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23/10/2014

Un développement économique ... éclairé :=(

Je citais dans une précédente note les analyses produites par la Maison de l'Emploi du Cœur d'Hérault, mais la Région Languedoc-Roussillon produit elle aussi des données statistiques et des analyses qualitatives pour 18 zones d'emplois de la région et pour 34 secteurs d'activité. Ces photographies de notre activité économique sont essentielles, mais elles sont totalement absentes des débats, des travaux et des processus de prise de décision qui sont pourtant censés définir un chemin de développement pour notre territoire. Nous sommes le nez collé aux réalités conjoncturelles, mais nous sommes incapables de prendre de la hauteur pour apercevoir les pistes ou les écueils qui jalonnent notre cheminement.

Deux documents sont à étudier avec attention ; le premier est la Synthèse territoriale Emploi-Formation sur la zone d'emploi Clermont l'Hérault / Lodève, le second est le Cahier statistique Emploi-Formation pour cette même zone.

Que nous disent ces documents qui sont très récents (juillet 2014) ? Tout d'abord que nous avons sur le Cœur d'Hérault une croissance démographique record, la plus forte progression du Languedoc-Roussillon (+2,4% par an contre +1,3% par an en LR). 45% des nouveaux résidents sont des actifs en emploi et 24% sont des familles avec enfants. La part des moins de 15 ans y est la plus forte de la région (19% contre 17% sur toute la région LR).

population_PCH.JPG

Le niveau de vie est modeste en Cœur d'Hérault ; les revenus nets déclarés par foyer fiscal sont faibles (1579 € net mensuel contre 1713 € en LR) et la part des foyers fiscaux non imposés est élevée (58% contre 53% en LR). Le taux de population couverte par le RSA (11,6%) indique un certain niveau de difficultés sociales et il a augmenté de 12% entre 2009 et 2012.

Mais en même temps, le Cœur d'Hérault connait la plus forte croissance d'emplois de la région depuis 2007. Le parc d'établissements employeurs a augmenté de +5,7% sur le Cœur d'Hérault entre 2007 et 2012, alors qu'il n'a augmenté que de +1,4% sur le département de l'Hérault et qu'il a baissé de -1% sur le territoire de la région.

Emploi_Salarie_PCH.JPG

La part des employés en CDD ou en intérim est très élevé sur notre territoire, le recours au temps partiel est l'un des plus forts de la région (30% contre 24% en LR). A noter aussi que 21,1% des salariés du Cœur d'Hérault n'ont aucun diplôme.

Il n'y a pas sur le Cœur d'Hérault de très gros employeurs. Le plus gros employeur est Pierre Fabre à Avène (230 salariés au 31/01/2014), suivi d'Hyper U à Clermont l'Hérault (210 employés) et Advini à St-Félix-de-Lodez (210 employés). Les hôpitaux locaux de Lodève et de Clermont l'Hérault emploient respectivement 180 et 170 personnes. La plateforme logistique Système U à la Salamane ne compte que 110 salariés au 31 janvier 2014. En fait, l'essentiel de l'emploi sur le Cœur d'Hérault est généré par des établissements sans salarié (5133 établissements actifs sans salarié au 31/12/2011 pour un total de 6579 établissements actifs) ; et cet emploi non salarié caractérise le secteur agricole (71% des 1199 emplois agricoles sont non salariés), mais aussi l'artisanat, le commerce et certaines professions individuelles (assistante maternelle, aide à domicile, ...).

Le niveau de formation initiale est excellent sur le Cœur d'Hérault, et j'avais d'ailleurs déjà publié une note sur les très bons résultats au Bac pour les lycées de notre territoire. Mais ce sont les diplômés qui ont le plus de mal à trouver du travail ; la part des Bac+2 et plus parmi les demandeurs d'emploi est la plus élevée de la région (44% contre 43% en LR), alors que la part des non diplômés est la plus faible de la région (14,6% contre 17,2% en LR). Mais il y a quand même un taux de 14,7% de chômage sur le Coeur d'Hérault (contre 14,4% dans l'Hérault et 13,9% en LR).

