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24/02/2017

Accompagner les entreprises ou la population active ? La CCVH semble avoir choisi ...

Dans son édition de la Vallée de l'Hérault, Midi Libre publie deux informations dont la juxtaposition interpelle. Dans la première, la Communauté de communes de la Vallée de l'Hérault (CCVH) investit 966 000 € pour la rénovation de la Maison des Entreprises à Saint-André-de-Sangonis. Dans la seconde, la CCVH se retire de la Maison de l'Emploi du Cœur d'Hérault qui lui coûte quelques dizaines de milliers d'euros en participation chaque année. Alors ces décisions signifient-elles que la CCVH privilégie les entreprises à l'emploi ?

C'est une réalité que depuis bientôt 9 ans que je siège au syndicat de développement du Pays Cœur d'Hérault, le développement économique qui consiste à accueillir, à accompagner et à valoriser les entreprises de notre territoire fait l'impasse sur le volet social. Or, les Maisons de l'Emploi ont une mission de gestion prévisionnelle des emplois et des carrières (GPEC) qu'elles réalisent essentiellement avec les filières et avec les syndicats professionnels. Car en effet, comment favoriser le développement de notre tissu économique si nous ne connaissons pas leurs besoins en ressources humaines ainsi que le potentiel des emplois du territoire ?

Logo_Maison_Emploi.jpgLes Maisons de l'Emploi sont trop souvent ramenées à leur dispositif PLIE (Plan Local pour l'Insertion et l'Emploi), c'est à dire à un volet de "réparation sociale". Sur le Cœur d'Hérault, et le maire de Gignac l'évoque fort justement dans l'article de Midi Libre, les chantiers et les missions d'insertion fonctionnent très bien ; il y a environ 500 personnes qui sont ainsi accompagnées chaque année dans un retour vers l'emploi. Et sur les aires urbaines de Montpellier et de Béziers, les collectivités locales appuient fortement ces opérations d'insertion par l'économie.

Que l'on aborde les secteurs du tourisme, de l'agriculture, de l'artisanat, du commerce, ... dans des formes d'économie circulaire ou traditionnelle, l'effort de l’État et des collectivités territoriales se concentre presque systématiquement sur les entrepreneurs. Que veulent-ils ? Comment les aider à réussir et à se développer ? Et on met en place des outils pour y répondre (couveuses, pépinières, hôtel d'entreprises), ainsi que du foncier dans des zones d'activité économique. Mais quid des employés ? Et pour ceux qui aspirent à le devenir ? Les élus locaux laissent alors Pôle Emploi et la Région s'en occuper ...

La robotisation et l'automatisation n'ont pas encore anéanti le potentiel d'emploi sur le Cœur d'Hérault, et il est donc impératif de prendre en compte les itinéraires d'emploi et les besoins des entreprises ; les deux de concert !

11/02/2017

Agriculture et tourisme, les deux axes à prioriser pour le développement économique du Coeur d'Hérault

Le Conseil syndical du Syndicat de développement (SYDEL) du Pays Cœur d'Hérault était réuni ce vendredi 9 février à Gignac ; à son ordre du jour le budget 2017, mais aussi quelques délibérations qui n'ont pas laissé les délégués indifférents sur les thématiques du tourisme et de l'agriculture. Sur un budget de 1,1 M€, sa déclinaison en un programme d'action conforme à la charte de développement du Cœur d'Hérault 2014-2025 manquait sensiblement d'ambition. En réalité, ce programme d'action 2017 est un saupoudrage qui porte sur de multiples axes (culture, tourisme, patrimoine, santé, développement économique, SCOT, mobilité, PCAET, charte forestière, ingénierie financière, programmes européens), mais sans jamais qu'un cap soit fixé pour le navire Cœur d'Hérault.

Et il y a une thématique qui manquait à ce programme d'action 2017, c'est l'agriculture, qui est pourtant le défi n°4 de la charte de Pays ... Louis Villaret m'a répondu qu'il ferait mettre le mot "agriculture" dans le texte, mais le moment peut-il se satisfaire d'une telle virtualité politique ? Nous avions une autre délibération ce vendredi pour obtenir des subventions (départementale et européenne), et engager des actions dans le cadre du label « Vignobles & découvertes » obtenu en décembre 2015.

