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12/03/2018

La Salamane fait son cirque !

Surprise ce matin en allant travailler à Montpellier, et en passant par l'A75 devant la ZAC de la Salamane, de grands chapiteaux de cirque occupent les espaces en voie de commercialisation. Alors que cela fait des années que nous attendons (et parce que nous l'entendons dans la bouche de l'exécutif intercommunal), ici un hôtel, là des restaurants, ou encore une station service, voire une aire de covoiturage, bien sur un centre commercial et ses galeries marchandes, ... - je ne m'étais jamais dit que cette ZAC était un vrai cirque - mais là ça sautait aux yeux !

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Et c'est ce même jour que la Préfecture de l'Hérault rend compte de la réunion de la Commission Départementale d'Aménagement Commercial (CDAC) du 9 mars dernier où le dossier portant sur la création d'un ensemble commercial de 6 680 mètres-carrés de surface de vente composé de 8 cellules sur la ZAC de la Salamane a été retiré par la S.C.C.V Castellum Promotion. Déjà il y a un an le même promoteur avait annulé ce même dossier auprès de la CDAC. Et en 2014, c'est la Commission Nationale d'Aménagement Commercial (CNAC) qui avait retoqué le même projet (un peu plus grand de 3 200 mètres-carrés) ... Là, nous sommes dans le tour de passe-passe, dans la prestidigitation, et le chapiteau est approprié ;-)

Alors je ne suis pas surpris de cette issue, puisque l'information m'avait été communiquée le 23 février. Le motif qui justifie ce rétropédalage est lié à la concurrence avec la zone des Tanes Basses, à l'absence de desserte du projet commercial de la Salamane par des transports en commun comme par des pistes cyclables ; on retrouve-là les mêmes arguments développés par les avocats de la ville de Clermont-l'Hérault en 2014 devant la CNAC.

Mais alors que le président Lacroix avait déclaré « urbi et orbi » que que ce projet commercial était sur les rails, et même que selon ses services la Salamane emploierait bientôt (sur le papier) autour de 480 salariés, pourquoi alors retirer le dossier de l'ordre du jour de cette CDAC du 9 mars ? Et bien tout simplement parce que les services de l’État venaient d'y mettre leur veto ! Jean-Claude Lacroix précise lui-même que c'est contre toute attente, tant les échanges avec la DDTM34 et avec la sous-préfecture étaient engageants, sauf que la lutte contre l'artificialisation des terres agricoles est un cheval de bataille de longue date de la DDTM, et qu'il s'y ajoute la revitalisation des centres-villes ; alors quand le destin s'en même à ce point ...

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La Communauté de communes du Clermontais entretient des relations difficiles depuis deux ou trois ans avec les services de l’État. Ainsi, le président Lacroix évoquait récemment 17 procédures de révision de PLU qui sont systématiquement bloquées par la DDTM34. De mon point de vue, c'est l'absence de SCoT qui porte préjudice à nos communes du Clermontais ; mais aussi l'absence de Programme Local de l'Habitat (PLH). En effet, comment la DDTM peut-elle apprécier les projections démographiques des communes si elles ne sont pas inscrites dans une approche plus globale ?

Je le rappelai dans une précédent note, mais le SCoT de la Métropole Montpellier-Méditerranée prévoit +1% de croissance démographique par an jusqu'en 2040. Parallèlement, et alors que la Métropole de Montpellier produit 5 000 logements par an, Philippe Saurel met l'accélérateur pour passer à 5 800 logements par an ! A compter de 2 personnes par logement en moyenne, cela signifie que la métropole de Montpellier est en capacité d'accueillir la presque totalité de la croissance démographique de l'Hérault (15 000 nouveaux habitants chaque année). Alors dans ce contexte-là, pourquoi le reste du territoire départemental gonflerait son offre de réserves foncières ? Surtout quand des logements abordables, les services aux personnes et que l'emploi se concentrent de plus en plus autour de Montpellier ...

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Et dans une note du 25 février relative au plan national « Action cœur de ville », présenté à Clermont-l'Hérault par les députés LREM Philippe Huppé et Patrick Vignal en présence du maire Salvador Ruiz, cette ambition nationale pour les centres-villes dans le cadre des opérations de revitalisation de territoire (ORT) va jusqu'à « suspendre, au cas par cas, des projets d'implantation commerciale en périphérie pour renforcer les complémentarités ». Et c'est d'ailleurs ce qu'a exprimée la sous-préfète de Lodève en ce début d'année aux trois présidents des communautés de communes du Cœur d'Hérault avec un projet de moratoire sur les extensions de zones commerciales.

