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28/03/2014

Terminal fruitier de Sète, chercher l'erreur ...

C'est en 2011 que le Président de Région Christian Bourquin est venu inaugurer le projet de Georges Frêche, doter la région Languedoc-Roussillon d'un outil économique qui boosterait le développement local autour du bassin de Thau. C'est un entrepôt de 26.232 m2 destiné à l'importation de fruits, ce terminal d'une capacité de 500.000 tonnes par an est l'un des plus beaux d'Europe selon son Président Marc Chevallier. C'est un bijou de la logistique du froid qui a été construit par GF Group, filiale de l'italien Orsero, avec des espaces de stockage ultra-modernes. Le coût pour la Région est de 20 millions d'euros.

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Il s'y ajoute la construction d'un deuxième quai de 467 mètres et de deux portiques à conteneurs qui sont livrés en ce début d'année 2014 (à 6 millions l'unité). A l'époque de Georges Frêche, la Région Languedoc-Roussillon avait budgétisé 300 millions d'euros pour moderniser et développer el port de Sète.

Mais la société israélienne Agrexco a fait faux bond dès le départ du projet, et ce terminal qui devait occuper 200 personnes n'a jamais dépassé la vingtaine d'employés pour des projets commerciaux incertains. Et le terminal vient de fermer définitivement !

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Ce terminal fait partie de tous ces grands projets inutiles, comme l'aéroport Notre-Dames-des-Landes ; l'outil est censé susciter le besoin et plus l'outil est pharaonique et plus les perspectives sont alléchantes. Mais au final, c'est le contribuable qui paye des sommes astronomiques pour enrichir des bureaux d'études, des cabinets d'experts, des grands groupes du bâtiment, et avec un retour sur investissement catastrophique. Cf article du journal Les Echos sur les investissements "dingues" qui plombent les finances des villes.

Le scrutin des municipales témoigne du désaveu des citoyens vis à vis de leurs représentants élus : plus confiance, ils sont tous pareils, ils ne changent rien, etc.

Les contrats chinois vont-ils créer de l'emploi en France ?

Non !

L'Etat français avait sorti le grand jeu à l'occasion de la visite à Lyon puis Paris du Président de la République populaire de Chine, Xi Jinping. La Garde républicaine, le faste de Versailles, un concert à l'Opéra Royal, un diner privé au Grand Trianon, ... ont émaillé ces trois journées dont l'objectif, sous couvert de fêter le cinquantenaire de la reconnaissance de la République populaire de Chine par Charles de Gaulle, était la signature de gros contrats.

Cinquante contrats commerciaux ont été signé pour 18 milliards d'euros, et ils concernent Airbus, PSA, GDF Suez, Aréva ou encore le groupe Orpéa. La médiatisation de ces contrats a été associée à une amélioration de notre balance commerciale avec la Chine, mais les médias se sont très rarement étalés sur leur contenu. Or, la principale question est de savoir si ces contrats sont bons pour notre économie nationale. Vont-ils créer de l'emploi en France ? Vont-ils faire rentrer de l'argent dans les caisses du Trésor Public ?

Or, en faisant construire des avions A320 à Tianjin, des voitures Peugeot ou Citroën en Chine, en développant en Chine les secteurs de l'énergie, en autorisant les banques et compagnies d'assurance françaises à investir 80 milliards de renminbis (monnaie chinoise locale) ou encore en construisant une maison de retraite médicalisées de 180 lits à Nanjing, combien d'emplois est-ce que cela génère en France ?

Parce qu'en même temps que ces mirobolants contrats étaient théâtralement signés, les chiffres du chômage pour le mois de février témoignaient d'une aggravation de la situation de l'emploi. Alors ou vont ces 18 milliards d'euros dont toutes les chaînes de télé et de radio nous ont rabattu les oreilles ?

Et puis on ne peut pas occulter les droits de l'homme en Chine.

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Liu Xiabo est le seul prix Nobel de la Paix à être en prison ; il a été condamné fin 2009 à 11 ans de prison pour ... "subversion du pouvoir de l’Etat". C'est en 2008 que cet intellectuel a élaboré la Charte 08, pour revendiquer une véritable démocratie en Chine ; cette charte a été signée par plusieurs centaines d'intellectuels et de militants des droits de l'homme de son pays. Sa femme Liu Xia est assignée à résidence, dans un isolement total.

