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17/09/2017

Saint-Martin & Saint-Barth, sachons en tirer des leçons !

Le drame qui s'est abattu sur les îles de Saint-Martin et de Saint-Barthélémy début septembre dans les Antilles Françaises ne peut pas s'arrêter aux images diffusées par les chaînes d'info en continu ou par quelques acteurs de la politique nationale en manque de visibilité ; il faut gratter un peu ...

Les images et les témoignages (exclusivement pour Saint-Martin d'ailleurs) évoquaient et continuent d'illustrer un chaos, un effondrement de l’État (déjà si loin de Paris là-bas dans les Antilles), et cela après quelques heures du passage de l'ouragan Irma. Il faut d'ailleurs  pointer l'absence d'anticipation effective des autorités, ainsi que le délai de 48 heures pour que les secours interviennent sur place. Je ne ferai évidemment aucune comparaison avec la Floride ou avec Cuba (où est passé Irma après les Antilles), ce sont là des États avec de vastes territoires qui permettent de se déplacer préventivement, et qui disposent de moyens incomparables avec nos deux îles du bout du Monde.

Néanmoins, il est incroyable que cette partie de la France aux Antilles n'ait jamais constitué un pôle de ressources autonomes, par exemple depuis la Guyane. Nous nous plaignons souvent ici en métropole de vivre dans un État Jacobin, les moyens des collectivités territoriales étant sans cesse rognés, mais soyons sans complaisance vis à vis des moyens que l’État français consacre, ou délègue à ses territoires d'Outre-Mer. Et peut-on parler de pillages quand des familles sans nourriture et sans toit vont se servir dans des magasins abandonnés ? Pour survivre ! Les télés ont montré comment des groupes ont organisé ces razzias, mais c'est inhérent à toute situation sociale chaotique.

Mais surtout, cet effondrement à petite échelle ne doit-il pas nous ouvrir les yeux sur notre extrême fragilité ? Nous savons depuis 40 ans (cf. Rapport Meadows au Club de Rome) que la vie humaine sur Terre va sans cesse s'altérer à cause de la raréfaction des ressources naturelles, des effets du changement climatique, de la survenue de plus en plus fréquente de catastrophes, de la montée des eaux, de migrations climatiques, des pollutions multiples, de la qualité de nos aliments, de pandémies, etc. Aussi, nous pourrions nous attendre à ce que la cinquième puissance mondiale qu'est la France soit un peu plus dans l'anticipation que dans le secours à posteriori. Et si nos départements et territoire d'Outre-Mer, pourtant si coutumiers des catastrophes naturelles, sont si démunis, alors qu'en serait-il en métropole ? Et comment l’État a-t-il pu laisser construire au bord de l'eau, avec des matériaux d'aussi mauvaise qualité ?

St_Martin_Au_Bord_de_L_Eau.jpg

Surtout, et c'est le message que je tiens à faire passer par cette note, les deux îles de Saint-Martin et de Saint-Barthélémy alertent sur la résilience des territoires, en fonction des moyens mis en œuvre, mais aussi de la cohésion sociale pour affronter de tels évènements.

Saint-Martin est pour moi un cliché de ce que pourrait être la France périphérique d'ici une à deux décennies. Un taux de chômage endémique (de 27%), une économie présentielle dominante, des inégalités d'un autre siècle entre des populations précaires, souvent issues de l'immigration, et ceux qui profitent de la manne touristique - Cf. Étude de l'INSEE sur l'île de Saint-Martin de décembre 2016 (fichier PDF de 1,9 Mo) - Alors quant survient un évènement d'une telle ampleur qu'un cyclone de catégorie 5 qui prive les populations d'eau, d'électricité, de téléphone, de nourriture et d'un toit pour s'abriter, il ne faut pas s'étonner qu'une forme de loi de la jungle s'impose aux institutions anéanties de la République ; et il est urgent de nous interroger sur notre avenir collectif.

St_Martin_Constructions_Mauvaise_Qualite.jpg

Sur l'île voisine de Saint-Barthélémy, elle aussi touchée par le même cyclone, avec la même violence et avec les mêmes dégâts, le tissu social a permis d'être plus résilient (cf. images de France 3 & images de France 3). Car Saint-Barth avait misé sur le tourisme de luxe, voire plus familial, alors que c'est le tourisme de masse qui fait vivre Saint-Martin ; les riches propriétaires de villas sur Saint-Barth contribuaient déjà aux infrastructures de leur île, et ils ont répondu présent après le passage de Irma. Laeticia Hallyday, Alessandra Sublet, Estellle Lefébure, Laurence Parisot, ... font partie de ces personnalités qui ont très vite contribué à réparer les dégâts de l'ouragan. On s'entre-aide à St-Barth et c'est chacun pour soi à Saint-Martin ; c'est l'image qui restera au lendemain de cette catastrophe naturelle.

St_Barth_la_vie_reprend.jpg

Mais soyons aussi conscients qu'un tel drame surviendra demain en métropole ; les spécialistes savent que le changement climatique est irrémédiable, et les plus avertis se préparent déjà à survivre à l'effondrement. Un ouragan qui arracherait les lignes électriques de toute une région en métropole la plongerait dans le chaos pour plusieurs jours. Sans électricité, il n'y a plus d'eau au robinet (les pompes des forages sont ... électriques), les pompes à essence sont inutilisables, les paiements et les retraits par carte bancaire eux-aussi impossibles, plus de lumière la nuit, plus de téléphone ni d'accès à Internet, etc. C'est un scénario tout à fait réaliste, et face à de telles difficultés je ne sais pas prédire si l'instinct humain irait vers la solidarité plus qu'à la loi de la jungle ; et le passage d'Irma sur les Antilles ne peut que rendre circonspect.

Nous devons avoir une culture du risque beaucoup plus aigüe, comme l'ont montré les néerlandais sur la partie sud de l'île à Sint Marteen. Il faut protéger nos infrastructures, par exemple avec l'enfouissement des réseaux électriques et télécom, mais aussi disposer d'équipements prépositionnés pour les secours, ainsi que des ressources de première nécessité. Il faut apprendre à devenir plus résilients !

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