en transition où une économie circulaire pourrait se développer. Les concepts sont bien documentés, des exemples existent et la réplication peut se faire sans limite. Mais il faut les bonnes personnes au bon moment et au bon endroit ...

28/10/2013

Ces leaders politiques qui sombrent dans la comm' spectacle ...

Outre que les projets, que les politiques et que les réformes mises en oeuvre ces dernières années par les dirigeants politiques déçoivent les citoyens, et jusqu'au désespoir, nos femmes et hommes politiques prennent des postures de star dans la presse et dans les médias. Allez ensuite stigmatiser l'électorat des candidats du rassemblement bleu marine :=(

Et c'est la photo de Ségolène dans un quotidien qui me fait réagir :

SRParisienMag.jpg

Ridicule ! C'est quoi le message ? Un appel à la révolution derrière une nouvelle Marianne marchant sur Paris ? Mais l'héroïne de Delacroix montrait plus de fougue et elle avançait au milieu des combats de rue ... Là, nous avons une fade posture pour disputer le drapeau tricolore à Marine Le Pen. Un symbole, mais une vacuité saisissante !

Pour ma part, et loin de ces tableaux qui exaltent le patriotisme, j'ai toujours eu un faible pour la semeuse de Louis Oscar Roty. Elle tient sa place sur nos pièces de monnaie et sur les timbres-poste depuis le tout début du 20ème siècle :

1fr60.jpg

france_50c.jpg

timbres_semeuse_marianne.JPG

Cette image est universelle et c'est surtout son message qui est universel : semer aujourd'hui pour récolter demain. C'est un peu le Sisyphe heureux de Camus réitérant le même geste et les mêmes tâches de saison en saison ...

Alors, que nos dirigeants politiques aient la modestie de s'astreindre à leurs propres tâches, qu'ils soient assez responsables pour prendre la mesure de l'état du Monde et qu'ils deviennent enfin audacieux. Le système économique dominant, avec son triptyque Productivisme-Matérialisme-Consumérisme, met 7 milliards d'êtres humains dans un état qu'aucune guerre n'a jamais produit. Nous aurons de plus en plus de populations déplacées, la quête des ressources naturelles alimente depuis bien longtemps les tensions géopolitiques, les replis nationalistes ou idéologiques nourrissent le terrorisme, le capitalisme moderne paupérise des centaines de millions de travailleurs, le suicide et les maladies liées au mode de vie moderne sont un fléau, etc.

Il ne faut pas céder à un optimiste candide auquel contribuent les innovations technologiques et les activités ludiques bradées, mais comme le héros de Voltaire : "il faut cultiver notre jardin".

25/10/2013

Écotaxe : difficile à faire avaler la fiscalité écologique en France :=(

Toute la France s'est équipée de portiques sur les grands axes routiers non payants, et ceci afin d'enregistrer le passage des camions de plus de 3,5 tonnes. L'objectif ? Faire peser sur le transport routier une fiscalité suffisamment incitative pour que les donneurs d'ordre choisissent des solutions plus écologiques, à savoir les canaux ou le rail. Cette écotaxe devrait rapporter 1,5 milliards d'euros par an qui doivent être affectés à la valorisation des infrastructures fluviales et ferroviaires.

Ci-dessous un modèle de portique comme celui qui se trouve sur l'A750 au nord de Montpellier :

portique_ecotaxe.jpg

Cette écotaxe a été mise au point suite au Grenelle de l'Environnement, et toute l'infrastructure de contrôle et d'enregistrement des poids lourds a été mise en place par le gouvernement de François Fillon. Ce sont surtout les longs trajets pour des camions de marchandise qui sont ciblés ; plutôt que de faire voyager des marchandises de Lisbonne à Strasbourg par la route, le but est de remplacer la chaîne logistique 100% camion par des tronçons sur voie ferrée et sur canaux. Trois régions françaises ont réussi à négocier une petite ristourne auprès de gouvernement Fillon, il s'agit de la Bretagne, de l'Aquitaine et de Midi-Pyrénées, jugées trop éloignées des frontières de transit européen. Les entreprises de ces trois régions bénéficient donc d'une minoration de 50% de l'écotaxe en Bretagne, et de 30% pour les deux autres régions du Sud-Ouest.

L'écotaxe existe ailleurs en Europe, et la France est même très en retard sur la mise en place de ce type de fiscalité écologique. Par ailleurs, les boitiers qui seront installés dans les camions sont compatibles avec les autres systèmes européens ; les camions français n'auront donc pas à s'équiper pour aller en Autriche, en Suisse, en Allemagne et même en Tchéquie, mais les camions des flottes européennes n'auront pas non plus à s'équiper différemment pour traverser la France. Pour les entreprises françaises, ce sont 600.000 camions qui sont concernés et qui devront être équipés d'ici le 1er janvier 2014.

