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05/03/2014

Le diner du CRIF et le caractère laïque de la République ...

Déjà fin 2013, François Hollande avait médiatisé son passage au diner annuel du CRIF et évoquant la présence "saine et sauve" de son ministre de l'intérieur revenu récemment d'Algérie. Et ce mardi soir, François Hollande s'exprime sur la situation en Ukraine depuis le 29ème diner du CRIF qui commémore cette année 70 ans d'actions depuis sa création en 1944.

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Mais que fait donc un Président d'une République dont le caractère laïque est l'une des valeurs fondamentales à ces diners du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France qui captivent toute la classe politique française depuis 1985 ? C'est Nicolas Sartkozy qui a le premier systématisé la présence du Président de la République au diner annuel du CRIF ; c'était en 2008.

Certains y verront une expression oecuménique moderne, une façon de gommer les tentations communautaristes, mais les discours présidentiels sont souvent l'occasion de rappeler les liens entre la France et Israël, de lutter contre l'antisémitisme ou contre Dieudonné, mais pas vraiment de jeter des passerelles entre toutes les religions pratiquées en France. Et le Président de la République assiste-t-il à autant de manifestations médiatiques auprès des communautés catholiques, protestantes, musulmanes et ... athées ?

Mais François n'était pas seul ce mardi soir au Pavillon d'Armenonville : Christiane Taubira, NKM, François Fillon, Charles Beigbeder, Michèle Alliot-Marie, Bertrand Delanoe, Anne Hidalgo, Jean-Pierre Bel, Harlem Désir, Vincent Peillon, ... faisaient partie de ce gotha mondain.

Or, n'y a-t-il pas en France d'autres lieux et d'autres causes où tous ces politiques seraient bien plus utiles ? Ne peuvent-ils donc pas sortir de leur bulle quelques fois pour aborder plus modestement le mandat que le peuple leur a confié ? La pauvreté touche de plus en plus de nos concitoyens ; 8,7 millions de français vivaient sous le seuil de pauvreté en 2011, et cette pauvreté augmente de façon préoccupante. Le nombre d'allocataires du RSA a augmenté très fortement depuis deux ans et les Restos du Coeur ont franchi le million de bénéficiaires en 2013.

Les jeunes et les chômeurs sont en première ligneA ces tables-là, l'aristocratie politique est plus discrète ...

21/01/2014

Et qu'y a-t-il derrière toute cette agitation ?

Je ne sais pas pour vous, mais moi je trouve que ce début d'année 2014 ne nous laisse pas un moment de répit ... enfin, je veux dire que le plan médiatique. Les soldats français de l'opération Sangaris occupaient Bangui et les grands axes de Centrafrique que les médias du monde entier se braquaient sur le CHU de Grenoble où Michael Schumacher est dans le coma depuis son accident de ski fin décembre à Méribel. Dieudonné et Manuel Valls se sont livrés à un bras de fer hyper médiatique quand le Président de la République a occupé les unes de toute la presse internationale pour ses escapades en scooter le soir dans Paris. J'en oublie certainement, mais la classe politique peut gouverner ou s'opposer tranquillement, les français ne savent plus où donner de la tête ! Même le changement des taux de TVA au 1er janvier a très peu mobilisé ... Et Serge Dassault n'a pas d'inquiétude à avoir, ses collègues sénateurs le soutiennent :=(

Néanmoins, c'est l'épisode Dieudonné qui me paraît être le plus caractéristique du climat social actuel. Ses spectacles réunissent des militants d'extrême-gauche comme d'extrême droite, des blacks, des beurs, des anars et au final une mouvance qui rejette le système dominant. Oui, Dieudonné fait son business sur un discours qui est passé de l'antisionisme à l'antisémitisme, mais c'est exactement comme pour le Front National où un terreau vivrier alimente une fronde populaire qui n'a plus d'autre exutoire.

Les commentateurs font souvent le rapprochement entre la période actuelle et celle des années 30, la crise économique et un antisémitisme croissant ayant conduit au cauchemar du nazisme. Pour moi, la situation de la France de ce début de 21ème siècle est plutôt pré-révolutionnaire. Et sans vouloir agiter le spectre de la terreur pour sauver la patrie et la République, personne ne peut plus concevoir que le modèle actuel puisse encore assurer notre développement social, économique et environnemental. Nous sommes au bout d'une période de croissance sans borne, et la solidarité va devenir une valeur salutaire.

Le sommet de Davos se tiendra prochainement, du 22 au 25 janvier, réunissant tous les décideurs financiers de la planète, l'oligarchie. Mais ce sommet va démarrer ses travaux sur la base d'un rapport produit par plusieurs centaines d'experts et de dirigeants mondiaux, rapport qui aborde les risques globaux que vont devoir affronter 7 milliards d'humains en situation d'échec collectif (cf. Rapport du forum économique mondial).

