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10/05/2018

Emplois et métiers de demain, quels sont-ils vraiment ?

Toute la classe politique aux affaires et tous les économistes partisans d'un ordolibéralisme décomplexé nous l'assènent jour après jour, les emplois et les métiers d'aujourd'hui, confrontés aux nouvelles technologies, vont disparaître pour donner lieu à d'autres métiers et emplois. Ainsi, une vingtaine d'experts du domaine numérique (universitaires et professionnels), réunis il y a un an par Dell et l'Institut pour le Futur afin d'anticiper les nombreux changements à prévoir pour le monde de l'entreprise et du travail, ont produit une étude à la suite de leurs analyses ; ils y indiquent que « 85% des emplois en 2030 n'existent même pas encore aujourd'hui ».  Par ailleurs, d'autres études américains et françaises diffusent largement que 65% des écoliers d’aujourd’hui exerceront des métiers qui n’existent pas encore ...

Ce qui est certain, avéré et mesuré par toutes les agences qui suivent le marché de l'emploi, c'est que ces nouvelles technologies (automatique, robotisation, intelligence artificielle, ...) réduisent de 90% le coût du travail, quand la délocalisation le réduit déjà de 75% (selon un article du Figaro). Les entreprises vont donc continuer à supprimer ces emplois traditionnels, disons même historiques, pour passer au tout numérique. Et ce n'est pas un phénomène nouveau ; en 1968 était inauguré le premier distributeur automatique de billets rue Auber à Paris, puis les guichets automatiques se sont généralisés depuis une trentaine d'années se substituant totalement aux métiers d'une agence bancaire (retrait et dépôt d'argent liquide, relevés de compte, édition de RIB, dépôt de chèques, ...).

DAB_Auber_1967_SMC.jpg

La liste de tous les emplois de « l'ancien monde » que le numérique a supprimé serait interminable, et elle ne cesse de s'allonger. Déjà, le commerce en ligne met à mal les géants de la grande distribution ainsi que les commerces de centre-ville, car les boutiques en ligne apportent d'énormes avantages (ouverture 24H/24, tous les modèles ou produits visibles en un clic de souris, des conseils d'utilisation et des vidéos de démonstration à foison, ...), et sans qu'à l'évidence il n'y ait d'inconvénient pour le consommateur. Demain par exemple, il n'y aurait plus de chauffeur de taxi dans les grandes métropoles, mais simplement des véhicules autonomes sans chauffeur.  Mais ce que l'on pourrait considérer comme un vecteur d'émancipation accentue l'individualisme et il met en danger à moyen terme notre système social. Alors quels emplois et quels métiers seront proposés à la population active du « nouveau monde » ?

Mahjoubi_Penicaud_10knum.jpgDébut avril, Mounir Mahjoubi (secrétaire d'État chargé du Numérique) et Muriel Pénicaud (ministre du Travail) lançaient le programme 10 000 formations dans le numérique (10KNUM). Un million de jeunes et un million de demandeurs d'emploi sont concernés, alors que le numérique ne propose aujourd'hui que 80 000 emplois. Mais comme l'indique cet article du Monde, les métiers de demain restent à inventer, même s'il évoque quelques exemples qui suscitent plus l'amusement que l'engouement : « murateur, data-miner, nomadeur, numéropathe, conseiller en productivité, désorganisateur d’entreprise, spéculateur en monnaie alternative, imprimeur 3D, designer d’habitat virtuel, créateur d’énergie, génomicien, codeur, éclairagiste LiFi, installeur domotique, Web rédacteur, ... ». Il s'avère aussi que les filières économiques de demain peuvent se révéler très éphémères ; en témoigne le marché de la cigarette électronique qui s'essouffle déjà après avoir fait preuve d'innovation technique, de créativité marchande et de couverture commerciale expansive.

Il est donc assez paradoxal que le gouvernement souhaite orienter le parcours scolaire des jeunes vers l'emploi alors que la majorité de ces emplois ne sont pas encore connus ... Il ne faudrait donc plus leur apprendre à exercer un métier ou à occuper un emploi, mais bien leur apprendre à en changer plusieurs fois au cours de leur vie active ; cela plaide d'ailleurs pour donner plus de moyen à l'enseignement, ainsi qu'à l'enseignement supérieur ...