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N.B : La carte ci-dessus (publication DDTM34) est trompeuse, car en coloriant tout le territoire des communes concernées cela donne le sentiment que les zones d'activité sont très vastes ; en général on utilise un cercle pour ce type de représentation, et avec un rayon qui correspond à la surface de la zone.

Logo_Cirque_Muller.pngEt aujourd'hui, quand le cirque Muller s'installe sur une zone d'activité où une vingtaine d'hectares aménageables ne sont toujours que des ermas, cette image qui peut donner à sourire se transforme vite en « soupe à la grimace » :=(

Le 21 février dernier, des étudiants de l'Université Paul Valéry présentaient la restitution d'une étude sur la densification et sur la division parcellaire à Gignac et à Saint-André-de-Sangonis (cf. site Web du Pays Coeur d'Hérault). C'est un travail remarquable qui a été présenté [à de trop rares élus locaux], et qui va inspirer les prochaines étapes du SCoT du Cœur d'Hérault (avec un PADD et un DOO programmés pour cette année 2018). Ce qui est frappant pour ces deux communes à la forte croissance démographique, c'est que la densité de population croît au même rythme ; Gignac et Saint-André-de-Sangonis ont doublé leur population entre 1968 et 2014 (d'un peu plus de 2 500 en 1968 à près de 6 000 pour chacune en 2014), mais une densité qui passe dans le même temps de 92 à 198 hab/km2 à Saint-André-de-Sangonis et de 132 à 288 hab/km2 à Gignac ; on peut donc croître sans s'étaler. Néanmoins, depuis 1968, ces deux communes ont perdu chacune 4 hectares d'espaces agricoles par an ! A leur décharge, on néglige trop souvent l'impact des aménagements autoroutiers qui sont de gros consommateurs de terres agricoles.

Aussi, plutôt que de considérer les services de l’État comme des empêcheurs d'artificialiser à tout va, il faut déjà consulter leurs publications (cf. site Web de la DDTM34), qui sont riches d'enseignements, et puis surtout ne plus tarder à produire les documents de planification urbaine qui nous font tellement défaut.

02/03/2018

Adieu à Denis Mallet

Denis a tiré sa révérence hier matin ... C'est bien une malédiction qui touche notre territoire, avec les disparitions ces derniers temps de personnalités qui lui ont tant apporté, et avec tant de capacités d'entraînement ; je pense ainsi à Marie-Christine Bousquet, à Josiane Ligonière.

A la Communauté de communes, Denis était un rayon de soleil dans cet environnement si terne. Et quand il présentait son budget debout au milieu de l'assemblée, ce n'était pas pour faire spectacle, mais bien pour animer son propos, pour lui donner plus de portée encore. Il était un messager, mais de cette tradition orale si captivante et si délicieuse quand la parole est si bien portée. Il y avait aussi chez Denis ce tempérament facétieux, une expression singulière du visage qui ponctuait sans cesse ses propos, d'un sourire amusé à un haussement de sourcils interrogatif, une gestuelle qui donnait la mesure de son verbe.

Denis était le seul élu à ne jamais se satisfaire de ses réussites, pourtant significatives, quand tant d'autres se réjouissent de petits riens ; cette soif de toujours faire mieux est une qualité qui se perd, et Denis l'exprimait avec une rare humilité, car il avait un vrai souci de l'intérêt général. Avec son « Paratge », terme occitan intraduisible et qui provient du langage des troubadours, évoquant la noblesse d'âme, Denis était à sa façon un chevalier portant haut ses projets culturels.

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Notre dernière rencontre était il y a une semaine à Paulhan pour la remise des lots de l'Auto de Noël ; le contexte correspondait bien peu à nos appétits, mais nous avons su nous nourrir d'autres mets. Il me disait qu'il ne serait candidat à rien en 2020, mais qu'il ne resterait pas inactif. Et nous avons alors évoqué le projet de territoire qu'il fallait construire à quelques-uns pour le prochain mandat ; il devait le rendre public dans les semaines à venir. L'approche intercommunale des enjeux du quotidien nous réunissait, et nous convenions que c'était là un terreau fertile pour nos communes.