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Si je devais caricaturer ces synthèses, je dirai que le Cœur d'Hérault attire beaucoup d'actifs déjà en emploi, que les jeunes qui réussissent leurs études sur notre territoire n'ont pas de perspective d'emploi local et que cet emploi en Cœur d'Hérault privilégie la précarité. Une économie présentielle non maîtrisée induit ce type d'emploi, alors qu'un minimum de formation et d'accompagnement permettrait de créer des activités à plus forte valeur ajoutée (sociale et environnementale).

Les données produites par Atouts LR fournissent des axes d'analyse plus riches encore, mais les collectivités locales et leurs établissements publics externes s'en affranchissent totalement pour leurs politiques publiques dédiées au développement économique. En début de mandat, tous les élus qui siègent dans des structures intercommunales dont le développement économique est la priorité devraient suivre deux indicateurs : le nombre d'établissements actifs et le nombre d'employés. Nous devrions avoir une valeur pour chacun de ces deux indicateurs, et ils devraient progresser dans le bon sens tout au long du mandat. Cette approche est peut-être assez binaire, mais elle fixe un cadre contraignant. Si les élus ne tentent pas pendant leur mandat d'accroître les conditions sociales d'existence de leurs concitoyens, et cela au travers de projets pourvoyeurs d'emplois pérennes non délocalisables, alors ils n'auront rien fait.

On ne peut pas "inverser la courbe du chômage" avec les seuls leviers dont disposent les élus d'un territoire comme le Cœur d'Hérault, les facteurs exogènes sont prégnants, mais on ne peut pas non plus se cantonner dans le décoratif, avec des nuits du vin, des prix honorifiques et des évènements à portée limitée (et non mesurée). Et je ne crois pas qu'il y ait de fatalité à ce que les aires urbaines comme la métropole de Montpellier réussissent mieux que les territoires ruraux, la volonté politique des élus est prépondérante.

15/10/2014

Ce qu'aurait du être une vision prospective du développement économique sur le Clermontais à partir de la Salamane

On peut facilement me rétorquer que la critique est aisée, et que proposer des solutions réalistes et efficaces est une autre paire de manches ... Alors je vais prendre l'exemple de la Salamane puisque cette zone d'activité est d'actualité.

En 2009, une opportunité se présente pour que Système U installe au bord de l'A75 une plateforme logistique sur 20 hectares de terrain. J'y étais opposé, mais je me mets quelques instants à la place de ceux de mes collègues qui défendaient le projet.

La démarche suivie par les élus du Clermontais depuis 2009 a été d'attendre que les entreprises viennent frapper à leur porte. Et c'est Système U qui avait en premier annoncé que des partenaires viendraient s'implanter à la Salamane, des entreprises dont les activités sont dérivées de celles de la logistique, comme l'entretien et la réparation de camions. Et puis ont été annoncées en Conseil communautaire un tailleur de pierres, un magasin de bricolage, des magasins automobiles, des restaurants, etc. Et le Président Cazorla de répéter inlassablement que cette ZAE allait créer de 500 à 600 emplois. Mais à part deux sociétés qui se sont délocalisées des Tanes Basses vers la Salamane (SOCAH et Normand), le bilan est maigre.

Or, en juin 2011à Canet à l'occasion d'un atelier de diagnostic économique dans le cadre de l'élaboration de l'Agenda 21 de la Communauté de communes, l'intervenante Madame Jeanjacques a poussé la prospection un peu plus loin que Système U. Je vous invite à parcourir le diaporama qui nous avait été présenté à l'époque : Tissu économique et emplois du Clermontais.

Maison_Emploi.JPG

Que proposait la consultante de la Maison de l'Emploi du Cœur d'Hérault ? De ne pas se contenter des 120 à 150 emplois prévus par Système U, d'analyser les enjeux pour les entreprises en présence sur notre territoire, d'analyser les ressources locales (demandeurs d'emploi, offres de formation, ...), et construire à partir de là une réflexion collective territoriale à l'horizon 2040. Mais il y avait très peu d'élus présents à cet atelier, et la démarche est partie aux oubliettes ...

Quant à l'offre de formation professionnelle sur le Cœur d'Hérault, elle est quasi inexistante ; la logistique est une filière qui aurait mérité une filière de formation, et ça aurait évité au Directeur de Système U de justifier le peu d'embauches locales pour sa plateforme de la Salamane par "l'absence de vision de la culture logistique sur le Clermontais" (cf. article de l'Hérault du Jour - Décembre 2012).