Personnellement, je pense qu'il faut réinvestir les métiers courants indispensables à la vie en société tout en réduisant le temps de travail et en instaurant le revenu universel. Collectivement, notre pays crée des richesses très inégalement redistribuées, et attribuer à chaque enfant et à chaque adulte un revenu de base qui s'ajouterait aux autres revenus (du travail, du patrimoine, de l'épargne, ...) est une révolution sociale qui va inévitablement s'imposer pour éviter le chaos social. Alors cessons de croire aux promesses infantilisantes de nos dirigeants (politiques et économiques) pour faire des choix plus responsables.

29/04/2018

Développement économique en Coeur d'Hérault, à qui doit-il profiter ?

Le développement économique local est dans toutes les bouches et fait couler beaucoup d'encre, mais de quoi parle-t-on réellement ? Pour les entrepreneurs eux-mêmes, au travers de leurs structures représentatives (associations, syndicats patronaux, chambres consulaires, ...), il s'agit de voir des projets se créer, se développer et s'inscrire dans la durée. La remise annuelle des prix de la Très Petite Entreprise (TPE) sur le Cœur d'Hérault fait écho à l'enthousiasme des porteurs de projet, et les outils mis en place par la Maison de l'économie du Cœur d'Hérault contribuent à leurs réussites. C'est la facette positive souvent médiatisée du développement économique local, et il est naturel que chacun(e) s'en félicite.

Pour les collectivités locales, leurs établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) et leurs syndicats mixtes, le développement économique local se décline de façon plus hétérogène, et essentiellement sous l'angle du foncier d'entreprises. Le feuilleton de la Salamane en témoigne sur le Clermontais, dans un EPCI qui a en réalité mis tous ses œufs dans un seul panier. Nos voisins de la Vallée de l'Hérault ont eux neuf parcs d'activité sur Aniane, Gignac, Montarnaud, le Pouget, Saint-André-de-Sangonis et Saint-Pargoire. Le Lodévois-Larzac dispose de six parcs d'activité sur Le Bosc, Le Caylar, Lodève et Soubès, plus un hôtel d'entreprises intercommunal à Soubès. Mais les élus locaux sont obnubilés par ce volet foncier, et ils en oublient le volet social.

Pôle emploi comble cette lacune car cette agence de l’État publie régulièrement des documents sur le marché du travail et sur les besoins en main d’œuvre des entreprises du bassin d'emploi de Lodève (et qui épouse le territoire du Cœur d'Hérault). Les derniers indicateurs publiés sur le marché du travail indiquent qu'à fin décembre 2017 il y avait 8 959 demandeurs d'emploi sur ce bassin d'emploi (cf. document en version PDF). Et les besoins en main d’œuvre exprimés par les entrepreneur du bassin d'emploi de Lodève pour 2018 est évalué à 2 710 intentions d'embauche (cf. document en version PDF). Il ne faut pas être très calé en arithmétique pour constater en un coup d’œil que le tissu économique du territoire est très loin de satisfaire les attentes des demandeurs d'emploi. Et les Rendez-vous de l'emploi qu'organisent les EPCI, pôle emploi et le Pays Cœur d'Hérault sont des gouttes d'eau dans un océan d'incertitudes professionnelles ...

PCH_Affiche-RDV-Emploi-mars-2018.jpg    Fly_rdv_2017-Fév-CCC.jpg

La première réponse la plus efficace, et elle n'est jamais évoquée, c'est de permettre à celles et ceux qui recherchent un emploi d'aller en trouver un là où il y en a ; car la mobilité au sein de la population active est un réel problème en France. Et il faut déjà donner envie d'avoir envie, c'est à dire de présenter les aspects les plus positifs de cette mobilité, tout en donnant les moyens pour qu'elle devienne réalité. Cela peut aller d'un projet Erasmus pour étudier une année en Europe à des moyens de transport plus denses pour rejoindre Béziers ou Montpellier.

La seconde réponse, que les EPCI tentent "maladroitement" de mettre en œuvre, c'est de faciliter la création d'entreprises. En effet, cela ne peut pas se limiter à proposer du foncier ; il doit inévitablement y avoir en amont des études prospectives qui prennent en compte les spécificités de notre territoire. Et là, c'est la page blanche :=(

Qu'indiquent les documents de pôle emploi ? Par exemple que l'emploi saisonnier représente 56% des recrutements prévus pour 2018, ou encore que l'agriculture correspond à un tiers des projets de recrutement, et cela sans difficulté remarquable de recrutement. En même temps, les métiers recherchés par les demandeurs d'emploi collent assez bien aux métiers recherchés par les employeurs : services à la personne et à la collectivité, commerce et vente, BTP, hôtellerie et restauration, etc. L'apprentissage et le formation professionnelle sont déficitaires sur le Cœur d'Hérault, et il y là une nécessité à le faire entendre par la Région et par l’État !