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Ne portons donc plus trop d'importance à ces actualités tout aussi tonitruantes que superficielles, et intéressons-nous plutôt à toutes les initiatives locales qui, agrégées, feront une vraie révolution.

01/12/2013

Congrès fédéral d'EELV à Caen, le parti de l'écologie politique reste dans la coulisse du système

C'est peut-être le destin de tous les partis dont les cadres sont au gouvernement, c'est à dire de rester en coulisse, ne pas porter trop haut des contestations légitimes et penser l'avenir avec la grille de lecture du Président de la République. Le Parti Socialiste d'Harlem Désir joue très bien cette partition, mais c'est assez naturel puisque tous ses cadres sont au gouvernement, et avec eux la pluralité des courants du PS. Mais pour Europe Ecologie Les Verts, il n'en va pas de même.

Un exemple, le Parti Socialiste et le Président de la République espèrent plus que tout le retour de la croissance, c'est à dire un PIB qui croît de quelques points par an, alors qu'en même temps les écologistes veulent inverser la tendance au réchauffement climatique de la planète. Or, on sait que la croissance du PIB est fortement couplée avec l'augmentation des dépenses énergétiques, et donc celle des gaz à effet de serre. Ces deux aspirations de long terme sont totalement antinomiques, mais il se trouve des écologistes pour partager avec les socialistes une vision politique de très court terme.

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Alors que dit le Congrès fédéral d'EELV à Caen ? La motion majoritaire qui compte parmi ses signataires les deux ministres et la presque totalité des parlementaires EELV fait 51,1%. Une autre motion qui aspire à une réelle autonomie du parti vis à vis de ses élus réalise 33,73% des suffrages des 600 délégués. Enfin, la motion portée par Eva Joly et qui porte un message plus radicalisé à gauche fait 7,5%. Et c'est important de le noter parce que les votes blancs constituent des votes exprimés à EELV, 7,66% des délégués ont voté blanc. Le parti EELV sort de ce week-end scindé en deux ; ceux qui soutiennent les élus qui participent aux majorités de gauche pour faire avancer l'écologie dans les politiques publiques, et ceux qui veulent rompre avec le cap fixé par François Hollande et que le parti EELV a adopté.

L'écologie politique incarnée par EELV s'inscrit désormais dans le paysage des partis de gouvernement, ces partis qui s'accommodent du système pour alterner démocratiquement au pouvoir. Et si encore par le passé la gauche et la droite se caractérisaient par des projets très différents, plus social pour la gauche et plus économique pour la droite, les 18 premiers mois du quinquennat de François Hollande sèment le trouble .... Et dans cette confusion des genres où tous les pouvoirs politiques ne semblent plus agir que conformément aux directives des banques centrales, EELV rate l'occasion de faire entendre son projet si singulier.

Je répète de nouveau ces trois dogmes qui nous asphyxient : le productivisme, par lequel les ressources naturelles de la planète sont exploitées sans limite pour créer de l'activité économique, le matérialisme qui transforme nos cerveaux en récepteurs de publicités vantant l'esthétique de produits commerciaux (l'émotion se substitue à la fonction), et le consumérisme qui est la première addiction sur Terre. L'exemple des pays en voie de développement est remarquable, les nouvelles classes moyennes s'empressent de vivre comme dans les pays développés. Mais ce sont des centaines de millions de personnes qui vont consommer de plus en plus et donc nécessiter de produire de plus en plus ...

Tout le monde sait que ce modèle n'est plus viable et que les populations autour de la Terre devront lutter de plus en plus pour avoir de l'eau, pour se nourrir, pour se soigner, pour se déplacer sans risque, etc. Nous, occidentaux, regardons cet horizon funeste avec beaucoup de recul ; les bouleversements qui touchent les populations d'Afrique, d'Amérique du Sud, d'Asie ou de l'océan Indien ne sont encore que des nouvelles du journal télévisé, très loin de nos petits eldorados. Mais en France aussi le modèle atteint ses limites, avec un écart croissant entre les plus pauvres et les plus riches, avec un chômage de masse qui ne baissera jamais si nous conservons la même trajectoire socio-économique. Et ce n'est pas aujourd'hui de l'Europe que l'optimisme pourrait revenir !

Il n'y a que deux issues possibles face à la finitude de notre biosphère et à l'accroissement de la population mondiale : le chacun pour soi ou une répartition équitable. En gros, on continue dans le système actuel ou on change de système ; et cela peut se décider à l'échelle locale, nationale ou internationale. A côté de cet enjeu, les agitations actuelles de nos politiques sont dérisoires ; elles semblent être la respiration normale d'une démocratie moderne, mais elles sont plutôt une comédie pour nous divertir, pour nous écarter des débats fondamentaux.