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28/09/2013

Marion Fesneau-Castaing, française avant d'être diplomate !

Marion Fesneau-Castaing est une diplomate française en poste au Consulat général de France à Jérusalem. Le 20 septembre dernier, alors qu'elle accompagnait en Cisjordanie un convoi humanitaire avec d'autres diplomates européens et des ONG comme le Comité International de la Croix-Rouge (CICR), elle a été extirpée de son véhicule par des soldats israéliens, couchée au sol sous la menace de leurs armes. Son titre, son statut et sa mission humanitaire ont laissé de marbre les autorités locales.

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En Cisjordanie et à Jérusalem-Est, Israël continue d'expulser les populations palestiniennes pourtant installées là depuis toujours, et poursuit tranquillement son œuvre de colonisation. Expulsés de chez eux, les Palestiniens n'ont que deux choix possibles : partir malgré les humiliations ou rester sur place dans des campements de fortune. Et c'est pour les aider dans leur affirmation de droits inaliénables que ces diplomates et humanitaires étaient venus leur apporter des tentes et du matériel.

Or, notre diplomate n'a pas supporté ce traitement manu militari et elle a porté un coup au visage d'un militaire israélien ...

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Ce geste l'a fait passer du statut d'outragée à celui d'auteur de violences volontaires envers les forces de l'ordre, et cela aurait pu lui valoir une mise en détention immédiate. Finalement, le gouvernement israélien a déposé plainte contre la France et la diplomate de 46 ans, attachée de coopération humanitaire et sociale à Jérusalem, va être expulsée d'Israël. Il s'agit-là d'un accord discret qui vise à mettre fin, diplomatiquement, à un incident où les valeurs humanitaires si chères au pays de Voltaire, de Rousseau et d'Hugo sont occultées au profit d'intérêts géostratégiques inavouables ...

 

Avec les Roms, l'Europe affiche sa vacuité en matière sociale ... et la France son nombrilisme hexagonal

De dossier en dossier, l'actualité européenne semble irrémédiablement se résumer à des questions d'argent. Et dans le cas des Roms, ce sont 17,5 milliards d'euros qui ont été affectés aux différents Etats membres pour aider ceux que l'on nomme pudiquement les "groupes vulnérables". Mais la Bulgarie comme la Roumanie, les deux pays d'Europe où vivent la plus grande majorité des Roms, n'utilisent pas ces budgets dégagés par Bruxelles, voire ils les utilisent très mal.

Selon la définition du Conseil de l'Europe et de l'Union européenne, le terme "Rom" désigne l'ensemble des populations immigrées de Nord-Ouest de l'Inde au premier millénaire. Il regroupe donc les Roms, les Sintés, les Kalés et les groupes de populations apparentés en Europe. En France, le terme "Rom" désigne uniquement les Tziganes originaires des pays d'Europe de l'Est, Roumanie et Bulgarie principalement. Si on s'en tient à cette définition, alors les Roms seraient quelque 15.000 en France (contre 400.000 selon les chiffres officiels de Bruxelles).

Le territoire de l'Europe s'est étalé vers l'est au fil des décennies, avec de nouveaux membres qui étaient très loin d'avoir le même niveau de vie, le même tissu industriel et les mêmes droits sociaux qu'en Europe occidentale. Mais l'Europe est avant tout un marché économique, et chaque nouvel Etat membre constitue surtout un potentiel de consommation, voire de production à bas coût.

L'intégration de nouveaux Etats membres s'est toujours accompagné d'aides financières, et les populations concernées ont pu voir de réels progrès économiques et sociaux ; l'Espagne, le Portugal, Chypre ou encore la Grèce en témoignent. Mais cet apport d'argent dans des nations encore très rurales ne s'est jamais accompagné de changements structurels ; et tous les européens ont jugé les Grecs comme des profiteurs sans trop se remettre en cause ...

Mais quand j'avance que les Roms révèlent l'inaptitude de l'Europe à générer autant de progrès sociaux (au plus grand nombre) qu'elle génère de profits financiers (à quelques-uns), ça ne résout pas le problème en France. Les trois principaux leviers dont dispose la France pour utiliser les fonds européens sont le Fonds social européen (FSE), le Fonds européen de développement régional (Feder) ou encore le Fonds européens agricole pour le développement rural (FEADER) ; mais cela nécessite de présenter des projets structurants ! Or, un projet comme le village d'insertion à Lille reste une exception ...

Pourtant, et le Premier ministre l'a rappelé cette semaine en marge des journées parlementaires d'EELV, une circulaire interministérielle a été signée en août 2012 par sept ministres  : Vincent Peillon pour l'Education Nationale, Manuel Valls pour l'Intérieur, Marisol Touraine pour les Affaires Sociales et la Santé, Cécile Duflot pour le Logement, Michel Sapin pour l'emploi et la formation professionnelle, Georges Pau-Langevin pour la Réussite éducative et Marie-Arlette Carlotti pour la lutte contre l'exclusion. Cette circulaire porte sur l'anticipation et sur l'accompagnement des opérations d'évacuation des campements illicites.