Autre indication, 64% des personnes inscrites à pôle emploi sur ce bassin d'emploi sont indemnisés ; ces 5 414 personnes sont à rapprocher des 5 789 inscrits en catégorie A. Pour les 3 170 inscrits en catégories B et C, leur accroissement est de +12;3% sur un an pour la catégorie B et +16% pour la C. Ce sont des personnes qui "travaillent un peu" et qui recherchent un emploi mieux adapté à leur situation (financière, familiale, patrimoniale, professionnelle, ...). Il y a derrière ces chiffres des révélateurs de paupérisation, et donc d'autres priorités sociales pour les collectivités locales.

Créer et pérenniser des emplois devrait être LA priorité de tous les acteurs économiques d'un territoire, et plus encore celui des élus locaux et des services de l’État. Car il est déjà loin ce temps où un commissariat général du Plan (CGP) définissait tous les cinq ans la planification économique du pays. Né au lendemain de la seconde guerre mondiale pour reconstruire la France, cette institution a disparu sous cet intitulé-là en 2006, et on la retrouve aujourd'hui avec une autre vocation moins intérieure, sous le label de France Stratégie. Mais les collectivités locales sont désormais face à une immense responsabilité, et l’État les place plus en concurrence les unes envers les autres qu'il ne leur fournit des outils stratégiques. Et c'est donc une mutation profonde de la classe politique locale qui permettra de prendre ce challenge socio-économique à bras le corps, à l'échelle de chacun des territoires.

25/04/2018

Le fiasco de la Salamane

Depuis 2008 que je suis élu communautaire sur le Clermontais, la zone d'activités de la Salamane est un véritable boulet. En 2008, le Président Alain Cazorla ouvre deux budgets annexes pour des zones d'activité économique, l'une à Clermont-l'Hérault (ZAE des Tanes-Hautes) et l'autre à Paulhan (ZAE de Vareilhes). Mais au même moment la centrale d'achats de Système U vient chercher 20 hectares pour s'installer à Clermont-l'Hérault, et depuis 2009 nous vivons au rythme de la Salamane. Mais pas selon un plan de développement qu'auraient élaborés les élus communautaires, non, mais au grès des propositions d'installation. Alain Cazorla a clôturé la ZAE des Tanes Hautes en 2012 et la ZAE de Vareilhes est à l'abandon. C'est un fiasco politique !

Nouvel épisode du feuilleton Salamane ce mois-ci avec la visite du préfet sur site le 12 avril. Il était prêt à lever le refus d'installer des commerces de détail à la Salamane, à certaines conditions, mais ce jour-là le maire de Clermont-l'Hérault se faisait l'écho des commerçants de sa commune en refusant lui aussi tout commerce à la Salamane. Et comme c'est lui qui délivre les permis de construire, la messe était dite.

C'est ce que le président Jean-Claude Lacroix a souhaité expliquer à son conseil communautaire ce mercredi soir, et il a été clair : aucun commerce ne s'installera à la Salamane, c'est sans appel. Les prises de parole sont essentiellement venues des conseillers de Clermont-l'Hérault, auxquels les vice-présidents de la CCC et leur président ont tenté d'apporter des réponses. Ce que j'en ai retenu c'est que beaucoup d'élus se sont dit trahis par des commerçants avec qui ils étaient en discussion depuis des mois, et avec une charte à la clé. Le mercredi 11 avril, les commerçants de Clermont-l'Hérault et leur maire Salvador Ruiz étaient d'accord pour tenir le même langage devant le préfet, mais le lendemain à l'issue de la visite de ce dernier ils l'informaient d'un avis contraire ...

JCL_Plan_Salamane_2.jpg

Et la rencontre prévue ce jeudi 26 avril avec les commerçants de Clermont-l'Hérault n'a guère d'autre intérêt que de crever l’abcès ; pourquoi ? Jean-Claude Lacroix avait appris à gérer l'hostilité de l'association Commercer et Investir en Clermontais (CIC) et de son président Thierry Viala, mais il a été décontenancé par la volte-face de l'association Clermont à plein cœur, de sa présidente Béatrice Fabre, ainsi que de la CCI.

