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23/12/2014

La culture, nécessairement subversive ?

En tous cas, le sujet a indirectement divisé les élus communautaires ces dernières semaines ... Et je dis "indirectement" car ce n'est pas le fait de désigner un 10ème vice-président délégué au développement culturel qui faisait polémique, mais plutôt de voir enfler la tribune de l'exécutif sans que collectivement il ne s'en dégage une dynamique de progrès. Et en cela, Denis Mallet a été la victime collatérale d'un front ouvert entre les "pragmatiques" et les "progressistes" ...

Le point que j'ai déjà relevé en assemblée communautaire, c'est l'absence de vice-président aux finances. Ainsi, c'est le Président Lacroix qui ordonne les dépenses et qui ensuite les contrôlent. Alors il y a bien une commission des finances qui existe, mais elle se réunit une fois tous les deux mois sur un ordre du jour imposé par le Président, et l'existence de cette commission tellement louée par l'exécutif lors du dernier Conseil communautaire n'est en rien un gage de transparence. Ça s'appelle simplement un alibi.

Mais le débat sur la 10ème vice-présidence a suscité des prises de position très étonnantes à l'occasion de deux Conseils communautaires (cf. article de Midi Libre), et surtout cet argument selon lequel le développement culturel devait être incarné par un homme, Denis Mallet, qui était aussi cet indispensable rempart contre la montée de la peste brune. Ce n'est pas Jack Lang pour qui il fallait voter, mais pour André Malraux !

Denis_Mallet.jpg

  

Car en écoutant Alain Blanquer, Henri Jurquet et d'autres élus, ne pas avoir un vice-président délégué à la culture laissait la porte ouverte aux idées du Front National !

Nos campagnes seraient alors livrées à la lepénisation des esprits ? Une lettre ouverte adressée au Président Lacroix par des acteurs du monde culturel Clermontais l'exhortait à revenir sur sa décision de supprimer cette vice-présidence, la culture portant nos valeurs républicaines tout en étant un vecteur de développement économique.

Or, quelle est réellement la compétence de la Communauté en matière de culture ? Presque inexistante au regard du champ de la culture ... La Communauté a pris deux compétences culturelles au 1er janvier 2014, à savoir le réseau de lecture publique et le théâtre. Pour la lecture publique, j'ai demandé au bibliothécaire de Paulhan si cela avait impacté son activité ; non, il ne s'est rien passé depuis un an, même pas une simple réunion des bibliothécaires du territoire histoire de faire connaissance. Mais le théâtre Le Sillon est par contre une plus grande réussite pour le territoire, avec son directeur Fabien Bargès et le Conseil d'exploitation du théâtre composé d'élus et de personnalités locales de la culture.

Ce théâtre avec son équipe et les moyens qui lui sont donnés est un outil de développement culturel pour l'ensemble du territoire. Et si c'est de façon sympathique que je tourmente ici Denis Mallet, je sais que son engagement passé et à venir dans le domaine culturel en fera l'un des plus progressistes de nos 10 vice-présidents. Il préside aussi la commission Culture et Patrimoine du Pays Cœur d'Hérault, ce qui permettra d'inscrire la programmation culturelle du Clermontais dans une politique territoriale plus efficace ; c'est par exemple le Pays qui sélectionne les dossiers de subvention européenne.

Par contre, il y a deux aspects que j'estime essentiels dans le développement culturel ; il y a d'abord la popularisation de notre culture commune, qui est le ciment de notre société et qui assure la cohésion d'une communauté humaine. Et puis il y a une culture qui éveille notre esprit critique, qui nous oblige à regarder le monde autrement, à évoluer. Malheureusement, ce second volet de l'expression culturelle est le plus difficile à imposer dans les programmations, car il dérange les pouvoirs en place ou l'opinion. C'est le cas actuellement avec le spectacle Exhibit B dans lequel les associations noires y voient une représentation raciste des zoos humains du 19ème siècle, alors que l'artiste Brett Bailey réussit la performance d'interpeller de façon originale les spectateurs sur l'esclavage et le colonialisme. Être réceptif à une telle œuvre artistique nécessite que l'on soit habitué à ouvrir son esprit, à découvrir des expressions nouvelles. Et il en va ainsi dans la peinture, dans la musique comme dans la littérature. A leur époque, Paul Cézanne ou Pablo Picasso, Victor Hugo ou Jean de la Fontaine, Alexandre Soljenistyne ou Karl Marx ont témoigné que la culture (ou l'art) dispose d'un potentiel de transgression redoutable.

