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22/10/2016

Merci aux Wallons !!!

Dans la langue de Shakespeare, le CETA est le Comprehensive Economic and Trade Agreement ; c'est un accord économique et commercial global entre l'Union européenne et le Canada qui est en chantier depuis 2009. Le contenu de cet accord a été dévoile à Ottawa en septembre 2014, après des négociations sécrètes comme celles qui sont décriées pour le TAFTA. Mais alors que depuis deux ans il ne s'agissait plus que de faire approuver l'accord par les parlements des dix provinces canadiennes ainsi que par les vingt-huit États de l’Union européenne, la Région wallonne de Belgique a pris le projet à bras le corps, décortiquant les 1600 pages de l'accord lors de laborieuses réunions de travail. Et il y a un an, la Wallonie a fait part de ses critiques et de ses questionnements à la commission européenne ... qui ne lui a répondu qu'il y a 15 jours :=(

Wallonie_Europe.jpgCette région qui ne représente que 0,39% du territoire de l'Union européenne et 0,71% de sa population a alors décidé que l'accord conclu en 2014 ne pouvait pas rester en l'état, et son ministre-président Paul Magnette a engagé un bras de fer avec la commission européenne et avec la ministre canadienne du Commerce extérieur, Chrystia Freeland. Mais en vain ! Et Monsieur Magnette fait l'effet d'un drôle de Gaulois depuis son village d'irréductibles opposants au CETA, déjouant ainsi les espoirs des gouvernements « libre-échangistes » de l’Union et brisant cette belle entente libérale avec le Canada.

Il faut écouter ce discours du ministre-président Paul Magnette devant son Parlement Wallon, il nous donne là une extraordinaire leçon de démocratie !

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Voila un socialiste qui agit en véritable homme d’État et qui nous réconcilie avec la politique comme levier du développement d'une société. Il n'use pas d'éléments de langage convenus, et au contraire il donne envie à chaque citoyen(ne) de prendre son avenir en main.

Stop_CETA.jpgCe temps où l'organisation mondiale du commerce (OMC) planifiait les échanges internationaux pour le profit des multinationales de la planète semble révolu. Après 20 à 30 ans d'une mondialisation béate, les populations des pays occidentaux se sentent de plus en plus devenir de simples variables d'ajustement socio-économiques ; l'humain est devenu secondaire. Je trouve aussi très sain que les citoyens fassent entendre leur voix, comme nous le fîmes en France en 2005 lors du vote sur le Traité de Constitution Européenne (TCE).

José Bové s'était vu refuser l'accès au territoire canadien la semaine dernière ; il était justement invité à participer à une conférence sur le CETA, mais son voyage s'est arrêté à l'aéroport de Montréal. Il faut donc savoir être un grain de sable dans la très cynique machinerie mondialiste, et ça donne de l'espoir !

16/10/2016

Mélenchon accélère la recomposition à gauche

Se tenait ce week-end à Lille la première convention nationale de la France Insoumise, le mouvement lancé par Jean-Luc Mélenchon pour les échéances de 2017. Décidée en février 2016, cette France Insoumise est le nouvel objet politique qui permettra à Jean-Luc Mélenchon de bâtir son projet et de dérouler sa campagne jusqu'à l'été 2017. Aujourd'hui, ce sont 135.000 personnes qui ont cliqué sur le site JLM2017 pour appuyer sa candidature à l'élection présidentielle. Dans toute la France, des groupes d'appui se constituent et ils ont contribué depuis l'été dernier à élaborer un programme pour «  l’avenir en commun  ». La démarche retenue par Jean-Luc Mélenchon est résolument démocratique, réfractaire à la constitution de bastions locaux ou à la suprématie des partis politiques ; pour cette convention, les participants ont été tirés au sort parmi tous les insoumis qui constituent ce mouvement.