Le 11 avril en Conseil communautaire, avec un ordre du jour consacré au vote des budgets, Jean-Claude Lacroix avait annoncé que si la réunion du lendemain se concluait sur un véto alors le budget annexe de la Salamane aurait besoin, en 2019, d'une subvention d'équilibre proche de celle accordée au centre aquatique, on est là autour du million d'euros. Mais ce soir devant l'assemblée communautaire, le président Lacroix a réfuté le terme de fiasco financier parce que ses services ont changé leur fusil d'épaule dès le lendemain de la visite du préfet. Il n'était plus question de geler 15% des lots cessibles pour du commerce, mais il fallait désormais ressortir des cartons tous les pétitionnaires en attente, et dans le domaine des services, de l'artisanat et de l'industrie. Aussi, le vice-président au développement économique, Olivier Brun, annonçait ce soir que la Salamane aurait bientôt tous ses lots commercialisés.

Mais à la sortie du conseil ce soir, les conseillers en étaient encore à se poser des questions ; tout le monde n'avait pas tout compris ...

Plan_Salamane_2.jpgPremière interrogation sur les lots contestés, ceux qui devaient accueillir des commerces, Jean-Claude Lacroix les a pointé comme les zones coloriées en bleu sur le plan de masse de la Salamane. Ce sont deux zones pour lesquelles la communauté de communes fera une moins-value financière en les vendant à des entreprises non commerciales. Or, la pomme de discorde qui aurait fait changer d'avis le maire de Clermont-l'Hérault et les commerçants, c'est le projet de SPM sur la pointe devant Système U, parce qu'au lieu d'y avoir une salle des fêtes, un espace pour les produits régionaux, un vétérinaire, ... il y a désormais un Buffalo Grill (contesté par le préfet lui-même) et des cellules commerciales à la location. Jean-Claude Lacroix nous a invité à aller sur Internet pour voir ce projet, et c'est en effet celui qui est sur la pointe, dans ce "triangle" :

Projet_Aquila_SPM.jpgAu final, on sort de là encore plus interrogatif qu'en y entrant ... Qu'est-ce qu'il y aura demain à côté de la station service Leclerc actuellement en construction et qui devrait être ouverte en juin ? Le projet de SPM verra-t-il ses permis de construire accordés par le maire de Clermont-l'Hérault ?

L'autre interrogation qui préoccupe les élus de Clermont-l'Hérault, c'est l'avenir des commerçants des Tanes-Basses qui pensaient investir à la Salamane pour échapper à des loyers prohibitifs qui les asphyxient ; vont-ils quitter Clermont-l'Hérault ? Et nous avons assisté à un ping-pong entre Marie Passieux qui attendait du président de la CCC qu'il fasse des propositions, et ce dernier qui lui répondait qu'il ne pouvait pas se substituer au maire de Clermont-l'Hérault ... Sauf qu'il y a un SCoT en cours d'élaboration, avec un Document d'Aménagement Commercial qui distribuera les zones commerciales entre Lodève, Gignac et Clermont-l'Hérault, et que le PLU de Clermont-l'Hérault permet des extensions urbaines, comme par exemple sur les Tanes-Hautes.

Pour conclure, je considère que la Salamane est aussi un fiasco économique, parce qu'à ne se focaliser que sur cette ZAE depuis bientôt 10 ans, que l'exécutif continuait ce soir de considérer comme une mine d'or, le Clermontais a tourné le dos au développement touristique, à l'agriculture et à l'artisanat, autant de filières qui peuvent créer de l'emploi et contribuer à un véritable projet de territoire. Par exemple, nos voisins de la Communauté de communes du Grand Orb sont ainsi plus multi-sectoriels, et plus offensifs en matière de tourisme (que nous le sommes avec nos seuls offices de tourisme), puisque le Grand Orb prévoit de créer un établissement d'hôtellerie de plein air moderne, et avec une expertise prise en charge par Hérault Tourisme qui doit être finalisée au printemps.

Mais le Clermontais ne pèsera pas grand chose dans le futur SCoT si l'exécutif intercommunal continue à phosphorer en petit cercle restreint. En exposant ce soir ma vision de la sectorisation du Clermontais, le président Lacroix m'a répondu qu'un bureau d'études était venu animer trois demi-journées de brainstorming, et que tout cela avait déjà été écrit ; qu'il fallait relire les compte-rendus. Sauf qu'aucun conseiller communautaire n'a jamais été invité à ces réunions et qu'aucun compte-rendu n'en a jamais été diffusé. Alors que nous avons pourtant une commission économique. Non, la démocratie sur le Clermontais ne se réduit qu'à la chambre haute, celle du conseil des maires (cf. ma note sur le bicamérisme local). Il faut ouvrir portes et fenêtres pour aérer tout ça ;-)