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25/01/2013

Police, justice, éducation, ... L'Etat transfère doucement aux collectivités locales.

Un débat avait lieu cette semaine au Sénat à propos des polices municipales, et le Ministre de l'Intérieur y a fait une intervention déterminée. Mais Manuel Valls a asséné un discours qui inscrit les policiers municipaux dans le dispositif opérationnel de son Ministère et de ses services territoriaux. Aux côtés des policiers et des gendarmes, les policiers municipaux sont appelés par exemple à lutter contre les trafics de drogue ..

Or, les policiers municipaux sont des fonctionnaires territoriaux placés sous l'autorité du Maire et leurs missions se limitent à faire respecter les arrêtés du Maire dans le cadre de son pouvoir de police. Mais rien n'oblige un Maire à recruter des policiers municipaux ! Le policier municipal n'est ni un enquêteur ni un chasseur de délinquants, et il a même le devoir de transmettre à la police nationale ou à la gendarmerie toute information qu'il recueillerait sur un délit ou un crime. Par sa présence dans les rues de la commune, devant les écoles ou sur les marchés, le policier municipal assure le bon ordre. Il peut aussi verbaliser les infractions au code de la route commis sur le territoire de la commune ainsi que tous les actes d'incivilités comme les atteintes à la salubrité. Le policier municipal a aussi pour tâche de s'assurer que les arrêtés du Maire ou de ses adjoints sont respectés ; cela vaut en matière d'urbanisme, d'occupation de la voirie, de rassemblement ou de manifestation sur un lieu public, d'horaires d'ouverture des débits de boisson, etc.

Dans une commune rurale comme Paulhan, ces missions étaient auparavant assurées par la gendarmerie. Mais les gendarmes se font de plus en plus rares et leurs missions se recentrent sur les crimes et délits.

Or, la sécurité publique est une compétence régalienne de l'Etat, elle doit être assurée de la même façon sur l'ensemble du territoire national. En la déléguant à des fonctionnaires municipaux, on prend le risque que la sécurité publique ne soit plus assurée de la même manière d'une ville à l'autre. Certaines communes riches pourront se doter d'une police municipale avec des moyens adaptés, les plus petites ou les plus pauvres en seront dépourvues.

Mais les missions de la police nationale et de la gendarmerie sont financées par l'impôt, nos parlementaires ayant la responsabilité d'en vérifier le bon usage. Les polices municipales sont financées par les communes, sur leurs recettes de fonctionnement (fiscalité locale et dotations de l'Etat). Et si ce transfert de compétence "en douceur" ne s'accompagne pas d'un financement de l'Etat, alors les communes vont devoir augmenter les impôts locaux :=(

La sécurité publique n'est pas un cas isolé. L'actualité se porte par exemple sur l'école où les communes sont de plus en plus sollicités. C'était déjà le cas pour le service minimum d'accueil dont sont chargées les communes lors des grèves dans les écoles élémentaires et primaires. Ce sera bientôt le cas pour les activités péri-scolaires avec le passage au rythme de 4,5 jours par semaines.

La justice est encore un autre exemple. Un rapport parlementaire publié cette semaine sur la surpopulation carcérale propose que les collectivités locales soient invitées à développer les peines de travail d'intérêt général (TIG). Mais quand une personne condamnée à un travail d'intérêt général réalise sa peine au sein d'un service municipal, ce sont les agents de la commune qui assurent son encadrement et sa formation.

Le mot qui revient systématiquement quand les communes sont ainsi associées aux missions de l'Etat, c'est "proximité". Trop facile ... Petit à petit, l'Etat réduit le périmètre de ses missions, essentiellement pour des raisons budgétaires, mais les missions des communes et les moyens qui en dépendent ne font jamais l'objet de débats de fond. Il y a la question financière, mais il y a aussi le contrôle qu'exercent les citoyens sur leurs représentants. Comment contrôler l'efficacité du système éducatif ou de la police si les responsabilités sont distribuées de façon aussi obscure ? Il s'agit pourtant d'un droit constitutionnel !

