Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

08/09/2009

L'Asperge U

Note préliminaire : Cet article ne vise pas directement l'enseigne U dont je suis moi même un client régulier. Mais il s'avère que c'est Système U qui est porteur du projet de plate-forme logistique dans la future ZAC de la Salamane, et il n'est pas possible de s'abstraire de cette réalité.

La résistance qui grandit contre le projet de la ZAC de la Salamane présente diverses facettes, et le blog du collectif de la Salamane informe régulièrement sur l'actualité de cette grogne (cf. : http://salamane.hautetfort.com/). Parmi toutes ces facettes, il y les nuisances induites par cette nouvelle activité, il y a le type d'urbanisation de ce secteur, il y a l'impact paysager, etc. Mais celle que je souhaite illustrer dans cet article porte sur le modèle de société que nos collectivités et que nos élus portent au travers de ce projet. Et surtout vis à vis de la grande distribution, notre vigilance devrait être encore plus aiguë. Les agriculteurs mais aussi les industriels ne manquent jamais de stigmatiser les politiques d'achat de la grande distribution qui tirent les prix vers le bas tout en se conservant des marges confortables.

Et pour illustrer mon propos, je vous présente la botte d'asperges ci-jointe qui est en vente en ce moment à l'Hyper U de Clermont l'Hérault (cliquer sur les images pour les avoir en taille normale). Car outre  que ce légume printanier est commercialisé hors saison, sa particularité est qu'il nous vient du ... Pérou ! Et pas moins de 10.000 Km séparent le producteur du consommateur.

Image_00033.jpg
Image_00029.jpg

Mais à quel type de modèle économique nous conduit cette ZAC de la Salamane ? L'objectif est-il, dans des milliers de mètres carrés de hangars posés sur quelques dizaines de centimètres de béton de faire pousser des asperges du Pérou ? Pas besoin d'eau, ni de soleil et même pas de semence, juste un cariste et son porte palettes qui posera des linéaires d'asperges du Pérou ... Entre nous, ne serait-ce pas mieux que ces asperges poussent en plein champ au printemps ? Et un emploi de maraîcher ne vaut-il pas celui si précaire de cariste ou de préparateur de livraisons ? Notre territoire rural sur cette plaine agricole de la Salamane doit retrouver sa vocation vivrière. Et si la viticulture est en crise, alors les collectivités doivent soutenir d'autres filières. Et il ne manque pas de candidats pour s'installer en maraîchage, en arboriculture ou en élevage.

Relocaliser l'économie, c'est pérenniser une activité pour les habitants de notre territoire. Mais c'est aussi rompre avec une économie globale qui voit des marchandises faire plusieurs milliers de kilomètres. Or, la diminution des ressources en énergies fossiles ne permettra pas de continuer sur cette voie là. De même, la lutte contre le changement climatique et la réduction des gaz à effet de serre sont de notre responsabilité à tous.

img285.jpg
Il n'est pas dans mon intention d'empêcher qui que ce soit de consommer des asperges en septembre, mais alors il faut en accepter les contraintes, c'est à dire d'en payer le juste prix. Ici, cette asperge du Pérou est à un prix voisin de l'asperge produite dans notre région ; il y a donc une entourloupe quelque part.

En réalité, un premier ajustement serait par exemple que cette asperge soit issue du commerce équitable afin d'assurer aux producteurs locaux la juste rémunération de leur travail. Mais il faudrait aussi appliquer à ce légume qui a parcouru 10.000 Km une fiscalité écologique ; voilà par exemple un cas où la taxe carbone pourrait s'appliquer. Et au final, ce n'est pas à 3,85 € que l'on devrait trouver cette asperge dans les rayons de nos magasins, mais au moins à 10 €.

Au travers de cette botte d'asperges du Pérou, je souhaite attirer l'attention de chacun sur le type de société que nous voulons laisser à nos enfants. Avec le projet de ZAC tel qu'il nous est décrit par la Communauté des Communes du Clermontais, c'est la renonciation à tout ce qui fait notre ruralité, ce qui fait que nous aimons vivre et travailler ici, mais aussi ce qui nourrit un tourisme de qualité. Prenons le contre-pied de ce projet et misons sur une alternative de redynamisation de l'économie locale basée sur une agriculture paysanne ; derrière, il y a de l'artisanat, du commerce et des prestations de service à la clé. Ne scions pas la branche sur laquelle nous sommes assis !

