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11/10/2014

Pays Coeur d'Hérault, chimère ou réel outil de développement ?

Cette note trouve son origine dans l'actualité des territoires héraultais pour qui la réforme territoriale offre l'opportunité d'un développement adapté aux spécificités de chacun d'entre eux. Mais aujourd'hui, c'est la future métropole de Montpellier qui mène la danse, et bien au delà de l'Hérault.

Le Pays Coeur d'Hérault s'est créé il y a dix ans, et déjà à l'époque c'était pour proposer une alternative à la suprématie dévorante de l'agglomération de Montpellier. Regroupement de quatre intercommunalités, le Pays Coeur d'Hérault réunit désormais le Lodévois-Larzac, le Clermontais et la Vallée de l'Hérault. Avec la loi MAPAM (loi de modernisation de l'action publique territoriale et d'affirmation des métropoles), les territoires ruraux se voient par ailleurs offrir un cadre de développement symétrique à celui des métropoles ; l'article 77 revoit le cadre juridique du Pôle métropolitain quand l'article 79 crée les Pôles d'équilibre territoriaux et ruraux (PETR). Ainsi, le Pays Coeur d'Hérault a vocation à devenir un PETR, et donc à promouvoir certains axes de développement générant de la valeur ajoutée (économique, sociale ou environnementale).

Mais autant comme citoyen observateur que comme élu qui siège depuis quelques années au Syndicat de développement du Pays Coeur d'Hérault, je constate qu'il manque une volonté politique pour que ce territoire se développe harmonieusement dans l'intérêt général de ses 75 000 habitant. Et c'est plus évident encore quand Montpellier est dirigée par un élu charismatique, volontaire, ambitieux et dynamique. Ainsi, après l'ère Georges Frêche, Philippe Saurel donne un nouvel élan à son agglomération ; il reprend comme son mentor le projet de rayonnement territorial qui dépasse largement les frontières de sa future métropole.

Face à ce "rouleau compresseur", le Cœur d'Hérault a néanmoins des atouts. Dans ce David contre Goliath, notre territoire agricole doté de trois grands sites et traversé par des infrastructures remarquables (de l'Hérault à l'A75) dispose de ressources encore trop mal exploitées. Et avec des taux de chômage parmi les plus hauts de France métropolitaine, le Cœur d'Hérault est face, à la fois à une urgente nécessité sociale de favoriser la création d'emplois, mais aussi à un potentiel humain qui constitue une ressource économique. Or, à part dans les rapports annuels de la Maison de l'Emploi, jamais les établissements de coopération intercommunale ne se fixent d'objectifs particuliers sur les axes de la création d'entreprises et de la création d'emplois.

Et la seule issue à laquelle se résolvent des élus désorientés est de dérouler le tapis rouge à Montpellier la toute puissante ...

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En réalité, il ne s'agit pas de la suprématie de Montpellier sur les territoires voisins, c'est surtout l'abandon dans les territoires concernés de toute orientation politique concertée. Quels élus de quelles structures locales en Cœur d'Hérault portent un projet de développement économique pérenne et réellement créateur de valeur ajoutée ? La réponse la plus courante, ce sont les fameuses zones d'activité économique ... Chacun a la sienne ! Mais pour y installer quelles filières ? Et de la formation professionnelle est-elle couplée avec le développement de ces ZAE ? L'exemple de la Salamane est désespérant. Voila 70 hectares de terres agricoles qui ont été achetées avec de l'argent public, créant au passage une spéculation foncière très pénalisante pour le Clermontais, et dont les lots ne se commercialisent pas. Eh non, il ne suffit pas de mettre du foncier à la disposition des entreprises et d'attendre qu'elles se précipitent, surtout dans le contexte de concurrence entre zones d'activités des territoires voisins.

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Le propos de Philippe Saurel lors de sa visite à Lodève fin juillet est révélateur de l'état d'esprit qui domine désormais : "Pour cela, Montpellier doit reparler aux villes de l'Hérault. Elle est la locomotive, et Lodève en est un wagon. Nous ne devons pas le laisser à quai, comme toutes les autres villes du département et du Languedoc-Roussillon. Je rééquilibre le grand territoire de la future grande métropole" [Midi Libre du 28 juillet 2014]. Cela revient à nier tous les potentiels locaux, à éclipser les capacités des acteurs locaux à entreprendre en concertation avec les collectivités locales, mais à se contenter d'attendre l'homme providentiel ...