Jean-Luc Mélenchon est un personnage captivant et il porte un message radicalement en rupture avec le modèle dominant ; il souhaite ainsi porter un mouvement de la révolution citoyenne. Néanmoins, il ne suffit pas de porter intelligemment des thématiques sociales, économiques et environnementales pour être en mesure de les traduire en résolutions concrètes, homogènes, réalistes et acceptables une fois arrivé au pouvoir. Jean-Luc Mélenchon s'enferme toujours plus dans une posture de leader post-marxiste. Et dans son discours de clôture ce dimanche, son évocation de la vertu faisait pour moi écho à celle que défendait Robespierre à la période de la Terreur. Chacun pense ce qu'il veut des autres partis politiques, mais leurs orientations sont incarnées par de nombreuses personnes. D'ailleurs, les primaires des écologistes, de la droite et du centre, ainsi que de la belle alliance populaire illustrent bien cette pluralité d'opinions. En 2012 avec le Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon a été obligé de composer avec divers partenaires politiques ; là, il s'affranchit de cette diversité pour être seul en scène.

Cette France Insoumise sera-t-elle à la France ce que Podemos et Syriza ont été à l'Espagne et à la Grèce ? Syriza est plus proche sur la forme de ce qu'était le Front de gauche, c'est à dire une fédération de partis et de mouvements politique ; et comme Die Linke en Allemagne. Quant à Podemos, le mouvement est né du mouvement des Indignés en mai 2011, sur fond d'austérité économique et de régressions sociales sans précédent ; la France Insoumise ne bénéficie pas d'un même terreau militant. Nous sommes donc là avec Jean-Luc Mélenchon dans une construction citoyenne, sans le contexte insurrectionnel de 1789 ou de 1968. Et ce n'est pas pour rien si François Hollande veut propager ce message du « Ça va mieux », pour éteindre l'incendie qui couve sur sa gauche.

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Mais depuis 1981, la gauche s'est au fil du temps plus investie sur le réel que sur l'idéal. Et je cite souvent cette phrase de Jean Jaurès : « Le courage en politique, [...] c'est d'aller à l'idéal et de comprendre le réel ». Jean-Luc Mélenchon a bien cerné ce vide idéologique qui assèche les programmes politiques, et là il propose un idéal citoyen et révolutionnaire ; la convention de la France Insoumise s'est achevée sur l'Internationale. Mais si à mon avis l'idéalisme peut exister en toile de fond, il ne peut jamais représenter une alternative politique pérenne.

Le calendrier et les objectifs à court terme que s'imposent le millier de participants à la convention de la France Insoumise vont précipiter la recomposition de la gauche, et cela bien avant le scrutin des 23 avril et 7 mai 2017. La France Insoumise va présenter 577 candidats aux législatives ; un appel à candidatures va prochainement être lancé, les groupes d'appui du mouvement sur tout le territoire vont susciter et canaliser ces candidatures qui seront à l'image de la société. D'ici la fin de l'année 2016, Jean-Luc Mélenchon aura à ses côtés 577 titulaires (autant de femmes que d'hommes) et 577 suppléants qui porteront sa campagne au premier semestre 2017. Mais ces candidats ne pourront plus s'inscrire en préfecture au titre d'un parti politique (Parti de gauche, Nouvelle Gauche Socialiste, Parti Communiste, Ensemble, ...), comme en 2012 au sein du Front de gauche ; ils seront tous candidats de la France Insoumise.

Or, les élections législatives sont le sésame pour bénéficier du financement public des partis politiques. Ne pas avoir de candidat(e) portant l'étiquette d'un parti conduit à son asphyxie financière et donc à sa fin. Et c'est le dilemme que rencontre par exemple le Parti Communiste. Les militants communistes sont très divisés sur la stratégie électorale de 2017 ; il y a ceux qui veulent négocier avec le PS pour sauver quelques sièges à l'Assemblée nationale, il y a ceux qui par souci d'efficacité politique veulent rejoindre cette France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon, et puis il y a ceux qui veulent y aller sous leurs couleurs.

Je ne porte pas de jugement sur ce mouvement naissant, et je n'ai aucune certitude sur son issue. Je trouve que la démarche est positive, et nous avions d'ailleurs emprunté ce même cheminement aux  régionales avec le "Projet en commun", sans pour autant que la liste "Nouveau monde en commun" échappe à l'hégémonie des formations politiques. Mais je suis aussi convaincu que l'écologie politique a son propre cheminement autonome ; Alexander Van der Bellen en Autriche, Marina Silva au Brésil ou encore les Grünen en Allemagne nous encouragent à poursuivre dans nos engagement écologistes. Chaque année, le jour du dépassement qui illustre la consommation irresponsable de nos ressources naturelles intervient de plus en plus tôt, le réchauffement du climat bouleverse les activités humaines, la biodiversité se réduit irrémédiablement au fil du temps, notre alimentation nous empoisonne désormais plus qu'elle ne nous nourrit, ... ; ce sont autant de combats qui méritent qu'un idéal écologiste figure en filigrane de nos campagnes électorales et qu'ensuite des lois et des directives soient prises par des gouvernements au sein desquels nous saurons prendre nos responsabilités. Et la « République écologique » à laquelle aspire Cécile Duflot est une belle perspective.

