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23/10/2015

SCOT du Coeur d'Hérault, le Lodévois-Larzac dit "Oui, mais ..."

C'est à l'ordre du jour du prochain Conseil syndical du Pays Coeur d'Hérault, et Midi Libre nous informe que ce sera aussi inscrit à l'ordre du jour d'un prochain Conseil communautaire du Lodévois et Larzac, et c'est une excellente nouvelle que les élus du Lodévois-Larzac acceptent d'adhérer au SCOT du Cœur d'Hérault. Ils y arrivent néanmoins un peu tard, car l'arrêté de périmètre du SCOT a été signé par le préfet de l'Hérault le 11 octobre 2012, et que depuis trois ans des études ont été diligentées qui se focalisent essentiellement sur les territoires du Clermontais et de la Vallée de l'Hérault. Le Lodévois-Larzac n'a jamais été occulté, mais il faudra compléter les études avant d'entamer les phases formelles de diagnostics et de construction du projet de SCOT. Nos voisins du Lodévois-Larzac y étaient par ailleurs incités par la loi Grenelle II qui fixe au 1er janvier 2017 la généralisation des SCOT à toutes les communes (ou plus précisément l'application du 1er alinéa de l'article L 122-2 du Code de l'Urbanisme qui restreint les possibilités d'urbanisation des communes).

Le Lodévois-Larzac semble aussi s'orienter vers la mise en place d'un Plan Local d'Urbanisme intercommunal (PLUi), ce qui permettra évidemment à ce territoire de porter plus solidairement encore ses orientations d'aménagement, « qui préserve sa diversité paysagère, patrimoniale et agricole » comme le précise le député de l'Hérault Frédéric Roig dans les colonnes de Midi Libre.

Je lis dans l'article de Midi Libre que nos voisins du Lodévois-Larzac veulent que les maires soient étroitement associés à la démarche, mais c'est déjà la gouvernance du SCOT telle qu'elle s'applique depuis 2013 :

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Il y a donc déjà une conférence des maires, comme le souhaite Marie-Christine Bousquet, mais cela ne pourra en aucun cas répondre à son exigence que « ce sont les maires qui doivent être décisionnaires du Scot, le conseil des maires du Pays doit être l'organe délibérant et décisionnaire ». La loi prévoit que c'est un EPCI ou un Syndicat mixte qui délibère sur le SCOT et qui en assure le suivi et ses mises en révision.

Je comprends bien la crainte des élus locaux de voir un "bureau du SCOT", leurs fonctionnaires et des bureaux d'études prendre seuls les initiatives dans un souci d'efficacité, surtout au vu d'un calendrier très contraignant. Mais le contrôle démocratique de ce processus ne se réduit pas qu'à la vigilance des maires, il doit absolument inclure les citoyens !

Et je tiens à rappeler que le Pays Cœur d'Hérault comporte un Conseil syndical, l'organe délibérant, mais aussi un Conseil de développement. Ce Conseil de développement est composé d'associations et de personnes qualifiées qui collaborent à l'élaboration des projets du Pays, et qu'il faut véritablement lui donner plus de moyens et une meilleure articulation avec les actions du Conseil syndical.

26/07/2015

Philippe Saurel, plus Bonaparte que Jaurès ?

Ph_Saurel_reparer_la_republique.jpg

 

C'est à la fin du mois de juin que le maire de Montpellier, Philippe Saurel, a publié un essai intitulé « Réparer la République » (Éditeur Privat). Mais ce manifeste est aussi l'expression d'un projet politique que Philippe Saurel veut porter aux élections régionales après l'avoir validé aux municipales puis aux départementales.

Étant moi-même candidat aux régionales de décembre 2015, la lecture du livre de Philippe Saurel était un exercice obligé. J'avoue que j'ai abordé cette lecture avec un a priori plutôt positif, ayant suivi avec attention les initiatives de Philippe Saurel à la mairie de Montpellier, et son premier bilan d'étape lui est assez favorable (cf. note du 20 juin). Une première différence entre nous est notre relation aux partis politiques ; il a quitté un Parti Socialiste moribond en 2013 quand je continue de militer au sein d'EELV.