Finalement, ces intercommunalités que le gouvernement veut encore renforcer ne sont-elles pas trop éloignées des ressources et des besoins des territoires qui les composent ? Et pourquoi ne pas investir le développement des bassins de vie ? L'INSEE a depuis quelques années découpé le territoire national en bassins de vie, il s'agit là de périmètres qui facilitent l'exploitation de données statistiques sur des thématiques comme l'emploi, l'économie, le logement, les déplacements, etc. Sur le Cœur d'Hérault, ce découpage présente cinq bassins de vie : Clermont l'Hérault (12 communes), Gignac (15 communes), Lodève (33 communes), Paulhan (13 communes) et Saint-André-de-Sangonis (6 communes).

Car l'horizon risque de s'assombrir encore un peu avec le projet de réforme territoriale dont la loi sera votée cet automne au Parlement. Je viens de décrire les incapacités inconscientes qui sont mises en œuvre, par exemple pour un village comme Paulhan dans son développement au sein du Clermontais puis du Cœur d'Hérault, mais quelles capacités conscientes la future loi mobilisera pour Paulhan au sein d'un Département aux compétences incertaines, et pour Paulhan au sein d'une grande Région dont les deux métropoles capteront l'essentiel de la production de richesses ?

C'est aux citoyens de nos communes et de nos bassins de vie de se mobiliser, localement, et sans attendre que ça tombe du ciel.

29/07/2014

Philippe Saurel a l'appétit territorial de Georges Frêche, mais y mettra-t-il les formes, lui ?

Souvenons de Georges Frêche et de ses appétits territoriaux ! Mais il était peut-être trop seul à voir si loin, et ... il a échoué. Sur la Septimanie, ce sont les catalans qui lui ont fait mordre la poussière ; il percevait sa région sous l'angle du marketing économique, mais il a trop vite écarté les empreintes culturelles des territoires du Languedoc-Roussillon. Idem avec sa métropole qu'il voyait aller de Nîmes à Sète. Il était légitime de vouloir bâtir le développement économique sur plusieurs piliers : un port, un aéroport et des zones d'activité high-tech. Mais à l'est comme à l'ouest de Montpellier, les élus locaux voyaient d'abord débouler un rouleau compresseur !

Et c'est un peu une impression de déjà vu que Philippe Saurel donne aujourd'hui. Il veut aller vite car la réforme territoriale qui se prépare impose à Montpellier de ne pas se faire distancer par Toulouse. Alors ça pourrait ressembler à la fable de la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf ; or, si Jean de La Fontaine ironisait sur l'ambition démesurée des bourgeois, donnons au maire de Montpellier quelques circonstances atténuantes.

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Sur la démarche, il n'est pas idiot que la métropole de Montpellier noue des partenariats spécifiques avec ses voisines. La zone portuaire de Sète et l'économie de la mer du bassin de Thau peuvent profiter aux activités économiques de Montpellier, et vice-versa. Idem pour la zone aéroportuaire de Mauguio. Et de concevoir que le Coeur d'Hérault puisse devenir le jardin potager des montpelliérains, autant que leur espace de détente pour le week-end, ça n'a rien de condescendant. Effectivement, des partenariats intelligents peuvent profiter à tous.

Par contre, il y a ce terme de "locomotive" qui me hérisse le poil. Philippe Saurel l'a employé devant les élus du Lodévois-Larzac : "Montpellier [...] est la locomotive et Lodève en est un wagon". C'est très dévalorisant pour les autres communes autour de Montpellier, car un wagon n'a pas beaucoup d'autre latitude que suivre sa locomotive dans les rails qu'elle emprunte ... Je me souviens qu'Alain Cazorla employait souvent cette expression pour illustrer la place de Clermont l'Hérault dans le Clermontais.

Je suis opposé à cette façon de concevoir le développement territorial, il faut au contraire que les territoires tissent un réseau ; et dans un réseau, tous les nœuds jouent un rôle plus ou moins important. C'est d'ailleurs un scénario qu'envisage le gouvernement pour le Conseil départemental, il pourrait devenir la chambre haute des intercommunalités du département. Ainsi, et à l'image du Sénat, les conseillers départementaux seraient des représentants élus des intercommunalités et la compétence de cette assemblée serait justement de coordonner les diverses politiques locales (logement, aide sociale, transports, environnement, tourisme, économie, ...).