19/01/2013

Au Sahel, il faut combattre ... l'injustice !

L'une des régions les plus pauvres du monde dispose de ressources naturelles très convoitées : pétrole, gaz, or, phosphates, diamants, cuivre, fer, charbon, nickel, zinc, bauxite, uranium, plutonium, manganèse, cobalt, argent, chrome, étain, sels minéraux, bois précieux, etc. Je parle ici du Sahel, cette longue bande qui sépare le Maghreb et l'Afrique sub-saharienne, et qui traverse le Sénagal, la Mauritanie, l'Algérie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Nigéria, le Tchad, le Soudan et le Cap-Vert.

Le journal Le Monde consacre une infographie du Sahel qui donne toutes les clés pour mieux comprendre les enjeux humains, historiques et économiques de cette région qui fait aujourd'hui notre actualité (cf. vidéo).

C'est essentiellement la question des Touaregs qui est sous-jacente au conflit actuel au Mali. Voilà un peuple dont la zone de peuplement se situe au nord du Mali et du Niger, ainsi qu'au sud de l'Algérie et de la Lybie ; elle se situe en plein centre du Sahel dans une zone historiquement traversée de couloirs d'échanges commerciaux. Mais aux commerces du sel, d'épices, d'étoffes et de nourritures, ce carrefour commercial voit désormais s'échanger des armes, de la drogue et d'autres produits de contrebande. On parle de zones de non-droit pour évoquer ces zones sahéliennes de la même façon que l'on pointe du doigt les quartiers de nos banlieues où les trafics de drogues sont les seuls ressorts économiques.

Azawad_Sahel.JPG

Dans cette zone, la France a des accords de coopération militaire avec la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad, elle dispose de bases militaires à Abidjan et à N'Djamena, mais elle s'appuie aussi sur Aréva pour exploiter les mines d'uranium d'Arlit (Niger) pour approvisionner les centrales nucléaires de l'hexagone. La France coloniale a occupé ces territoires toute la première moitié du 20ème siècle, et son implication militaire au Mali depuis quelques jours rappelle cette période ...

10% de la population du Mali se trouve au nord, dans cet espace que les Touaregs du MNLA ont appelé l'Azawad. Mais c'est toute l'Afrique qui est ainsi découpée par des frontières héritées des guerres tribales et des conquêtes coloniales du 19ème siècle.

Alors faut-il laisser les groupes islamistes croître sur un terrain qui leur est si propice ? Des occidentaux diabolisés parce qu'ils exploitent indûment les ressources de pays pauvres et des États corrompus ne laissent pas d'autre choix aux populations démunies que de rallier la loi islamique et ses leaders. Cela fait des décenies que les États exploiteurs laissent la situation se pourrir, et ils interviennent ici comme une brigade de CRS intervient dans un quartier de banlieue après quelques violences. Mais sans jamais essayer de résoudre les problèmes en amont, en s'attaquant aux causes et non aux conséquences.

Pour l'Afrique, il faut que les Nations-Unies lancent une concertation avec les pays concernés pour rendre aux peuples leur identité et leurs biens. Il n'est plus supportable que cette colonisation économique de quelques grands groupes industriels internationaux génère autant de souffrances. Ce n'est pas le terrorisme qu'il faut combattre, c'est l'injustice !

13/01/2013

Intervenir militairement pour lutter contre un islamisme radical ? Ou juste pour maintenir le Monde dans l'état où il est ?

L'intervention française au Mali est saluée par tous les partis politiques ainsi que par de nombreux États occidentaux, la sanctuarisation d'un islamisme radical au Mali étant jugée inacceptable pour la stabilité du Sahel. Comme Charles Martel à Poitiers, l'opération militaire française a stoppé la progression des groupes islamistes qui se dirigeaient vers Bamako ; et comme au VIIIème siècle en France, la reconquête de la totalité du territoire national Malien est l'objectif que soutient le Président F. Hollande.

