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22/04/2018

CCC, le développement économique en question ... C'est quoi au juste la question ?

Ce mercredi 25 avril se tient une assemblée communautaire exceptionnelle sur le thème du développement économique, et cela au lendemain d’un refus officiel des services de l’État que s’installent à la Salamane des entreprises commerciales. C’est une nième illustration que nous avons mis tous nos œufs dans le même panier depuis bientôt 10 ans ; le panier de la Salamane. Or, le président Lacroix le disait à qui voulait l’entendre, et devant l'assemblée communautaire il y a 3 ans au début de son mandat : « avec la Salamane, nous sommes assis sur une mine d’or ». Le même crédo que son prédécesseur Alain Cazorla qui nous faisait déjà miroiter des lendemains fastes.

Mais le développement économique (je reviens à l'ordre du jour du Conseil communautaire) se mesure très mal aujourd’hui, ici et dans le reste du monde d'ailleurs. Il est en effet mesuré au nombre d’entreprises créées, aux chiffres d’affaire cumulés, aux investissements réalisés, aux exportations, etc. Ce sont là des critères macro-économiques de richesse qui sont surtout utilisés par ceux qui en ont ... de la richesse. Moi, je ne vois que deux critères pertinents de développement économique, et sans priorité entre les deux, c’est la création d’emplois et c’est l’augmentation des recettes publiques, des collectivités locales et de l’État. Plus d’emplois, c’est la possibilité pour plus de nos concitoyens de faire vivre leur famille, de donner à leurs enfants tous les moyens pour réussir, de s’acheter une alimentation de qualité, de se soigner, etc. Plus de recettes publiques, c’est la capacité pour les collectivités et pour les services de l’État de pourvoir des services publics de qualité pour tous. Et puis il faut aussi se conserver de la capacité de financement pour investir. Voilà trois indicateurs que nous devrions avoir gravés au-dessus de nos têtes de conseillers communautaires : ce sont les trois pieds qui donnent sa stabilité dans le temps à notre EPCI.

Que valent ces trois indicateurs sur le Clermontais ?
radar.jpg1. Pour la création d’emplois, c’est un indicateur que nous ne mesurons pas suffisamment localement ; mais nous savons, au travers des données de l'INSEE sur les bassins de vie du Clermontais et du Paulhanais, qu’il n’est pas bon. 2. La CCC a montré au travers des services qu’elle proposait aux publics qu'elle était attachée à ce côté redistributif ; certainement nos casquettes d’élus municipaux où les solidarités sont prépondérantes dans notre relations à nos administrés. 3. Sur l’investissement, je me contenterai de rappeler les propos de Christian Bilhac, en séance, effaré de l’écart entre la section de fonctionnement et la section d’investissement de notre budget communautaire.

Par contre, je ne voudrai pas que le développement économique ne soit perçu qu’au travers des zones d’activités de Clermont-l’Hérault. Je considère que le Clermontais dispose de quatre principaux axes de développement économique : le tourisme, l’agriculture, l'artisanat et le commerce.

Guingette_relais_Octon.jpgSur le tourisme, nous faisons semblant. Nous nous satisfaisons de doter les offices de tourisme et de mesurer leur fréquentation pour en faire un programme d’actions. Mais c’est quoi le tourisme sur le Clermontais ? Principalement le Salagou, des campings, des restaurants, des sites de loisir et d’activités de plein air, des sites patrimoniaux, des domaines viticoles et des paysages magnifiques ; que faisons-nous pour chacun d’eux ? Rien. Nous ne sommes en rien des partenaires dont les professions du tourisme ont besoin pour se développer, alors ils font sans la CCC et l’activité touristique évolue au grès des investissements privés. Que faisons-nous par exemple pour l’oenotourisme ? Pour les restaurants,pour les festivals, pour les campings, pour l’hôtellerie, … ?

Permaculture.jpgSur l’agriculture, alors là c’est incompréhensible. Et pourtant, avec autant d’agriculteurs dans nos conseils municipaux et au sein même du conseil communautaire, c’est insensé. Depuis 10 ans que je siège à la CCC, pas une seule délibération pour développer les activités agricoles. Au contraire, le projet de la Salamane a détruit 70 hectares de terres agricoles fertiles et irriguées. De jeunes agriculteurs, pour alerter sur le fait qu’ils étaient les grands oubliés de nos actions de développement économique, ont récoltés du blé l’été dernier à la Salamane, et ils avaient ensuite été invités à venir participer à une commission Agriculture … qui n’a jamais vu le jour. Quant au projet de « territoire en transition » porté par la commission Environnement, il demeure très virtuel …

Restauration_patrimoine.jpgL’artisanat est là encore un secteur délaissé. Je note que l’absence de Programme Local de l’Habitat, alors que nos voisins du Lodévois et du Gignacois en sont dotés, est une faute. Un PLH permet aux entrepreneurs d’avoir un horizon, tout comme le serait un engagement plus déterminé dans le programme d’intérêt général (PIG) du Département autour du logement.