Dans son livre, Philippe Saurel consacre en effet de nombreuses pages aux partis politiques ; il les confronte à la « politique de projets » qu'il promeut et à laquelle ces derniers auraient renoncé pour des intérêts bien moins nobles. Nul doute que le divorce entre Philippe Saurel et le Parti Socialiste, dans le contexte pré-électoral des municipales de Montpellier en mars 2014, a été une séparation difficile dont il conserve de vifs griefs. Par ailleurs, son avis sur les partis politiques se fonde principalement sur son parcours au sein du Parti Socialiste, un parti qui ne produit plus de projet depuis fort longtemps et qui se contente d'exister dans le jeu stérile des alternances démocratiques.

Mais l'obsolescence d'un système justifie-t-elle de le condamner définitivement ? Est-ce qu'au contraire il ne faut pas essayer de moderniser et d'améliorer ce système ? Et d'ailleurs, Syriza comme Podemos que Philippe Saurel cite fréquemment dans son essai ne sont-ils pas une réponse à ce constat négatif sur le fonctionnement des partis politiques traditionnels ? La contestation citoyenne des indignés espagnols n'a-t-elle pas finalement pris la forme d'un parti politique ? Ce même parti, Podemos, qui vient de remporter les municipales à Madrid, à Barcelone et dans d'autres villes d'Espagne.

Et qu'aurait été le parcours politique d'un Jean Jaurès sans les partis politiques, lui qui participe à la création du Parti Socialiste en 1902 puis à la création de la SFIO en 1905 ? Philippe Saurel reproche aux partis politiques d'être dogmatiques, mais l'opposition dogmatique entre Jean Jaurès et Jules Guesdes dans l'affaire Dreyfus est loin d'être futile, elle révèle au contraire l'humanisme que Jean Jaurès plaçait avant la lutte des classes.

 

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N'est-ce pas le pacifisme dogmatique de Jean Jaurès qui lui a coûté la vie ? Aurait-il du occulter ce volet-là de son militantisme politique pour être beaucoup plus un homme politique « de projets » ?

Et c'est par un sophisme que Philippe Saurel rebondit : « les citoyens rejettent de plus en plus les partis politiques aux élections » et « sa démarche a rencontré du succès aux élections municipales puis aux départementales », il en découle donc que « Philippe Saurel propose une alternative qui elle seule pallie les carences d'un système politique sclérosé ». Mais ce qui manque dans cette démonstration, ainsi que dans le livre, c'est la présentation d'orientations politiques ; ou ne serait-ce que d'indiquer qu'elles sont essentielles. Car le Président de la Métropole explique que dans l'exercice de son mandat il « prend » des projets du Front de gauche, qu'il « prend » des bonnes propositions de l'UMP et du centre, et qu'il « prend » aussi les propositions pertinentes du PS ; ça fait un peu " cocktail de circonstance ", mais ça ne structure pas un projet politique sur la durée d'un mandat.

La liberté qu'il revendique aujourd'hui, en dehors des partis politiques, mais avec les partis politiques qui vont dans le sens de l'intérêt général, n'est pas un argument suffisant. Et en citant Étienne de la Boétie dans son Discours de la servitude volontaire, Philippe Saurel reprend à son compte la revendication d'une liberté qui s'oppose à la soumission, d'une volonté qui provoque la tyrannie. Mais La Boétie a écrit cet essai au 16ème siècle, dans un monde où la servitude était un héritage. Aujourd'hui, et vis à vis de la République, peut-on parler de servitude ?

Mais ce qui ressort principalement dans l'essai de Philippe Saurel, c'est l'amalgame entre une bonne gouvernance et une orientation politique pour laquelle le peuple délègue sa souveraineté. J'adhère au triptyque transparence, proximité et modernité ; je suis favorable au tirage au sort des délégués des Conseils de quartier, pour « éviter le copinage », et j'ai un regard très positif sur les 18 premiers mois des mandats de Philippe Saurel, mais il manque dans son ouvrage un chapitre sur la légitimité démocratique des orientations stratégiques du mandat. Parce que se contenter d'un discours de la méthode et de la bonne tête de l'édile conduit plus souvent à la démagogie qu'à la démocratie.