Or, dans notre époque de sinistrose où la résignation nous entraînerait plutôt à cultiver nos traditions, il faut justement que la culture permette d'ouvrir de nouvelles voies ; il faut une culture subversive qui propose des alternatives dérangeantes. Parce que c'est sain pour la démocratie de faire tomber (ou au moins de reculer) des murs !

21/12/2014

En Coeur d'Hérault, l'avenir des déchetteries fait débat.

C'est en marge du Conseil communautaire du Clermontais, mercredi 17 décembre, que des habitants de Cabrières sont venus manifester au Centre aquatique de Clermont l'Hérault pour que la déchetterie située sur leur commune ne ferme pas. Et le Maire de Cabrières, Jacques Guelton, a pris la parole à l'issue du Conseil communautaire pour dire sa totale désaprobation sur cette fermeture, mais aussi sur la façon dont elle est mise en oeuvre.

Mais si le Président de la Communauté de communes est resté très discret sur sa responsabilité de vice-président du Syndicat Centre Hérault (SCH), Jean-Claude Lacroix se faisant même l'ambassadeur des habitants de Cabrières pour demander un compromis au Président Michel Saintpierre (cf. article de Midi Libre), j'ai pour ma part mis sur la table les paramètres de cette équation.

Le Coeur d'Hérault disposait jusqu'à l'été 2014 de 15 déchetteries. Celle de St-André de Sangonis a été fermée fin juillet, puis celle de St-Jean-de-la-Blaquière à fin novembre. Avec la fermeture de la déchetterie de Cabrières au 31 décembre 2014, le Coeur d'Hérault ne compterait alors plus que 12 déchetteries. Mais pourquoi ces fermertures ?

L'ADEME est l'un des principaux partenaires du SCH, partenaire technique et financier, et l'un des critères retenu par l'ADEME est qu'une déchetterie doit normalement desservir un bassin de 15.000 habitants. Avec ses 75.000 habitants, le Coeur d'Hérault devrait donc normalement n'avoir que 5 déchetteries. Et comme nous sommes sur un territoire rural avec une faible densité de population, ce nombre peut alors être augmenté, mais quand même pas jusqu'à 15.

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Un autre élément important, c'est que les déchetteries consomment la moitié du budget de fonctionnement du SCH (avec 35 agents affectés), et que les mises aux normes qui s'imposent (après Gignac et Le Pouget) auront des conséquences financières colossales en investissement. Or, l'augmentation de la Taxe Générale sur les Activités Polluantes (TGAP) qui s'appliquera en 2015 va déjà coûter près de 200.000 € de plus en fonctionnement. Et comme les trois Communautés de communes qui participent au budget du Syndicat refusent d'augmenter leur participation dans les années à venir, parce qu'elles sont elles-mêmes soumises à de fortes contraintes budgétaires, le SCH n'a donc pas d'autre solution que de réduire la voilure ...

Il est donc raisonnable d'évaluer le service rendu aux usagers et d'étudier comment le maintenir à coût constant. Il faut d'abord constater que la fréquentation d'une déchetterie est pour la très grande majorité des habitants du Coeur d'Hérault un déplacement exceptionnel ; on ne va pas à la déchetterie tous les jours, ni même une fois par semaine comme on fait le plein d'essence ou les courses. Car dans la pratique ordinnaire d'élimination des déchets par les ménages, c'est d'abord la collecte des bacs gris et des bacs verts qui rythme la semaine, et puis il y a les colonnes de tri sélectif pour jeter le papier, le verre et les emballages.