Les itinéraires retenus pour percevoir cette écotaxe se concentrent sur les axes les plus fréquentés par les camions, mais surtout par des camions qui parcourent des centaines de kilomètres par jour et qui ne vont pas aller se perdre sur des itinéraires secondaires pour échapper aux points de tarification ; il y en a 41.000 au total, chacun facturant un parcours de 4 km.

Pour le département de l'Hérault, les routes nationales non payantes et les routes départementales ou locales concernées sont représentées sur la carte ci-dessous :

Carte_ecotaxe_34.JPG

On voit immédiatement que les camions qui  assurent des liaisons locales ne seront pas taxés. Que ce soient des camions de chantier qui interviennent sur une localité ou que ce soient des camions citernes qui alimentent les stations-services du département, il leur faudra simplement éviter de trop souvent emprunter l'A75, l'A750 et quelques routes du littoral. Mais ce n'est quand même pas un handicap majeur pour la circulation des camions de plus de 3,5 T des entreprises héraultaises ... Et pour celles qui font de longs déplacements dans toute l'Europe, alors elles seront sur le même pied d'égalité que leurs concurrentes européennes.

La presse nationale a relayé la colère des éleveurs bretons qui réclament un moratoire sur l'écotaxe, car elle pourrait porter préjudice à leurs activités. Effectivement, les animaux élevés en Bretagne sont exportés dans toute l'Europe, que ce soit pour leur abattage à bas coût, comme en Allemagne, pour leur conditionnement ou pour leur consommation. Mais les centrales d'achat de la grande distribution impose leurs prix, elles refuseront de prendre en charge le surcoût lié à l'écotaxe et ce sera donc une charge financière de plus pour des éleveurs qui ne sortent plus la tête de l'eau.

Cette semaine dans l'Hérault, ce sont les viticulteurs qui ont mis le feu à une borne de tarification de l'écotaxe (cf. Midi Libre). Au passage, ce sont des milliers d'euros d'équipements électroniques qui sont partis en fumée ...

borne_ecotaxe_loupian.jpg

Comme leurs collègues bretons, les viticulteurs héraultais vont devoir supporter directement le poids financier de l'écotaxe sans pouvoir la répercuter sur les prix de vente du vin. Selon la FDSEA34, cela correspond à une charge de 50 centimes à 1 euro par hectolitre.

Alors faut-il jeter le bébé avec l'eau du bain ???

La fiscalité écologique n'a qu'un seul but : pousser les personnes à faire le choix de pratiques plus respectueuses de l'environnement. Tout le monde l'a compris avec le système du bonus et du malus pour l'achat d'une voiture neuve ; les acquéreurs de voitures peu émettrices de gaz à effet de serre bénéficient d'un bonus financier qui les conforte dans leur choix, alors qu'un malus tente de dissuader d'acheter une voiture plus polluante. Rien n'est interdit à personne, mais ceux qui sont imperméables aux urgences écologiques de notre 21ème siècle payent pour ceux qui veulent changer de pratiques.

Dans le cas de l'écotaxe sur les poids lourds, on peut reprocher à l'Etat de ne pas proposer beaucoup d'alternatives à ceux qui veulent trouver des alternatives au tout camion. Le ferroutage dans l'Hérault est inexistant, et exporter du vin dans toute l'Europe ne peut pas échapper aux itinéraires routiers. Mais honnêtement, une cave coopérative de l'Hérault qui exporte son vrac en Allemagne ou en Angleterre n'empruntera-t-elle pas les autoroutes payantes comme l'A9 et l'A6 ? Et les bouteilles en verre qui viennent de Vergèze, ne passent-elles pas sur l'A9 ?

Pour la Bretagne qui ne dispose pas d'autoroute concédée, l'écotaxe est un nouveau péage pour des itinéraires que les entreprises bretonnes utilisent déjà de longue date.

Reseau_autouroutes_payantes.png 

Carte_ecotaxe_FR.JPG

Alors pourquoi ces affrontements épisodiques ? Et pourquoi les entreprises de transport semblent-elles avoir accepté cette écotaxe ? En tous cas, nous ne voyons pas les fédérations de transporteurs routiers monter au créneau ... Nous n'avons pas vu de blocage de raffineries ou d'opération escargot qu'emploient habituellement les routiers pour faire valoir leurs droits ...

L'écotaxe n'est pas le problème, elle révèle simplement que certaines filières sont tellement asphyxiées financièrement qu'elles ne peuvent plus accepter la moindre réglementation nouvelle. Mais quand ces filières seront-elles unies pour faire plier les centrales d'achat ?