08/10/2016

Voter écolo au printemps 2017. What else ?

Nous allons nous en prendre pour 8 mois de matraquage médiatique pendant lesquels la médiocrité sur le fond sera occultée par une forme se voulant toujours plus moderne. Pour la droite "dite" républicaine, c'est à celui qui donnera le plus aux riches pour que les plus démunis en recueillent quelques miettes. Quand j'écoute Fillon, Le Maire, Sarkozy et les autres, ça me rappelle les œuvres d'Emile Zola, d'Eugène Sue, d'Honoré de Balzac ou de Victor Hugo ; ils font tous preuve d'une remarquable paresse intellectuelle en nous ressortant les mêmes recettes qu'au siècle dernier. Rien de mieux au PS (et chez ses affidés), où il s'agit de promouvoir Hollande pour 5 ans de plus à l’Élysée ; mais nous savons maintenant qu'à l'arrivée nous aurons le même résultat qu'avec ses concurrents de droite. C'est toute l'histoire de la grenouille que l'on jette dans l'eau bouillante (option LR) ou qui s'engourdit doucement dans une eau tiède que l'on fait bouillir (option PS).

L'émission de France 2 jeudi soir aura permis je l'espère que chacun(e) mesure comme Alain Juppé est un leurre. Voilà un quidam qui veut rassembler la gauche et la droite et qui compte sur le suffrage universel pour légitimer des mesures de régression sociale qui nous ramèneront au XIXème siècle ! Supprimer l'ISF et augmenter la TVA de 1%, baisser les charges patronales et passer l'âge de la retraite à 65 ans, baisser l'impôt sur les sociétés et instaurer la dégressivité des allocations chômages, construire des prisons tout en revenant sur les peines plancher, inverser totalement la hiérarchie des normes sociales en entreprise et passer aux 39 heures hebdomadaires, etc. J'avoue que j'ai passé plus de temps sur France 3 qui diffusait "Mission Impossible - Protocole fantôme", avec un Tom Cruise toujours époustouflant. Je ne pouvais vraiment pas en dire autant de l'autre fantôme de France 2 :=(

Les politiques (*) sont-ils alors tous à mettre au placard ? Certains, oui ! Et puis surtout une façon de faire de la politique selon une forme très protectrice de mitose endogène ; Macron en est la plus évidente illustration. Je milite pour ma part dans une formation politique qui revendique ses différences, autant sur la forme que sur le fond, et depuis René Dumont nos femmes et nos hommes politiques écolos témoignent de cet engagement militant pour la place de l'homme sur la planète. Je regrette que des personnes comme Emma Cosse, Jean-Vincent Placé, Barbara Pompilli et François de Rugy aient entachés cette image, mais toute organisation humaine connait ce genre de vicissitude ... Je me félicite donc de la très bonne tenue de notre primaire des écologistes, avec quatre candidats sur la même longueur d'onde programmatique et dont les personnalités et les parcours militants s'additionnent.

Les_4_NDDL.jpg

Je voterai sans hésitation pour l'un(e) d'eux(elles) le 23 avril 2017, et après une campagne de terrain à laquelle chacun(e) des 577 candidats aux législatives avec leur suppléant(e) seront les ambassadeurs sur l'ensemble du territoire national. Et entre nous, quel(le) autre candidat(e) de gauche ou de droite justifierait de ne pas voter écolo dans 8 mois ?

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(*) Quand je parle des politiques, j'évoque ceux qui en font profession et pour qui cela devient une fin en soi. Il en faut, tant que les parlementaires et que le Président de la République ne seront pas tirés au sort, mais ils sont quand même nombreux à ne plus servir l'intérêt général mais plutôt leur propre intérêt ...