Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

07/10/2017

PLF 2018, les collectivités territoriales vont devoir se serrer la ceinture ... ou innover.

Le président « En même temps » avait proposé un « pacte de responsabilité » aux élus locaux. Présenté lors de la conférence des territoires en juillet dernier, il s'agissait d'offrir aux collectivités locales de nouvelles libertés d'organisation, de façon à ce qu'elles soient plus performantes d'un point de vue financier, tout en justifiant la baisse constante des dotations de l’État.

Macron_CNT_Juillet_2017.jpeg

Il y a un an, la Gazette des communes relatait cette si longue histoire financière entre l’État et les collectivités locales, témoignant du désarroi des élus locaux confrontés à ces tours de vis constants, mais de plus en plus difficiles à intégrer dans le bouclage de leurs budgets.

Déjà, il est très difficile de trouver des chiffres harmonisés sur une période d'environ 15 ans, parce que la présentation du projet de loi de finances (PLF) change assez régulièrement, que parfois la dotation globale de fonctionnement (DGF) est présentée comme la clé de voute du financement de l’État, et qu'on y ajoute souvent tous les concours de l’État sur le logement, sur l'investissement, sur la formation, ... dès que les collectivités en perçoivent des retombées. Bref, les chiffres sont toujours présentés de façon globalisée par l’État pour illustrer son souci constant de l'égalité des territoires, et ils sont présentés sous un prisme plus partisan par les associations d'élus ou de collectivités, pointant les baisses qui les concernent le plus.

Mais revenons à ce qui permet à un maire ou à un président de collectivité territoriale de construire son budget et de programmer des investissements à moyen terme, et regardons ce que propose le nouveau locataire de l’Élysée. En 2014, les prélèvements sur les recette de l’État au profit des collectivités territoriales se montait à 54,4 Md€ ; le montant était de 50,7 Md€ en 2015, de 46,5 Md€ en 2016, puis de 44,5 Md€ en 2017. Et pour 2018, monsieur le président soumet à la représentation nationale une proposition de 40,3 Md€. Le tableau ci-joint retrace les contenus des projets de loi de finance de 2014 à 2018; Attention, il s'agit du PLF déposé par le gouvernement à l'Assemblée Nationale à l'automne pour l'année suivante, et il s'ensuit un débat parlementaire qui peut modifier [à la marge] certains montants, ainsi qu'un projet de loi rectificatif un an plus tard qui peut lui aussi modifier ces montants. Mais il s'agit ici de milliards d'euros et nous pouvons « négliger » les modifications qui se comptent en millions d'euros ; les grandes orientations politiques n'évoluent pas. Cf. tableau en version PDF.

Si depuis 2014 l’État a baissé de 25% ses concours directs aux collectivités territoriales, il a baissé de 33% la dotation globale de fonctionnement (DGF). Et alors que le président avait annoncé qu'il ne baisserait pas les dotations en 2018, dans ce « pacte de responsabilité » par lequel les élus locaux devaient eux-mêmes engager des baisses dans leurs budgets, au risque sinon de se voir imposer des baisses dès 2019, et bien nous constatons que la DGF baisse de 12% entre 2017 et 2018, d'un montant de 3,8 milliards d'euros !

L’État n'a pas adopté une attitude très accommodante avec les élus locaux, déjà en supprimant unilatéralement fin août 300 M€ de subventions déjà engagées (au titre de la DETR), et puis avec la suppression de la taxe d'habitation pour 80% des foyers qui révèle une usine à gaz dont les communes savent qu'elles en seront le dindon de la farce. Et cette épée de Damoclès des 13 Md€ de dotations en moins sur la durée du quinquennat ... Macron proposant très cyniquement aux élus locaux de choisir eux-mêmes les sacrifices budgétaires à déposer en offrandes au culte de la rigueur budgétaire.

Macron ne fera pas les mêmes erreurs que Hollande qui était toujours dans le compromis ; il va consacrer ses premiers mois et ses premières années de mandat à imposer son projet politique, très libéral sur le plan économique et très gaullien dans l'exercice de sa fonction de chef de l’État. Quel risque prend-il ? Aucun. Les élus locaux sont trop divisés pour peser efficacement, et puis seul compte pour lui l'échéance de 2022. Il a démontré ces dernières semaines que c'est sur l'Europe qu'il va concentrer ses efforts, avec l'élection du Parlement européen en 2019 dont il souhaite sortir vainqueur, son aura dépassant nos frontières hexagonales pour atteindre celles d'un continent. Et puis les municipales de 2020 seront peut-être reportées à 2021, le temps que ses mesures à l'encontre des collectivités locales aient produit leurs effets.

Il serait logique que Macron annonce sous peu une réorganisation des collectivités territoriales, par exemple au prétexte annoncé lors de la conférence nationale des territoires le 17 juillet de réduire le nombre d'élus. Moins d'élus locaux, cela peut passer par des communes nouvelles, par des fusions de départements, par le transfert de toutes les compétences des Départements sur le territoire des Métropoles (et donc moins de conseillers départementaux), etc. La diminution d'un tiers du nombre de députés et l'introduction d'une part de proportionnelle sera l'occasion de revoir les circonscriptions législatives, ainsi que les cantons. Il est clair que notre président « En même temps » n'a pas fini de nous mettre la tête à l'envers :=(

Alors on peut se faire plaisir, comme le fait ce maire de Grand-Failly (petite commune de Meurthe-et-Moselle) qui réduit d'un tiers la photo officielle du président de la République suspendu au mur de la salle du conseil, en écho à la réduction d'un tiers des subventions qu'il perçoit de l’État. Évidemment, dans notre monarchie républicaine, il prend le risque d'un outrage au président et d'une suspension de son mandat, mais son geste rencontre le soutien de nombreux élus de son territoire.

Un_tiers_de_photo_en_moins.jpg

Personnellement, je pense que les élus locaux et que les communes ont une capacité d'innovation qui est trop mal exploitée. Nous sommes dans des schémas à la « Clochemerle », entretenus surtout par les élus, alors que les citoyens ont depuis longtemps dépassé ces frontières surannées. Ainsi, les bassins de vie tels que les dessine l'INSEE ne sont pas assez exploités ; ils ne sont pas que des éléments statistiques, ils constituent de réels espaces de « lien économique, social et citoyen ». A ces échelles-là, des synergies peuvent se mettre en place entre les communes et les initiatives citoyennes (par exemple des SCIC ou des SEML pour porter des projets économiques et sociaux), tout en transférant des dépenses de fonctionnement des communes et des EPCI.

Écrire un commentaire