Tanes_Basses.JPGAlors le commerce, et puisque c’est pour ça que nous serons réunis le 25 avril, il faut lire le Diagnostic Stratégique Territorial du SCoT Cœur d’Hérault : « La ville de Clermont-l’Hérault s’affirme comme la principale polarité commerciale du territoire. La moitié des surfaces commerciales de plus de 300m² du territoire y est implantée. L’offre en grands commerces alimentaires et non alimentaires y est la plus diversifiée du territoire. La commune concentre également la majorité des garages automobiles. Le centre-ville dispose d’une offre également importante en commerces de détail de moins de 300 m²».

Il serait donc ridicule de nous auto-flageller. Surtout que s’y ajoutent des associations de commerçants, d’artisans et d’entrepreneurs qui sont très dynamiques (i.e. beaucoup d’adhérents actifs), et qui sont demandeuses de concertations et de co-construction sur le développement économique. Sur le commerce, il y a par contre un gros travail à faire pour articuler le centre-ville des secteurs périphériques, et cela vaut pour Clermont-l'Hérault comme pour Paulhan.

Tanes_Basses_Entree_Sud.JPGReste la question des zones d'activités économiques. Mais quel est aujourd’hui le taux de remplissage des Tanes-Basses par exemple ? Comment la CCC peut-elle agir sur l’utilisation du foncier (nous savons que les loyers y sont prohibitifs) et sur une meilleure attractivité de cette zone ? Pour info, la CCC a clôturé le 28 mars 2012 le budget annexe de la ZAC des Tanes Hautes qui avait été ouvert le 28 mai 2008, à un moment où sous l'ère Cazorla il était plus prioritaire de remplir la Salamane.  Pourquoi ne pas retravailler sur ce secteur des Tanes Hautes qui est en pleine continuité entre les Tanes Basses et le carrefour de l’Europe ?

Je n’oublie pas, au passage, les zones d’activités sur Paulhan, où la CCC est totalement absente ce mandat-ci. La zone de La Barthe, clôturée budgétairement puis ré ouverte pour 4 hectares d’activités commerciales, et la zone de Vareilhes en sommeil profond depuis 2008.

Salamane.jpgQuant à la Salamane, combien de foncier est encore cessible après que les activités commerciales y soient désormais déclarées interdites ? Il faut y développer des filières économiques pourvoyeuses d'emplois Souvenons-nous qu’en 2009 Système U avait présenté son arrivée comme tête de file d’activités de la logistique, c’est-à-dire autour du transport longues distances. La promesse n'a pas été tenue, mais par exemple nous avons vendu des parcelles aux autocars Ginhoux ; peut-être y a-t-il toujours une filière à explorer autour de ces entreprises-là. Un (ou des) garages de réparation et d’entretien d’autocars et de camions ne pourrait-il pas s’y installer ? Avec , pour faire le lien avec l’emploi, des formations d’apprentis.

Alu.jpgAvec Chausson Matériaux, à qui la CCC vient aussi de vendre des lots pour s'installer à la Salamane, ce sont les métiers de la métallurgie qui sont ciblés ; une convention avec le CFA de Baillargues et le lycée du Cep d’Or permettant de former des apprentis est à l'étude. Et je n'oublie pas le Syndicat Centre Hérault avec qui des partenariats pourraient être conclus pour écouler les déchets métalliques (cf. économie circulaire).

La situation est donc très mitigée ; nous sommes défaillants pour le tourisme et pour l'agriculture, nous avons sur Clermont-l'Hérault une attractivité commerciale assez enviable pour le Cœur d'Héraut (et avec du potentiel à Paulhan sur la Barthe et à Clermont-l'Hérault sur les Tanes Hautes), et pour la création d'emplois nos zones d'activités économiques doivent développer des filières discriminantes.

19:32 Publié dans CCC, Economie | Lien permanent | Commentaires (0)

21/04/2018

ZAD de NDDL, l'esprit de Huckleberry Finn

De quoi la ZAD de Notre-Dame-des-Landes est-elle la représentation ? Longtemps elle n'a été qu'une mobilisation très hétérogène pour s'opposer à un projet d'aéroport, un projet pensé il y a très longtemps et auquel tous les notables de la région s'étaient attachés, comme ils n'accordent d'ailleurs d'intérêt qu'à ce qui brille ... pour eux.