Sur le papier, et avec les fonds affectés par Bruxelles, cette circulaire pouvait illustrer un véritable engagement de l'Etat français pour l'intégration des populations de Roms. Et un gouvernement "dit de gauche" pouvait augurer un véritable changement d'attitude par rapport à l'époque Sarkozy. Mais douze mois plus tard, chacun tire la couverture à soi : Valls joue sa partition avec efficacité, Duflot utilise habilement le sujet pour détourner l'attention des médias sur les rebellions au sein de son parti, et les cinq autres sont totalement inaudibles.

Les femmes et les hommes politiques français nous offrent-là un bien triste spectacle, pataugeant dans le marigot national de leurs petites ambitions politiciennes, quand d'autres Etats européens font preuve d'un réel sens des responsabilités. C'est aussi l'aveu d'un désintérêt de notre classe politique pour l'échelon européen, le coq gaulois ne limitant son champ d'action qu'à sa basse-cour ...

01/09/2013

Lybie, Mali, Syrie, ... quelle est la place de la France ?

Je suis assez fondamentalement hostile aux expéditions militaires, car derrière de louables desseins il y a toujours des intérêts particuliers, qu'ils soient géostratégiques, industriels, commerciaux ou financiers. Les coalitions occidentales qui sont allé en Irak et en Afghanistan cachaient bien mal les enjeux pétroliers, sous couvert d'aller y implanter la démocratie.

Historiquement, les nations limitaient leurs interventions extérieures aux pays avec qui elles ont des accords de coopération ou d'assistance. C'est ainsi que ni la France ni la Grande-Bretagne n'ont réagi à l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne nazie en 1938, mais les accords avec la Pologne les feront entrer en guerre après l'invasion de la Pologne le 1er septembre 1939.

Or, les nations occidentales multiplient désormais leurs interventions dans des conflits internes, au prétexte de la violation des droits de l'homme. Mais je l'ai déjà expliqué lors de l'opération française au Mali, ces mêmes nations occidentales sont largement responsables des situations dramatiques qui déclenchent leurs interventions armées. Au Mali, et en Afrique Sahélienne en général, les Touaregs sont instrumentalisés de tous côtés en même temps que les populations sont spoliées des richesses de leur sous-sol. Il n'est pas étonnant dans ce contexte que le salafisme y trouve un terrain favorable pour son développement.

Aujourd'hui, tous les médias sont braqués sur la Syrie. Et les images de civils décimés par des gaz toxiques produisent le même élan compassionnel que les images de Bengazi en 2011, pilonnée par les chars de Kadhafi, que les habitants de Tombouctou sous le joug de groupes islamistes ou encore que le massacre de Srebrenica en juillet 1995, sous les yeux de 400 casques bleus Néerlandais totalement impuissants.

Mais pourquoi la France s'implique-t-elle autant sur ces terrains extérieurs ? Une seule raison le justifie, la France est l'un des quinze membres du Conseil de sécurité de l'ONU, et elle en est l'un des cinq membres permanents avec la Chine, la Russie, les USA et le Royaume-Uni. Le discours de François Hollande devant les Nations unies le 25 septembre 2012 est éloquent : "Siéger au Conseil de sécurité, ce n’est pas jouir d’un privilège au nom de l’histoire. Pas davantage satisfaire une ambition liée à la puissance économique. Siéger au Conseil de sécurité, c’est prendre l’engagement d’agir pour la paix dans le monde."

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C'est donc comme "gendarme du monde" que la France se positionne dans tous ces conflits, et ses prises de position lui assurent son rang. Et donc finalement, la question n'est pas d'être d'accord ou non avec une intervention militaire en Syrie, mais plus généralement sur le rôle que joue la France sur la scène internationale.

Au sein du Conseil de sécurité, la France ajoute sa voix et ses armées au maintien de l'équilibre du monde, ce que le Président de la République nomme "la paix dans le monde". Cette paix consiste surtout à laisser le modèle économique dominant, mondialisé et mortifère, se développer sans contrainte. Et ce que je contexte personnellement ici, c'est que la France, celle des Lumières et de la charte des droits de l'homme et du citoyen de 1789, ne porte pas une autre ambition pour le monde. Dans ce dossier syrien, nous sommes là, lamentablement dépendants des décisions des américains et des britanniques, illustrant plus encore ce jeu du "je te tiens par la barbichette ..." où nous ne sommes que des pions entre les mains de financiers internationaux. Déjà en 1991, l'opération "Tempête du désert" conduite par une coalition internationale, dont la France, pour libérer le Koweit de l'armée irakienne avait été financée par les pays du Golf. Et en Syrie aujourd'hui, ce sont le Qatar et l'Arabie Saoudite qui financent l'Armée Syrienne Libre (ASL) et qui militent donc pour une intervention occidentale. Les bourses mondiales n'étaient-elles pas dans le rouge en début de semaine, au moment où Paris, Londres et Washington annonçaient des frappes punitives, les investisseurs se réfugiant sur l'or et le pétrole ? Les images des civils gazés à Damas se superposent à des cours de bourse, mais comme dans toutes les guerres ...