01:38 Publié dans CCC | Lien permanent | Commentaires (0)

03/09/2009

ZAC de la Salamane, un projet qui va dans le sens inverse de l'histoire !

Hormis le communiqué du mois de juillet, je ne me suis pas encore exprimé ici sur le fond de ce projet. Au delà des coûts, des effets nuisibles immédiats et des conditions incroyables négociées entre Système U et la Communauté des Communes du Clermontais (CCC), il faut s'attarder sur ce que représente ce projet. Il y a certainement une part d'idéologie dans les propos qui vont suivre, mais ce débat illustre aussi une crise idéologique ! Par quel idéal sont mus nos élus ?

Aujourd'hui, plus personne n'ignore la fragilité de ces zones d'activité qui se concentrent sur une mono activité. Ces douze derniers mois ont été marqués par des conflits très durs, sur des territoires touchés par les fermetures d'entreprises alors qu'il y a peu les collectivités locales en faisaient leur Eldorado. "Relocaliser l'économie" n'est pas un slogan politique lancé comme ça par quelques experts, mais c'est une réponse pérenne à l'échec patent de la globalisation de l'économie capitaliste. Miser maintenant la réussite d'un projet comme la ZAC de la Salamane sur des échanges internationaux de marchandises, c'est faire preuve d'une forme d'autisme politique aggravé. Parce que le projet porté par Système U, c'est de stocker dans 60.000 m2 de hangars des produits alimentaires et manufacturés qui viendront des quatre coins du monde afin d'approvisionner le réseau des magasins U de Menton à l'Atlantique, et avec un facteur de saisonnalité important. Un tel projet est l'héritage désuet d'une économie marchande qui va être confrontée à la hausse du prix des énergies fossiles. Le coût croissant des transports par avion cargo ou par bateau pour remplir les hangars, et le coût qui sera de plus en plus élevé pour le gazole des noria de camions qui vont approvisionner le réseau U du sud de la France, voilà déjà un facteur économique très défavorable. Et je ne parle même pas de l'impact environnemental ... A l'heure où tous les partis politiques s'accordent sur la nécessité d'une fiscalité écologique, un tel projet devient un contresens historique.

La plaine de la Salamane est une riche terre agricole de plusieurs dizaines d'hectares. Préférer artificialiser cette terre plutôt que l'exploiter pour nous nourrir, voilà encore une aberration. Le législateur a par exemple décidé d'introduire de plus en plus d'alimentation bio dans le repas de nos enfants, à la cantine, mais nous manquons de produits alimentaires bio. Sauf à les importer du Kenya ou d'Egypte ... En parallèle, de nombreuses personnes sont désireuses de s'installer en maraîchage, en arboriculture ou en élevage, voilà des emplois non délocalisables et moins précaires que cariste chez U ! Il y a là un modèle économique pertinent et de qualité à développer, avec de l'écotourisme à la clé sur un territoire qui ne manque pas de sites remarquables.

ZAC_Salamane.JPG
Vendargues.JPG
Ces deux images satellites de même échelle représentent le site actuel de la Salamane à gauche et le site de Vendargues à droite où se trouve déjà une plateforme logistique de Système U. Sans simplfier à l'extrême la projection en superposant les deux images, on ne peut pas s'empêcher d'imaginer à quoi pourrait ressembler cette plaine d'ici quelques années ...

Ces quelques lignes ne suffisent pas à produire un argumentaire détaillé contre le projet de ZAC à la Salamane, mais j'ai souhaité illustrer ici la cécité dont font preuve ceux qui portent politiquement un tel projet. On ne peut pas arguer du seul critère "emploi" pour justifier le soutien à une activité économique. L'histoire récente a montré que les critères sociaux et environnementaux sont trop souvent laissés de côté, et il faut regretter que les mêmes élus qui portent une démarche d'Agenda 21 local votent aussi pour un tel projet qui s'assied sur les principales finalités de la démarche Agenda 21. Alors oui, on peut se demander si les politiques ont encore un idéal ... Si le 20ème siècle a été marqué par deux idéologies dominantes, le socialisme et le capitalisme, force est de constater que nos élus, nos politiques donc, ne se revendiquent plus aujourd'hui d'aucune autre idéologie que celle de la "gestion courante des affaires". Pour ma part, je suis persuadé que l'écologisme sera l'idéologie du 21ème siècle. C'est comme pour la décroissance, même si nous ne choisissons pas de nous en saisir de façon responsable, c'est l'histoire qui nous l'imposera.