Mais les occidentaux tenaient un même discours pour l'Irak, pour l'Afghanistan et pour la Lybie. Et à chaque fois les interventions militaires des occidentaux se sont enlisées dans des pays où l'islam est la religion d'Etat. L'occupation par les forces militaires occidentales de ces pays musulmans auraient pu donner l'occasion aux populations de se libérer de la pression religieuse, de refuser que la peine de mort punisse encore certaines violations de la loi islamique, comme l'adultère. Or, l'islam est resté un rempart populaire contre un dogme prosélythe de la "démocratie occidentale" !

Même scénario dans les pays du Maghreb suite aux révolutions du printemps 2011. Même crainte en Syrie où l'après-Assad pourrait être pire que la situation actuelle (avec des impacts au Liban et dans le reste du Moyen-orient).

Le Mali est l'un des pays les plus pauvres du monde, comme ses voisins du Sahel, mais ce sont les grandes entreprises occidentales (Europe, Amérique du Nord) et orientales (Chine) qui s'enrichissent en exportant de l'or, du coton, du fer, du bétail, etc. Les populations pauvres du Mali n'ont de la mondialisation que des images inaccessibles, et la religion est leur ultime recours ; surtout quand les groupes islamistes apportent des réponses sociales (nourriture, soins, ...).

La reconquête de l'intégrité du territoire malien par les forces militaires de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), assistées par les militaires français, ne résoudra donc pas la situation du Mali. Les coups d'État et les révoltes tribales ne cesseront pas dans un État Malien aux frontières rétablies, le mal est plus profond.

Pays_Islam.JPG

De la Mauritanie à l'ouest jusqu'àux Philippines à l'est, juste-au dessus de la ligne de l'équateur, des États pauvres, aux pouvoirs corrompus et à la démocratie chaotique ont trouvé dans l'islam un exutoire à la crise internationale ; les populations de ces États ne fondent aucun espoir dans le modèle économique dominant dont elles resteront toujours les exclues.

Mais ce que l'islamisme illustre dans ces pays musulmans, on le retrouve en Amérique du Sud où se situent les États les plus violents du Monde, on le trouve aussi en Chine et en Inde où une classe aisée affiche sa réussite de façon ostentatoire devant deux milliards de très très pauvres. La violence, qu'elle soit individuelle ou organisée, est le contre-modèle qui est appelé à se développer dans le Monde entier.

Le milliard d'occidentaux (Amérique du Nord, Europe, Japon, Océanie, ...) qui souhaiterait ne rien changer à son mode de vie a deux solutions : soit laisser le reste du Monde devenir un champ de ruines (et en envoyant des forces militaires ou de l'aide humanitaire au cas par cas pour dire de ne pas faire l'autruche), soit prendre l'initiative d'un changement de modèle mondial. Neuf milliards d'humains pourraient vivre sur Terre, de façon pacifiée et viable d'ici la fin du siècle si nous cessions de subir la dictature de quelques grandes banques et de leurs actionnaires richissimes. C'est entre autres ce que promeut l'écologie politique.

Ne soyons pas dûpes quand le chef de l'Etat rend les hommages de la Nation aux soldats morts sur ces terrains extérieurs, ils n'ont pas sacrifié leur vie pour la liberté ou pour des valeurs universelles, ils ont été tués pour maintenir le Monde dans l'état où il est, avec juste ce qu'il faut pour ne pas passer pour des profiteurs égoïstes. Des poêtes et des philosophes ont maintes fois décrits cette hypocrisie, et je pense par exemple à la chanson de Pierre Perret "La petite Kurde".

Les chaînes d'infos en continu vont nous passer les opérations militaires au Mali en boucle, les téléspectateurs français auront le sentiment que nos soldats font oeuvre utile dans cette ancienne colonie où résident de nombreux français, mais échapperons-nous au final à un Sahélistan ?