Et il ne faut pas croire que Macron aurait été touché par l'écologie quand il a décidé de mettre fin à ce projet. Il voulait surtout réussir un coup politique, en rupture avec tous ses prédécesseurs, et puis il ne voulait pas débuter son mandat présidentiel avec des accidents mortels à l'occasion d'évacuations musclées, comme à Sivens. Le climat (cf. COP21), la modernité économique et le changement ont alors été ses arguments.

Assemblee_ZAD_2016.jpg

Mais aujourd'hui cette ZAD est une pièce à deux faces : pour les zadistes, elle demeure une opportunité pour expérimenter un autre monde, et pour les autorités locales et nationales, elle est une tâche dans le système uniforme qui doit s'imposer à tous. Et Nicolas Hulot a très bien résumé cette dualité dans cette phrase qui lui restera collée comme un sparadrap : « L'écologie n'est pas l'anarchie ». Pour le ministre de la transition écologique et solidaire, l'écologie est une affaire trop sérieuse pour la laisser entre les mains de doux rêveurs ... Non, une société écologique ne le deviendrait qu'avec le concours d'entreprises spécialisées, bref avec des gens très diplômés et très sérieux. Parce que la transition écologique ne serait qu'une activité économique comme une autre, et surtout une source de profits pour des industriels et des financiers.

Les témoignages de zadistes exacerbent le sentiment que la société enferme, écrase, uniformise, et surtout elle n'offre plus aucune possibilité de vivre autrement. Ainsi, il est reproché aux zadistes qui produisent leur lait, leurs œufs, leurs légumes, ... de ne pas respecter les règles sanitaires standard, alors que ceux-ci se contentent de reproduire des pratiques qui avaient cours il y a quelques décennies à peine.  Par contre, personne ne semble s'alarmer que toutes formes d'allergie touchent aujourd'hui 40% des français ; il y a maintenant 40 fois plus de consultations en urgence pour des personnes présentant des manifestations sévères qu'il y a 10 ans. Notre mode de vie moderne qui est maintenant la norme s'accompagne de pathologies toujours plus conséquentes ... et on pointe du doigt ceux qui voudraient vivre autrement ?

ZAD_Construct.jpg

André Gorz, Jacques Ellul, Ivan Illich, Bernard Charbonneau, ... autant d'intellectuels qui ont théorisé l'écologie politique dans le sens où elle doit inévitablement rompre avec la dictature d'une développement économique accumulateur de bien et prédateurs des ressources naturelles. Et on peut, sans les trahir, les qualifier d'anarchistes. Le mouvement des territoires en transition, qui vise à retrouver des formes de résilience locale, n'est-il pas lui aussi transgressif ? Et comme le disait le député François Ruffin sur France Info le 15 avril, « nous avons tous en nous quelque chose d'Huckleberry Finn ».

Ruffin_Hunck.jpg

La présidence Macron, c'est le triomphe du pragmatisme sur les valeurs, la primauté du réel sur l'idéal, et si son modèle de société désespère la jeunesse, alors il l'invitera à trouver d'autres chemins de foi ... Je ne sais pas s'ils étaient nombreux il y a un an à voir en Macron une sorte de Christophe Collomb du 21ème siècle, mais on a plutôt gagné un nouveau Bernard Gui :=(

02:29 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)

18/04/2018

Le préfet signe des arrêtés de DUP pour pomper de l'eau dans l'Hérault pendant que les instances représentatives locales se contentent ... de s'y adapter :=(

Je publiais en début d'année une nème note sur le partage et sur les usages des eaux, militant pour que soient diffusés les différents documents et les études actuellement débattues dans les instances représentatives (SMBFH, CLE, SMGS, ...). Car si ces instances ne sont pas avares de consultations ou de communications institutionnelles ou politiques, et j'avais produit un cahier d'acteur lors de la consultation H2030 de la Région Occitanie, elles sont à la limite du mutisme quand il s'agit d'informer. D'ailleurs, sur les 7 cahiers d'acteurs déposés pour l'Hérault, aucun n'émane du SMBFH, de la CLE, du SYDEL du Pays Cœur d'Hérault, du Syndicat mixte de gestion du Salagou, des EPCI du Cœur d'Hérault, ... Et oui, "communication" n'est pas synonyme d' "information" ...