Enfin, Marie-Christine Bousquet s'empresse d'anticiper un partenariat avec la métropole de Montpellier alors que le Lodévois-Larzac a rejeté la démarche SCOT (Schéma de Cohérence Territoriale) avec ses voisins du Clermontais et de la Vallée de l'Hérault ... Commençons déjà par construire en Coeur d'Hérault un pole d'équilibre territorial et rural, consolidons nos fondations communes, et après nous pourrons regarder du côté de Montpellier. Autrement, c'est la compétition entre territoires qui est privilégiée et ce ne sont certainement pas les citoyens qui en seront les bénéficiaires.

Retrouvez les positions de Philippe Saurel sur les prospectives de son pôle métropolitain avec le Lodévois-Larzac, dans la Lettre M du 22 juillet et dans Midi Libre du 28 juillet (cliquez sur le lien pour ouvrir le fichier).

12/07/2014

Aménagement commercial à la Salamane, l'Etat est aux abonnés absents ...

Début mai, je publiais une note sur un projet d'aménagement commercial sur la zone d'activité de la Salamane. La SCi Castellum de Clermont l'Hérault et la SARL Delpra (Centre Commercial Les Portes du Soleil à Juvignac) avaient déposé le 13 mars auprès de la commission départementale d'aménagement commercial (CDAC), une demande d'aménagement pour un centre commercial de 9 896 m2 de surface de vente. Le 17 mars 2014, la préfecture signait un arrêté de composition de la commission appelée à étudier le dossier ; outre quelques personnes qualifiées, la commission était composée des maires de Clermont l'Hérault, de Paulhan et de Canet.

Mais il n'a échappé à personne que cette période était focalisée sur les élections municipales. Et quelques semaines après le scrutin, la préfecture signait un nouvel arrête de composition de la commission ; le 2 mai 2014, le maire de Canet était remplacé par le président de la Communauté de communes du Clermontais et le maire de Paulhan était remplacé par madame le maire de Lodève. Finalement, cette commission ne s'est jamais réunie et la préfecture vient de signer une attestation d'accord tacite ; l'information n'a été publiée que le 11 juillet sur le site Web de la CDAC de l'Hérault, mais la préfecture accorde rétroactivement une autorisation d'aménager ce centre commercial au 12 mai 2014.

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Les deux projections ci-dessus extraites du dossier remis à la CDAC (cliquer sur les images pour les agrandir) témoignent de l'ampleur du projet. De multiples commerces sont appelés à investir ce futur équipement, et avec la zone des Tanes Basses de l'autre côté de l'A75 ces zones commerciales vont devenir un pôle d'attraction majeur sur le Coeur d'Hérault. Mais notre territoire qui tente de préserver la qualité de ses paysages et sa culture a-t-il besoin de ressembler à l'aire métropolitaine de Montpellier avec ses zones comme Odysseum ? Et pour Clermont l'Hérault, cela signifie une délocalisation en bord d'A75 de la majorité des commerces locaux.

Il est regrettable que cette autorisation d'aménagement commercial n'ait pas fait l'objet d'un véritable travail d'analyse économique, sociale et environnementale ; le délai légal de deux mois ayant été dépassé, l'autorisation devient tacite. Comme pour l'exercice du contrôle de légalité par les services préfectoraux, et dans la perspective de la réforme territoriale et de la baisse des moyens de l’État dans les départements, il faut craindre que ces dépassements de délai légal ne se multiplient. Quels moyens auront encore la DDTM et la DREAL pour suivre des dossiers importants, le budget du ministère de l'écologie étant contraint à la baisse ?

Par ailleurs, le Syndicat de développement du Pays Coeur d'Hérault (SYDEL) qui réalise le SCOT sur le territoire des communautés de communes du Clermontais et de la Vallée de l'Hérault est compétent pour accorder une autorisation d'exploitation commerciale d'une surface de vente supérieure à 1000 m2 (cf. principe de dérogation). Il est essentiel que le SYDEL(/SCOT) accorde tout le temps nécessaire pour instruire la demande d'exploitation ; c'est un préalable à la réalisation du Document d'Aménagement Commercial (DAC) qui sera une composante majeure du futur SCOT.

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