Or, le Pays s'était engagé en 2013 dans les « Floréales du vin » ; il s'agissait de rapprocher les viticulteurs des restaurateurs, chacun pouvant valoriser le travail de l'autre (cf. Page Facebook Les Floréales du Vin et Site internet Les Floréales du Vin). Pour les deux premières éditions, entre 40 et 50 restaurateurs du Cœur d'Hérault ont été contactés, mais seulement 14 ont accepté de participer. Idem du côté des viticulteurs où ils n'ont été qu'une trentaine à y participer pour la petite centaine contactés. Il n'y a pas eu de bilan pour 2015 et 2016, et l'opération s'éloigne de plus en plus de ses ambitions initiales ... Alors les actions du label « Vignobles & découvertes » auront-elles plus de succès ?

Une autre composante de l'agriculture de notre territoire est oubliée, c'est l'élevage qui mériterait aussi des actions publiques plus ambitieuses. L'abattoir de Pézenas, dont les trois intercommunalités du Cœur d'Hérault siègent aux Syndicat mixte de la filière viande de l'Hérault, cherche à pérenniser cet outil au service d'un élevage de qualité, et j'ai donc proposé à l'assemblée du SYDEL que nous engagions pour l'élevage une démarche semblable à celle déployée pour la viticulture, et par exemple en rapprochant les éleveurs des restaurateurs.

Le Président Villaret m'a répondu qu'il n'avait pas les effectifs pour porter de telles politiques. Déjà, la baisse constante de la participation statutaire des trois EPCI qui composent le SYDEL du Pays Cœur d'Hérault oblige à réduire les moyens. Or, l'efficacité du SYDEL repose essentiellement sur ses chargés de mission ... Si le budget se contracte, alors la masse salariale est réduite et les actions en pâtissent inévitablement. Louis Villaret met systématiquement en avant que le Pays est apporteur de 6 M€ d'aides européennes, et qu'il faut maintenant se remonter les manches pour que les acteurs locaux y accèdent. Je pense que nos trois intercommunalités ne perçoivent pas toutes le Pays comme un outil partagé de développement économique ; beaucoup d'élus intercommunaux n'y voient encore qu'une charge annuelle de participation statutaire ...

Denis Mallet (vice-président à la Culture de la CC du Clermontais et du SYDEL) a pointé la frilosité du Pays sur ces questions majeures pour notre développement économique. Il a souligné que le Languedoc, premier vignoble mondial, ne capte que quelques centaines de milliers de visiteurs en oenotourisme, quand l'Alsace et la Bourgogne en captent chacune 1,5 millions, et qu'il y en a 5 millions en Californie (qui a elle aussi sa Route des vins). Chaque année en France, il y a 12 millions de visites de caves et 7,5 millions de touristes qui séjournent dans les vignobles de l'hexagone. Or, nous avons en Cœur d'Hérault trois grands sites, des vins de meilleure qualité qu'auparavant et un climat attractif ; alors pourquoi ce potentiel ne nous donne-t-il pas des ailes ?

soloma_vignoble.jpg

Effectivement, comme le soulignait ma collègue [alsacienne] Yolande Belliol-Prulhière, l'Alsace a une longue histoire d'accueil viticole, avec sa route des vins et des caves particulières le long de routes qui serpentent sur 170 km du nord au sud de l'Alsace et dans 70 villages viticoles ; ne serait-ce que d'avoir des caveaux ouverts 7J/7, quand nos caves coopératives en Languedoc n'ont pas des horaires d'ouverture favorables à l'oenotourisme. Claude Carceller et Olivier Brun, maires de Montpeyroux et de Fontès, étaient plus optimistes, relevant que la profession viticole faisait de gros progrès depuis quelques années, mais que cela prendrait encore un peu de temps. Jean-Claude Lacroix (Pdt de la CC du Clermontais) et Jean-François Soto (maire de Gignac) ont insisté sur le futur SCOT, outil de territorialisation, et Jean-François Soto pointait en particulier l'offre d'hébergement, mais notre SCOT ne sera pas approuvé avant 2020 :=(

Vignobles_France.jpg

Je relate ces prises de position lors du Conseil syndical du 09 février, parce qu'il était palpable que les aspirations des élus se heurtaient à de fortes contraintes. Et en conclusion, il nous manque un(e) chargé(e) de mission qui puisse sensibiliser, mobiliser et associer les professionnels (viticulteurs, éleveurs, restaurateurs, ...) dans le cadre de politiques agro-touristiques à plus forte valeur ajoutée.