On va à la déchetterie pour jeter de vieux équipements usagers, pour jeter des déchets verts après avoir fait le jardin ou encore pour jeter des gravats quand on refait chez soi une pièce ou une allée. Et prendre 10 minutes en voiture pour aller à la déchetterie est le temps que le SCH propose à ses usagers. L'objectif du SCH est donc d'optimiser la répartition des déchetteries sur le territoire, de les mettre aux normes de sécurité, d'offrir des horaires d'ouverture adaptées aux usages et de rendre un service qui diffère totalement de ce qu'il est depuis dix ans.

Mais cette optimisation des services de collecte en déchetterie doit se faire en concertation avec les populations ; si parfois l'urgence le justifie, il faut éviter que des décisions comme la fermeture d'une déchetterie s'exécute ainsi de but en blanc. Le cas se présentera par exemple pour les déchetteries de Paulhan et d'Aspiran ; deux déchetteries distantes de 6 km seulement !

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Fermer l'une de ces deux déchetteries semble une évidence. Pour les usagers qui viennent de loin, par exemple de la rive gauche de l'Hérault, aller à Paulhan ou à Aspiran ne constitue pas un effort très conséquent. Par contre, pour les habitants de Paulhan et d'Aspiran, le maintien ou la fermeture aura un impact significatif. Prenons le cas où ce serait la déchetterie d'Aspiran qui ferme (euh, la déchetterie seulement, pas le reste du site), alors tout le trafic quotidien qui va aujourd'hui à Aspiran irait à Paulhan dans une déchetterie réhabilitée (ce sont 4000 tonnes qui ont été déposées à Aspiran en 2013 contre 510 à Paulhan). Mais aller à la déchetterie de Paulhan nécessite de traverser le village, de passer devant l'école et d'emprunter un chemin étroit le long du stade, il y a donc des nuisances à évaluer et des aménagements de voierie communale à prévoir.

J'estime que dans de tels cas, il faut clairement informer les populations, il faut les convier à des réunions pour évoquer ensemble les options et les adaptations possibles, et c'est sur la base de tels débats participatifs que les élus peuvent ensuite prendre leurs décisions. Et c'est la voie qui est retenue par le Syndicat Centre Hérault qui, lors de son Conseil syndical du 29 juillet 2014, a jeté les bases de son Projet de territoire, c'est une méthodologie qui permettra de formaliser la réflexion sur le projet "Déchets du territoire à l'horizon 2025-2030".

Voilà les éléments que le premier vice-président du Syndicat Centre Hérault aurait pu esquisser la semaine dernière devant les habitants de Cabrières et devant toute l'assemblée communautaire, voilà le type de dialogue que l'on doit engager entre citoyens responsables, et c'est à partir de là que chacun peut appréhender l'intérêt général autrement qu'une contrainte ou qu'une injustice. Mais tant que les conseils communautaires ne seront pas élus au suffrage universel direct, nous resterons encore dans ces logiques clientélistes où des accords entre quelques édiles perpétuent les pouvoirs en place.

sch,syndicat centre hérault,déchetterie,coeur d'hérault,cabrières,aspiran,paulhanL'exécutif intercommunal de la CCC couvre dix délégations à la petite enfance, au développement économique, au développement culturel, à la centralité et au cadre de vie, à la gestion des ressources humaines, à la communication et à l'agenda 21, à la prospective territoriale, au développement touristique, au pôle aménagement et à la jeunesse.

08/12/2014

Pôle Métropolitain de Montpellier, une démarche associative (au début)

C'est devant une vingtaine d'élus du Clermontais que Philippe Saurel est venu présenter vendredi dernier son projet de Pôle Métropolitain (PM).

      

Après avoir informé les élus de la méthode et des étapes qui ont permis la création de la Métropole de Montpellier, de façon démocratique et après délibération des conseils municipaux des 31 communes de l'Agglomération, le Président de Montpellier Agglomération a expliqué son projet de Pôle Métropolitain.