En réalité, Philippe Saurel porte seul son projet. Et s'il est entouré de nombreux émules qui promeuvent sa démarche, le système formalisé dans ce livre ne constitue toujours qu'une démarche personnelle. Et quand il répond à la critique « Saurel est isolé », c'est par un : « comptez le nombre de personnes qui ont voté pour moi, quelle que soit leur appartenance politique ... ». Le chapitre consacré au territoire trahit la portée de cette démarche, « son parti politique, c'est le territoire », mais qui reste très localisé sur Montpellier. Car il est très insuffisant de vouloir « revenir à une pratique simple de la politique, organisée en fonction des hommes et des territoires et non en fonction des intérêts politiques des uns ou des autres, en un mot ne pas être inféodé aux chapelles politiques ». Cela suffit pour animer un Parlement des territoires, mais pas pour présenter aux citoyens à l'occasion d'une campagne électorale un projet de mandat.

Or, voilà un différend que j'ai avec Philippe Saurel, dans ce qu'il appelle la « République des communes », et qu'il confronte à la « République d'en haut », celle du gouvernement. Oui, les élus locaux ont à la fois une légitimité démocratique et une proximité citoyenne qui permet d'en faire des relais adéquats pour une politique territoriale, mais on ne peut pas occulter la République, celle que des citoyens ont instaurée en 1792 et qui depuis deux siècles est un modèle unique au monde. Unique, oui, car aucun autre pays ne place la liberté d'expression et la laïcité au même niveau que nous. Il ne faudrait pas oublier la République des « Nous sommes tous Charlie ! ».

En parallèle, Philippe Saurel insiste sur la démocratie qui s'exprime au travers des réseaux sociaux, inscrivant le mandat des élus dans un schéma de démocratie directe. Mais on connait le travers de cette forme de démocratie, elle a été théorisée sous le mandat de Nicolas Sarkozy : " un fait divers, une émotion et donc une loi ! ". Il est là le risque d'une prise directe des élus sur les réseaux sociaux, celui d'exercer son mandat au rythme des émotions. Par ailleurs, d'écrire que « le nouvel outil de la démocratie est le numérique » ou que « la nouvelle citoyenneté est celle des réseaux sociaux », c'est en exclure tous ceux qui ne vivent pas dans le monde virtuel du Web ; il y a ceux qui ne sont pas de cette génération-là, ceux qui n'en ont pas le temps et tous ceux qui refusent cet asservissement-là. Et la loi Renseignement que vient de valider le Conseil constitutionnel devrait dissuader les citoyens les plus attachés à leurs libertés de s'y épancher sans limites. Car, si Internet est une formidable ouverture sur le monde, les réseaux sociaux n'ont-ils pas quelques défauts ? Ils sont par exemple le meilleur vecteur de propagande des mouvements djihadistes ... mais dans une dimension moins extrémiste, ils permettent à des petits malins de profiter des confessions des usagers pour en faire de mauvais usages.

La citation de Philippe Saurel que j'ai découverte dans la conclusion du livre : « en marchant, on fait le chemin » (de Antonio Machado) fait écho à une autre que je cite souvent : « je marche pour savoir où je vais » (de Goethe). Nous nous accordons-là sur le fait que les certitudes, que les projets, bref que les plans tirés sur la comète sont des projections très incertaines de l'avenir. Combien de Présidents de la République et de Premiers ministres ont affiché le projet de renverser la courbe du chômage ? Mais cela ne m'empêche pas, bien au contraire, d'affirmer des valeurs, des principes et des orientations politiques majeures pour faire ce cheminement politique ; et de s'en donner les moyens !

Je suis un élu militant écologiste, et je trouve dans l'écologie politique des orientations qui structurent ma façon d'aborder les politiques publiques des assemblées où je suis élu ; et ça alimente mon action militante. Je pâtis moi aussi de la mauvaise image que véhiculent quelques leaders d'EELV, alimentant comme le décrit longuement Philippe Saurel la « perversion de la vie politique en fonction d'intérêts propres », mais nous sommes des milliers de militants à partager un même projet politique, sans compter tous les sympathisants et tous les associatifs qui se mobilisent pour un autre monde. Sur le capitalisme, sur la démographie, sur le consumérisme, sur l'énergie, sur l'alimentation, sur le matérialisme, sur la biodiversité, sur les ressources naturelles, ... j'ai des convictions qui sont publiques, sur lesquelles je communique et qui étayent mes interventions publiques.

Voilà ce qu'il manque dans le livre de Philippe Saurel, mais peut-être est-ce l'objet d'un prochain livre du même auteur ... J'estime que les citoyens ont besoin de savoir sur quels fondamentaux se bâtira le mandat d'un futur élu. Et si dans mon cas je suis "interchangeable" avec d'autres élus écologistes, quel autre élu(e) pourrait porter un même projet que celui que porte Philippe Saurel dans les mandats qu'il occupe, ou qu'il veut occuper ?