Mais pendant ce temps-là, le préfet lui n'est pas avare de sa signature au bas des arrêtés d'exploitation de l'eau du fleuve Hérault. Le 02 mars 2018, il signait la DUP pour le captage de Lavagnac, autorisant une ponction maximale de 700 m3 par jour pour les besoins domestiques nécessaires au projet urbanistique du domaine de Lavagnac, et une ponction exceptionnelle maximale de 1400 m3 par jour en y ajoutant la sécurisation de Saint-Pons-de-Mauchiens et du bourg de Montagnac.

Hameau_Lavagnac.jpg

Et le 29 mars 2018, monsieur le préfet signait la DUP pour le captage du Moulain de la Plaine, situé au lieu-dit "Moulin de Roquemangarde". Là, le débit maximal sera de 300 m3 par jour pour l'alimentation en eau potable de la commune de Saint-Pons-de-Mauchiens, mais un fonctionnement exceptionnel autorisera un débit maximal de 1000 m3 par jour pour fournir 700 m3 au Domaine de Lavagnac et au bourg de Montagnac.

Mais ce qui est remarquable dans ces arrêtés, c'est qu'ils se fondent [évidemment] sur la loi (codes de la santé publique, de l'environnement, de l'expropriation, ...), sur une enquête publique, sur l'avis de l'hydrogéologue agréé en matière d'hygiène publique et in fine sur les avis du CODERST de l'Hérault et de l'ARS Occitanie, mais que jamais ne sont mentionnés des plans ou des schémas adoptés par les instances représentatives.

Alors que font les instances représentatives ? Un Plan de Gestion de la Ressource en Eau (PGRE) du fleuve Hérault devait être produit avant décembre 2017 ; il ne l'est toujours pas [et à ma connaissance ce serait plutôt pour l'été 2018]. Or, ce document est la clé de voute pour arbitrer les usages de l'eau sur le bassin versant du fleuve Hérault ! Mais en l'absence de volonté politique forte, ces instances s'apprêtent à s'adapter à la situation ... Eh oui, c'est comme pour le climat ; on cesse de lutter contre le réchauffement climatique, mais on commence à s'adapter au réchauffement. Bref, plutôt qu'un combat collectif pour l'intérêt général, on préfère sauver les meubles pour celles et ceux qui en ont les moyens :=(

Et pour apporter de l'eau aux ménages, aux agriculteurs, aux entreprises et au tourisme, c'est le Salagou qui va servir de réserve. Il y a là 102 millions de mètres-cubes ! Ce serait dommage que ça ne serve qu'aux activités nautiques et de plein air ... Donc, on envisage de lâcher, non plus 500 litres par seconde pour les seuls besoins du barrage hydro-électrique, et en même temps pour le milieu naturel sur la Lergue et l'Hérault, mais déjà 750 litres par seconde constitue un débit prévisible et un scénario à 1000 litres par seconde l'été, soit 6 Mm3 disponibles. La DREAL évalue que ce scénario conduirait, à une fréquence d'une année sur quatre, à un recul de 30 mètres de la plage de Clermont-l'Hérault, de 17,5 mètres de la plage des Vailhès, de 18 mètres au relais nautique d'Octon, de 14,5 mètres à la baie de Liausson et de 13 mètres au ponton handi-pêche d'Octon. Les collectivités locales qui investissent sur les rives du Salagou devront donc ... s'adapter.

Le Conseiller départemental Yvon Pellet et le président du Département Kléber Mesquida l'ont annoncé à Lodève le 29 mars lors d'une rencontre territoriale, et avec un schéma départemental de l'irrigation à l'horizon 2030 "pour sauver les vignes", et oui le Salagou sera sollicité. Ce soir-là à Lodève, un élu de la ville (Sébastien Rome) est intervenu pour dire l'attachement des habitants du Pays Cœur d'Hérault au Salagou, et Frédéric Roig est intervenu lui aussi pour rappeler les mobilisations de 2017 contre le golf de Lavagnac et pour insister sur un bon usage de l'eau.

Lavagnac_SdF_Paulhan_11.jpg

Je ré-interviendrai au prochain Conseil du Syndicat de Développement (SYDEL) du Pays Cœur d'Hérault pour que soit mis en place un Observatoire de l'Eau à l'échelle du Cœur d'Hérault, et avec un objectif de partager de l'information entre tous les élus qui  siègent dans des instances représentatives, de la rendre publique sur le site Web du Pays, mais aussi coordonner des actions d'échange et de concertation. Et avec le transfert des compétences sur l'eau aux EPCI, ce ne serait pas du luxe.