Le Ministère des Affaires Étrangères a lancé en 2016 un site Web  VisitFrenchWine, portail officiel de l'œnotourisme en France. Hérault Tourisme met aussi l'oenotourisme à l'honneur sur son site Web. Ces vitrines sur le Web, sur les réseaux sociaux et au travers d'applications pour Smartphones se multiplient, portées autant par des acteurs publics que privés. A notre échelle, celle d'élus du Cœur d'Hérault, le challenge n'est pas tant de promouvoir les offres des professionnels, mais bien de les coordonner et de les conforter afin qu'elles satisfassent une clientèle exigeante et confrontée à des offres plurielles. Par exemple, la maîtrise des langues étrangères par les personnels d'accueil est indispensable, de même qu'une connaissance large des atouts touristiques du territoire ; et là on part sur l'efficience de la formation professionnelle en France, et sur les difficultés des services de l’État et de la Région à s'entendre ...

05/01/2017

Les territoires ruraux ne doivent pas rester les supplétifs des métropoles

Le ministre de l'Aménagement du territoire, Jean-Michel Baylet, était dans l'Hérault aujourd'hui ; il est venu signer deux contrats de soutien financier de l’État au développement de deux territoires, la métropole de Montpellier d'une part, et le Pays Cœur d'Hérault d'autre part. Cette visite et les cérémonials de signature officielle sont le lot quotidien d'un ministre, mais que revêtent réellement ces contrats ?

L’État est depuis quelques années focalisé sur l'émergence de métropoles qui auront demain une place significative à l'échelle européenne ; nos 15 métropoles [1] réalisent aujourd'hui 51% du PIB de la France, portent 43% de l'emploi tout en n'accueillant que 39% de la population. Déjà au sein de l'Union européenne, les métropoles doivent se "muscler" pour attirer à elles les investisseurs, les chercheurs et les entrepreneurs ; et notre culture historique d'un État jacobin et colbertiste ne favorise pas ce projet-là. Chez nos voisins, la structure plus fédérale des États a permis depuis longtemps à des capitales régionales de devenir les locomotives de leur territoire. La métropolisation, au sein d'une mondialisation affirmée, est un sujet plus vaste et il n'est pas l'objet de cette note. Mais mon propos ici est de pointer la façon dont les métropoles sont portées sur un piédestal, alors que le reste du territoire national est laissé en jachère.

Ainsi, quand au début de l'année 2014 le législateur a voté la loi de modernisation de l'action publique territoriale et d'affirmation des métropoles (Maptam), il a élaboré un cadre législatif très favorable aux métropoles, et la loi NOTRe (pour une Nouvelle Organisation du Territoire de la République) l'a renforcé. Et quand la loi Maptam permet aux métropoles de créer des pôles métropolitains pour élargir aux communes voisines leur dynamique économique, elle offre aux territoires ruraux l'opportunité de créer des pôles d'équilibre territorial et rural (PETR). Et là, quand le ministre vient dans l'Hérault, il signe d'un côté un pacte métropolitain d'innovation, avec une manne de 7,1 millions d'euros (sur l'enveloppe du fond de soutien à l'investissement public local de 1 milliard d'euros en 2016, enveloppe qui passera à 1,2 milliards d'euros en 2017), et de l'autre un contrat de ruralité en Cœur d'Hérault ; mais là, pas d'annonce financière précise. Mon sentiment, c'est que l’État ne veut pas passer pour le fossoyeur de la France périphérique, et qu'il met systématiquement dans la balance un ersatz d'ambition politique pour la ruralité, faute d'avoir une vraie vision de son développement.