Ce soir-là, nous avons aussi évoqué les tiers-lieux, dont celui du Cœur d'Hérault qui est à l'ordre du jour du comité syndical du 2 mars. Il était intarissable sur ces questions-là, évoquant un projet de tiers-lieu à Cabrières, et nous nous accordions sur le fait qu'avec l'arrivée du très haut débit d'ici 2022, il y avait tout un réseau de tiers-lieux à construire, irriguant le territoire du Cœur d'Hérault d'espaces de projets. Et de savoir que nous aurions cet échange-là lors de ce comité syndical exigeait que mes interventions ne soient pas décevantes, parce qu'il y avait là un propos à venir qui devait être riche et un partenaire de séance qui mettait toujours la barre très haut. Sans lui, je me suis tu.

Denis était le seul élu, dans les assemblées intercommunales ou syndicales, à se dire d'accord avec mes propos exprimés en séance ; je n'en tire aucune flagornerie, mais nous avions ces mêmes fulgurances pour l'avenir du territoire et sur l'impérative nécessité de multiplier les espaces d'échange, entre élus tout comme avec la société civile, cultivant l'esprit critique.

Je suis désormais comme un troubadour qui chemine et qui perd son ombre, ce qui n'arrive que quand le soleil se couche.

14/02/2018

Pas de taxe GEMAPI en 2018 sur le Clermontais !

Très longue séance pour l'assemblée communautaire ce mercredi 14 février, et la Saint-Valentin n'a pas épargnée le Président Lacroix. Les sujets à enjeux ne manquaient pas, avec entre autres le DOB ou encore le système fossilisé des attributions de compensation, mais c'est la GEMAPI qui a vu les prises de parole hostiles se multiplier. Après les élus de Clermont-l'Hérault (Yvan Poncé, Laure Robert et Bernard Baron), puis les maires de Lieuran-Cabrières et de Mourèze, et enfin moi-même et le maire de Péret (par ailleurs président de l'association des maires de l'Hérault), Jean-Claude Lacroix a vite compris qu'un vote sur la mise en place d'une taxe pour lever 200 000 € en 2018 lui serait défavorable. Il a donc préféré y renoncer, et il a mis aux voix un texte indiquant que la CCC trouverait des ressources financières dans son budget ...

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Mais c'est quand même dommage que l'exécutif communautaire ait suivi le mouvement de tous les EPCI qui délibèrent majoritairement aujourd'hui pour lever cette nouvelle taxe. Et c'est une satisfaction de voir que l'assemblée communautaire n'est pas la chambre d'enregistrement que l'on stigmatise si souvent ... enfin presque. Parce qu'il y a en réalité des sujets tabous ; la fiscalité locale en fait partie. Les prérogatives des maires sont aussi un sujet sensible, et c'est ainsi que l'assemblée communautaire n'avait pas suivi son Président il y a deux ans quand celui-ci voulait prendre la compétence PLUi (Plan local d'urbanisme intercommunal).

Sur les autres sujets, l'intercommunalité peine à devenir une ambition politique partagée ; les maires en sont encore pour beaucoup au stade de la simple coopération. Le débat sur les attributions de compensation en témoigne, mais aussi cet « effet toboggan » qu'a dénoncé Christian Bilhac, c'est à dire que les dépenses de fonctionnement ne cessent d'augmenter quand celles d'investissement ne cessent de baisser. Et à titre de comparaison, Ch. Bilhac comparait la CCC (15 M€ de dépenses de fonctionnement en 2015 comme en 2016 pour 15 M€ puis 11 M€ de dépenses d'investissement en 2015 puis en 2016), et notre voisin de la Vallée de l'Hérault (13 M€ et 14 M€ en dépenses de fonctionnement en 2015 puis en 2016, contre 35 M€ puis 40 M€ en 2015 et en 2016). L'EPCI a vocation à investir pour tout son territoire, et pas seulement à offrir des services. Les investissements d'aujourd'hui sont les recettes de demain, et s'en détourner signifie qu'à l'avenir c'est la fiscalité des ménages qui sera sollicitée ; comme cela a failli arriver avec la GEMAPI ...