En conclusion, si Philippe Saurel est bien un acteur politique remarquable ici en Languedoc, c'est dommage qu'il donne plus de lustre à son " tiers bonapartiste ", conquérant, plutôt qu'à son " tiers issu de Jaurès ". Plus fidèle à l'esprit de Jaurès, il pourrait alors s'investir dans l'unité des formations politiques qui satisfont son "tiers anarchiste ", c'est à dire anti-système.

19/07/2015

Varoufakis, Iglesias et peut-être ... Montebourg ?

Arnaud Montebourg est habile pour occuper les creux de l'actualité politique, et son rendez-vous annuel de Frangy-en-Bresse pour sa fête de la rose aura en 2015 un retentissement plus fort que celui de 2014, où sa « cuvée du redressement » avait pourtant précipité son départ de Bercy. Ce 23 août, Arnaud Montebourg a invité Yanis Varoufakis à participer à ce rendez-vous estival des socialistes de Saône-et-Loire, et il revendique d'y faire « œuvre de pédagogie ».

Montebourg et Varoufakis ont (au moins) un point commun, ils sont chacun l'avant-dernier ministre de l'économie de leur pays, la France et la Grèce. Ils ne sont jamais croisés comme ministres lors de sommets européens, car Yanis Varoufakis est arrivé au pouvoir avec Syriza en janvier 2015, six mois après qu'Arnaud Montebourg ait quitté Bercy. Et au registre des "blagues du Président", François Hollande a plaisanté sur Varoufakis en disant qu'il avait été « le ministre du redressement productif du gouvernement Tsipras ».

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En faisant du trublion grec son invité d'honneur à Frangy-en-Bresse, le trublion hexagonal agace les socialistes solfériniens. Il va encore cette année déplaire au Président Hollande en faisant de la position européenne de Varoufakis la réponse pour relancer une construction européenne moribonde, alors que le Président français va passer l'été à raconter que le couple franco-allemand suffit à lui seul pour poursuivre cette construction. Et Hollande va même plus loin dans une récente interview au JDD en indiquant que la France est prête à participer « à une organisation renforcée » de la zone euro et à constituer, « avec les pays qui en décideront, une avant-garde ».

Mais si François Hollande est perçu par le peuple grec comme leur meilleur porte-parole au sein du Conseil de l'Europe, son bilan perçu par les Français est toujours aussi négatif. Il gagne 5 points de bonnes opinions dans la dernière enquête d'opinion de BVA, effectuée auprès d'un échantillon de 1058 personnes les 15 et 16 juillet, mais il demeure le Président de la République le plus mal coté depuis 30 ans.

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Et les critiques sur l'issue du dernier sommet européen qui a mis la Grèce à genou font florès, chez les économistes mondiaux comme chez les politiques. A noter parmi eux la tribune de DSK destinée à « ses amis allemands » ; il trouve mortifère l'attitude actuelle de l'Allemagne, de ses satellites et de la France de vouloir bâtir une zone d'excellence européenne, car elle ne pèsera plus à moyen terme dans la géopolitique des grands blocs continentaux.

Mais le sort qui est fait à la Grèce prend encore plus de sens quand on apprend que la valorisation boursière de Google a gagné 65,1 milliards de dollars pour la seule journée de vendredi dernier. Voilà une société qui bat un record de valorisation boursière en une journée, et ces 60,1 milliards d'euros sont à comparer aux sommes identiques qui asphyxient aujourd'hui 11 millions de grecs. Il y a d'un côté des chiffres qui ne veulent plus rien dire, et de l'autre des situations humaines qui semblent ne pas intéresser les chefs d’État et de gouvernement :=(

Alors faut-il avoir peur de donner une plus grande audience à des leaders d'opinion d'une gauche alternative, plus progressiste, plus humaniste et plus solidaire, comme le sont Yanis Varoufakis, Pablo Iglesias et Arnaud Montebourg ? Faut-il avoir peur que des gouvernements rompent avec l'ordo-libéralisme allemand ? Oui, il y a un risque de dislocation de l'Europe si l'orchestre est invité à jouer plusieurs partitions en même temps, mais le progrès est impossible sans pluralité et sans imagination.