Ses explications figurent déjà dans ma précédente note sur le sujet, mais Philippe Saurel a apporté des précisions intéressantes. Tout d'abord sur la forme, car ce Pôle Métropolitain pourrait [par la loi MAPAM] être un syndicat mixte réunissant tous les EPCI qui le souhaitent, avec une gouvernance minimale si nécessaire, mais avec au moins une existence formelle. Là, Philippe Saurel a indiqué que cela pourrait prendre la forme d'une simple association, voire même d'une association de fait, sans aucune administration et sans aucun budget, et avec une réunion semestrielle de la trentaine de présidents d'EPCI concernés. Le but de Philippe Saurel est de réunir une trentaine de présidents d'agglomérations, qui représentent chacun quelques dizaines de maires, afin d'agir de façon coordonnée dans l'intérêt de notre actuelle région. Car le Pôle Métropolitain de Philippe Saurel va d'Alès à Narbonne et de Millau au Vigan.

Cette forme d'association minimaliste évite les querelles de leadership et elle permet de fonctionner efficacement sans contrainte financière, mais elle délègue de facto toutes les questions d'intendance à Montpellier. Quel numéro de téléphone pour le Pôle Métropolitain ? Celui de Philippe Saurel. En fait, le Président de l'Agglomération de Montpellier est le fondateur et l'ambassadeur du Pôle Métropolitain pour l'extérieur, et son animateur en interne. Tiens, ça me fait penser au roi Arthur, aux croisades, aux chevaliers de la table ronde, à la quête du Graal, etc.

Mais revenons à la rencontre. Nous avons été deux élus, avec Bernard Fabreguette (de Clermont l'Hérault), à évoquer le rôle clé que joue aujourd'hui le Pays Cœur d'Hérault pour les trois intercommunalités du Lodévois-Larzac, du Clermontais et de la Vallée de l'Hérault, et nous souhaitions que ce soit le Pays qui fasse le lien avec le Pôle Métropolitain. Mais Philippe Saurel a rejeté cette place du Pays que nous voulions réaffirmer, car pour lui le Pays ne devrait pas exister ; ou en tous cas, il ne devrait pas être cet interlocuteur que nous souhaitions. Le Pays ne lève pas l'impôt et ses membres ne sont pas élus par les citoyens, c'est donc une structure intercommunale de circonstance, mais en aucun cas un interlocuteur politique.

Les trois intercommunalités du Cœur d'Hérault devraient donc continuer de coopérer au sein du Pays, structure que la loi MAPAM permet de transformer en Pôle d’Équilibre Territorial et Rural (PETR) pour contrebalancer en zone rurale le poids des métropoles ; et ce PETR du Coeur d'Hérault pourrait se réunir tous les six mois autour de Philippe Saurel pour s'entendre sur des orientations régionales de premier ordre. Car l'union des élus que sous-tend le projet de Philippe Saurel est justifiée, surtout dans la fusion avec Midi-Pyrénées où il faudra souvent faire preuve de solidarité régionale. En tout cas pour la partie orientale du Languedoc. J'ai ainsi évoqué en réunion le risque de voir partir vers Toulouse les directions régionales des services déconcentrés de l’État (DREAL, DRAC, DRAAF, DIRECCTE, DRFIP, ARS, Rectorat, ...), éloignant ainsi un peu plus les centre de décision de nos communes, et voilà bien un exemple de combat qui ne peut se mener qu'en union. Mais il en est de même pour la ligne à grande vitesse, pour les subventions européennes, etc.

En conclusion, la démarche de Philippe Saurel est naturelle du point de vue d'un Président de Métropole, et donc depuis une aire urbaine qui rayonne sur toute notre actuelle région, mais les territoires ruraux requièrent d'autres modes de gouvernance pour d'autres dynamiques territoriales. Et là, c'est bien la future région qui, avec son schéma régional d'aménagement durable du territoire (SRADT), assurera le développement équilibré et coordonné des espaces urbains et des espaces ruraux.

Et pour le Cœur d'Hérault, il est urgent de transformer le Pays en PETR, de la même façon que Philippe Saurel propulse son PM ; la première réunion des Présidents d'agglomération du Pôle Métropolitain devrait se tenir au printemps 2015.