Les habitants de ce Coeur d'Hérault ont déjà manifesté leur opposition à de tels projets qui ciblent l'intérêt financier de quelques uns au détriment du patrimoine de tout un territoire. Le projet de golf-hôtel sur le Salagou, le projet de circuit automobile, le projet Mondavi à Aniane sont quelques uns des combats menés par les associations locales. L'opposition au projet d'aménagement du Mas Dieu, où le groupe Vivendi avait prévu d'y installer une décharge, s'est transformé au bout de quelques années en un projet d'aménagement global, bien plus respectueux du patrimoine naturel et plus attentif aux retombées socio-économiques locales. Idem pour l'ancien site de la Cogèma à Lodève où les associations riveraines veillent aux conséquences sanitaires d'une ré-industrialisation du site. Ce territoire n'est pas non plus un village Gaulois qui résiste à l'envahisseur, ce serait trop caricatural, mais il faut au contraire se féliciter d'avoir des populations si exigeantes en matière de qualité de vie. Alors, pourquoi ne pas les consulter préalablement à tout projet ?

Mesdames et messieurs les élus du Clermontais, pourquoi ne pas lancer un débat public sur l'avenir de notre territoire ? Mais pas en posant la question binaire "oui ou non à la ZAC de la Salamane". Donnons-nous le temps de construire un schéma de cohérence territoriale et laissons tous les acteurs locaux prendre part au débat, sans à priori !

Plus d'informations sur le site du Collectif de la Salamane que je soutiens : http://salamane.hautetfort.com/

00:08 Publié dans CCC | Lien permanent | Commentaires (3)

29/08/2009

Taxe additionnelle, suite mais pas fin ...

Ma dernière note portait sur le budget de la communauté des communes qui s'appuyait sur un nouvel impôt pour équilibrer ses comptes. Souvenez-vous, deux audits commandés par le nouvel exécutif communautaire se concluaient par un appel urgent à des arbitrages budgétaires ; des compétences acquises récemment et la ZAC de la Barthe grèvaient fortement l'autofinancement de notre EPCI. Et l'assemblée de voter majoritairement la levée d'une taxe additionnelle de 1,2 M€.

Depuis, nous aurions pu nous attendre à un peu plus de rigueur, à quelques économies dans les dépenses de l'intercommunalité ... Que nenni ! Et au contraire, la communauté de communes a décidé de faire un petit placement foncier : 900.000 € pour les établissements Salasc à Clermont l'Hérault. D'après le président, c'est en prévision de la création d'un pôle culturel à Clermont l'Hérault, c'est une opportunité immobilière à ne pas laisser passer et il sera toujours possible de vendre si nécessaire. Bref, ce que l'on prend d'un côté dans le porte-monnaie des contribuables sert à épargner ... belle leçon de dynamisme économique en temps de crise !!!

Ensuite, et sans entrer dans le débat de fond qui mérite une note à part entière, la communauté a aussi voté la création de la ZAC de la Salamane pour Système U et d'autres opérateurs logistiques qui vont s'installer sur des dizaines d'hectares de riches terres agricoles. 13 M€ de dépenses sont prévues contre 11,5 M€ de recettes seulement. La différence est assurée par des subventions (le Conseil Général et le Conseil Régional mettent la main à la poche), mais aussi par 330.000 € directement puisés dans le budget de la communauté des communes. Et on me trouvera peut être un esprit de raccourci, mais 900 + 330 = 1230, et nous sommes pile poil dans la prévision de recettes de la taxe additionnelle ... Je sais bien que les comptes ne se font pas de façon si basique, mais on ne me retirera pas de la tête que cette taxe additionnelle était bien peu fondée. Ou bien elle se justifiait et il fallait mettre la pédale douce sur tous ces projets, ou bien la communauté avait les moyens de ses ambitions et alors cette taxe est injuste.

Mais les comptes de résultats qui nous seront présentés prochainement nous éclairerons mieux. Néanmoins, et avant de prendre les compétences "Tourisme" et "Culture" à partir de 2010, il faut espérer que notre exécutif intercommunautaire fasse preuve de plus de transparence.

14:30 Publié dans CCC | Lien permanent | Commentaires (0)