Les patrons, les dirigeants et les actionnaires de grandes entreprises françaises vont gagner beaucoup d'argent avec ces contrats. Parallèlement, et face à l'accroissement des inégalités, les plus démunis comme ceux qui pensent que leur situation est précaire ne trouvent pas de réponse dans notre modèle de société, et ils le rejettent donc tout naturellement. Nos grands dirigeants politiques demeurent incapables de penser à un autre modèle, de reconnaître avec lucidité que la croissance économique  du 20ème siècle ne reviendra plus jamais. Jusqu'au point de rupture ?

05/03/2014

Les collectivités locales prochainement asphyxiées financièrement ...

Deux facteurs explicites incitent le gouvernement à réduire ses dotations aux collectivités locales, c'est d'une part la baisse du déficit public et d'autre part ce fameux pacte de responsabilités qui offre quelques dizaines de milliards d'euros de cadeaux aux entreprises françaises. Et puis il se cache un facteur plus structurel, l'Etat peut pousser les collectivités à des réorganisations de leurs missions par le levier budgétaire, là où l'Etat a échoué à convaincre par la concertation.

Les Départements ne veulent pas fusionner avec les Régions ? Et bien l'Etat va leur serrer le kiki jusqu'à ce que l'évidence budgétaire s'impose aux réticences partisanes. Les communes ne veulent pas fusionner pour créer des communes nouvelles ? Même pression budgétaire, quand la dotation sera réduite à peau de chagrin alors les toutes petites communes viendront frapper à la porte des plus grandes. Les communes ne veulent pas transférer ou mutualiser des compétences avec leur EPCI, et bien l'Etat va orienter ses dotations vers ces EPCI afin d'obliger les communes à rentrer dans le rang. Eh oui, l'argent est le nerf de la guerre !

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  Marylise Lebranchu a confirmé ces jours-ci dans la presse que son gouvernement ne s'arrêtera pas aux 4,5 milliards de baisse de la dotation globale de fonctionnement (DGF) sur 2014 et 2015. Dix autres milliards seraient à prélever sur ces dotations aux collectivités locales d'ici la fin du quinquennat de François Hollande.

Un pacte de responsabilité en début d'année avec le patronat et les syndicats de salariés, un programme de stabilité en préparation pour le mois d'avril à Matignon et les élus locaux seront donc fixés après les municipales sur leur sort. Car le gouvernement ne se contenterait pas que de la DGF, il réfléchit aussi au fonds de compensation de la TVA (FCTVA) qui permet aux collectivités de se faire rembourser une partie de la TVA sur leurs investissements. Il réfléchit aussi au fonds de compensation de dégrèvements d'impôts ; l'Etat compense en effet le manque à gagner par les collectivités quand l'Etat décide des exonérations, des abattements ou des dégrèvements sur la fiscalité locale. Ci-dessous la répartition exacte des transferts de l'Etat vers les collectivités locales :

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Mais le pavé que la ministre Lebranchu a jeté dans la mare des collectivités locales, c'est l'augmentation de 3 milliards d'euros chaque année de leurs dépenses. Ecrit comme ça, tout seul sur une page blanche, ça fait effectivement un très gros chiffre. Mais mis à côté des dépenses totales de fonctionnement et d'investissement des Régions, des Départements, des Communes, de leur EPCI et de leurs syndicats mixtes, ça relativise pas mal ... Ce qu'on appelle les administrations publiques locales (APUL) ont dépensé 157,6 Md€ pour leur fonctionnement en 2012 et 68,2 Md€ d'investissement. Ces 3 Md€ d'augmentation annuelle est donc à juxtaposer avec une dépense totale annuelle de 226 Md€ ! C'est à dire +1,32 % d'augmentation annuelle ... et avec un taux d'inflation en 2013 qui a été de +0,9%. Sans oublier que l'Etat transfère aussi, ou plutôt abandonne aux collectivités locales des missions en matière d'éducation (cf. activités périscolaires en marge de la réforme des rythmes scolaires), d'environnement (gestion des milieux aquatiques, traitement des déchets, corridors écologiques, ...), de santé (maisons médicales de garde, contrats locaux de santé, ...), de sécurité (CLSPD/CISPD, police municipale, justice de proximité, ...), etc.

En passant, il faut lire le rapport annuel de l'Observatoire des Finances Locales (OFL) ; le rapport de l'année 2013 apporte des éléments d'information très précieux pour appréhender tous ces mécanismes par lesquels nos dirigeants font passer des dosettes d'une réforme générale de plus long terme.

Quant à faire des économies de fonctionnement, il y a effectivement des nécessités conjoncturelles et des pistes à explorer ; la mutualisation est en effet à généraliser.