Et dans ce contexte-là, les acteurs politiques locaux subissent un effet levier, mais soit en plus soit en moins. Philippe Saurel a profité du pacte qui lui était proposé pour développer le concept « Montpellier Capital Santé » ; aux 7,1 millions d'euros de l’État, la métropole ajoutera 3,59 millions d'euros pour 6 projets structurants dans le domaine de la recherche médicale et de la santé. Là, l'effet levier est positif et la métropole de Montpellier se donne des moyens pour rayonner en Europe sur ces thématiques.

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Pour le Cœur d'Hérault et pour son contrat de ruralité, je ne suis pas aussi béat que le ministre dans l'interview donnée ce matin à Midi Libre. A le lire,  les élus du Cœur d'Hérault « ont  présenté un projet remarquable, qui aborde tous les enjeux de ce territoire : l'attractivité économique, l'accès aux services publics, aux soins de proximité, le soutien aux plus âgés mais aussi aux jeunes, et même l'éducation artistique, d'où ma venue ». Mais comment s'est élaboré ce contrat ? Il fallait monter quelque chose pour être les premiers dans l'Hérault à signer un contrat de ruralité, alors les présidents des intercommunalités du Cœur d'Hérault ont battu le rappel de tous les maires pour qu'ils fassent remonter tous les projets qu'ils avaient dans les cartons, et on a inscrit le tout dans les rails du Projet de territoire 2014-2025 du Cœur d'Hérault. Et c'est une multitude de projets qui figurent dans la maquette financière pluri-annuelle 2017-2020 : le renouvellement d'un réservoir d'eau potable (782 k€), l'a construction d'une crèche (1,6 M€), la construction d'une gendarmerie (6,1 M€), la construction d'une cantine scolaire (267 k€), la construction d'une école (1,1 M€), l'élaboration d'un PLU intercommunal (400 k€), un agrandissement de bibliothèque municipale (1,2 M€), de l'immobilier d'entreprise à la Salamane (1,5 M€), l'agrandissement d'un musée (3,5 M€), la construction d'une résidence sénior (2 M€), etc. Je ne suis pas exhaustif, mais il n'y a au final que des projets communaux pour lesquels le contrat de ruralité est un énième guichet. L’État ne propose pas ici d'enveloppe financière, contrat par contrat. Il indique juste qu'il y affectera 216 millions d'euros en 2017, en plus des autres aides financières que sollicitent les collectivités locales (les dotations de l’État comme la DETR [2], le volet local des contrats de plan État-Région (CPER), et les fonds européens. Mais ce sont les préfets qui décideront de soutenir tel ou tel projet ...

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Ce paragraphe était long, mais il exprime bien comment un président de métropole dispose d'un financement fléché pour 6 projets structurants pour son territoire, quand 77 maires du Cœur d'Hérault vont se tirer la bourre pour que leur propre projet soit accepté par le préfet de l'Hérault. Pour le Cœur d'Hérault, pour ses habitants comme pour ses acteurs économiques, c'est simplement de l'enfumage ; il n'y a aucune ambition collective pour le Cœur d'Hérault, juste une somme de besoins locaux. Je n'étais pas invité ce soir à la sous-préfecture de Lodève pour assister à la signature de ce contrat de ruralité, mais il faut certainement beaucoup d'épaisseur pour se prêter au jeu. Élu local depuis bientôt 9 ans, j'aspire à nourrir ce lien avec les citoyens, car ils doivent collaborer plus étroitement à ces opérations qui vont structurer leur vie et celle de leurs enfants. Ce blog y contribue, et vous êtes nombreux à me lire, mais je préfèrerai être un porte-parole agissant plutôt qu'un témoin désabusé. Voilà un beau vœu pour 2017, non ?

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[1] : Bordeaux, Brest, Grenoble, Lille, Montpellier, Nancy, Nantes, Nice, Rennes, Rouen, Strasbourg et Toulouse sont 12 métropoles de "droit commun" ; s'y ajoutent 3 métropoles à statut particulier, ce sont Aix-Marseille, Lyon et le Grand Paris.
[2] Dotation d’Équipement des Territoires Ruraux attribuée aux communes et aux EPCI sous condition de population et de potentiel financier par habitant.