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Actuellement, la société Orchestra recherche désespérément 20 hectares dans la région pour y implanter sa seconde base logistique, annonçant 200 à 300 emplois à la clé (cf. Lettre M du 23/09/2014). Quand nous connaissons les difficultés de commercialisation des lots de la Salamane et que l'emploi est une urgence pour des milliers d'habitants de ce territoire, il y a des non-choix qui méritent des coups de pied au cul.

Je rassure mes lecteurs, non je ne suis pas devenu un fervent promoteur de la société de consommation et un zélé défenseur des méga plateformes logistiques qui mangent nos terres agricoles, mais j'essayais simplement de démontrer que choisir une orientation économique ne peut pas se faire en dilettante.

La Communauté de communes n'a qu'une seule compétence obligatoire, c'est le développement économique ; en réalité elle en a deux, mais ces deux compétences obligatoires visent le même objectif autour de l'implantation de zones d'activités. Et c'est écrit noir sur blancs dans les statuts : "La politique de la Communauté de Communes du Clermontais est de développer de nouvelles activités sur son territoire, de favoriser l’emploi et d’assurer une cohésion sociale sur l’ensemble du territoire". Or, le poids de la fiscalité directe des entreprises dans le budget de fonctionnement de la Communauté pèse de moins en moins, la fiscalité des ménages la suppléant. Et cette bascule fiscale se retrouve aussi dans les politiques publiques de l'EPCI ; il s'occupe désormais plus des ménages que des entreprises ...

Il est urgent que le Conseil communautaire se ressaisisse et qu'il investisse pleinement des filières économiques créatrices d'entreprises et d'emploi dans le respect d'un développement soutenable de notre territoire.

Les recommandations de la Cour des comptes sur les finances publiques locales

Cette note fait suite à ma dernière note sur la mutualisation au sein des intercommunalités, car j'ai découvert à posteriori que la Cour des comptes venait le jour même de publier ses recommandations sur les finances publiques locales.

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Le rapport de la Cour des comptes est accessible sur leur site Web ; j'ai notamment relevé deux documents qui méritent d'être parcourus, tout d'abord le diaporama des principaux indicateurs financiers, puis la synthèse du rapport public.

Face à une augmentation importante de la masse salariale du bloc communal (+12,8% pour les communes entre 2000 et 2011, +145,6% pour les intercommunalités dans la même période), face à une augmentation des dépenses de fonctionnement du bloc communal qui se focalise dans les dépenses de personnel (+62% entre 2000 et 2012), face à une baisse des dotations de l’État, face à la nécessité de maintenir un effort d'investissement constant, face à un enchevêtrement des structures intercommunales qui dispersent des dépenses de fonctionnement, la Cour des comptes fait un certain nombre de recommandations que je juge raisonnables.

Oui, il faut réduire le nombre de syndicats intercommunaux et confier leurs missions à des EPCI plus étendus. Oui, il faut intensifier la mutualisation des services (cf. note précédente). Oui, il faudrait conclure des pactes financiers entre l'intercommunalité et ses communes membres en y intégrant tous les concours financiers (attributions de compensation, subventions, ventilation du fond de péréquation FPIC, ...). Oui, il faut apprécier la masse salariale à l'échelle du bloc communal et la rendre plus efficiente.

Mais si le rapport se focalise sur les dépenses, il aborde très peu les recettes de fonctionnement. Il pointe néanmoins que la fiscalité économique pèse pour 57% dans les recettes fiscales des EPCI quand la fiscalité des ménages pèse désormais 43%. Or, à l'origine, la coopération intercommunale avait vocation à développer l'activité économique, et c'est bien pour cela que les communes ont transféré l'intégralité des recettes fiscales venant des entreprises.

Personnellement, je regrette que les intercommunalités aient perdu cette vocation de départ, car développer le tissu économique permet de faire rentrer des recettes fiscales en même temps qu'il crée de l'emploi. Aujourd'hui, les élus communautaires et municipaux se plaignent que la perfusion de l’État s'assèche, mais que font-ils pour la création, le maintien ou l'extension de l'activité économique sur leur territoire ? Ah si, la Salamane ...

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Auparavant, la végétation y poussait naturellement. Désormais, on attend que des entreprises, quelles qu'elles soient, viennent s'y installer. A vot' bon cœur ...