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06/04/2017

Comment Mélenchon pourrait ne pas s'arrêter à la troisième marche du podium ?

Bien malin qui peut prévoir aujourd'hui quels sont les deux candidats qui s'affronteront pour le second tour de l'élection présidentielle le 7 mai. Emmanuel Macron et Marine Le Pen stagnent autour de 25% depuis un mois, François Fillon résiste bien malgré ses méfaits et Jean-Luc Mélenchon est sur une pente ascendante.

Je sais que les sondages ne sont qu'une photographie et qu'ils ne prédisent pas l'issue du scrutin. Mais les données fournies par l'IFOP depuis fin 2016 donnent des tendances qui se vérifient dans les faits. La victoire de Benoît Hamon à la primaire le fait passer de 6% à 18%. Le PenelopeGate se traduit clairement dans les intentions de vote pour François Fillon. Les 4% à 5% attribués à François Bayrou se reportent directement sur Emmanuel Macron après que leur alliance soit scellée. Bref, ces sondages-là reflètent des évolutions que nous constatons dans la vie réelle. Après, se pose la question de l'étalonnage de départ et des méthodes de redressement appliquées. Si Marine Le Pen stagne depuis longtemps, est-ce bien à 25% comme l'IFOP le dit ou bien à 30% ? Mais à la limite, c'est une autre question dont la réponse nous sera donnée le 23 avril. Pour l'instant, il demeure intéressant de mesurer comment les décisions ou comment les positionnements des candidats influent sur les intentions de vote.

gaston defferre,jacques duclos,23 avril,législatives

Et ce qui m'intéresse personnellement, c'est comment Jean-Luc Mélenchon peut réussir, au moins à passer devant François Fillon et au mieux à figurer dans le duo final. Alors nous le constatons depuis deux mois, Jean-Luc Mélenchon siphonne l'électorat de Benoît Hamon. Il n'y a d'ailleurs aucune raison que cela cesse, et même cela devrait s'accentuer car l'électorat de gauche se trouve-là un candidat dont le challenge fait écho à leur attente. Cela pourrait donc lui permettre de passer devant François Fillon, et ça me paraît possible.

En 1969, après la démission de Charles de Gaulle, il y avait trois candidats à gauche. Michel Rocard (PSU), Gaston Defferre (PS) et Jacques Duclos (PCF). A trois semaines du premier tour, le socialiste était donné à 11% par l'IFOP et le communiste à 10%. Au soir du premier tour, Gaston Defferre faisait 5,01% et Jacques Duclos 21,27%. L'électorat de gauche savait que ce serait soit Georges Pompidou soit Alain Poher leur futur président, aussi ses électeurs ont voté avec leur cœur. Je pense que nous sommes un peu dans une même situation.

150px-Gaston_Defferre.jpg    Jacques_Duclos_en_1959.JPG

Pour que Jean-Luc Mélenchon soit au second tour, il faudrait soit : 1. qu'il ait été sous-estimé depuis le début par les instituts de sondage, 2. que le gros tiers d'électeurs indécis se mobilise pour lui, 3. que l'électorat populaire, celui qui auparavant votait communiste, renonce à voter Le Pen pour choisir un bulletin Mélenchon. Je lui souhaite de réussir.

Il y a par contre un effet secondaire à ce mécanisme de vases communicants entre les votes Mélenchon et Hamon, ce sont les législatives de juin. Nous savons depuis le couplage présidentielle/législatives que le score des candidats aux législatives dépend fortement du score de leur candidat(e) à la présidentielle, autant pour donner une majorité parlementaire au nouveau locataire de l’Élysée que pour constituer les rapports de force au Palais Bourbon. Avec la France Insoumise proche des 20% et avec un PS plus près de 5% que de 10%, Jean-Luc Mélenchon devra revoir le cadre des investitures autonomes de la France Insoumise et des accords avec ses partenaires. Il peut avoir à la rentrée de septembre le premier groupe parlementaire de gauche à l'Assemblée Nationale, mais à condition d'avoir dans chaque département une stratégie électorale efficace. Et d'ailleurs, la même question va se poser dans la moitié des départements de France pour les élections sénatoriales en septembre 2017.

C'est important d'anticiper que la photographie électorale qui sortira de toute cette séquence va structurer la recomposition politique dans les prochaines années. Et c'est essentiel de ne pas se rater, là à ces deux élections présidentielle et législatives.

Commentaires

Au vu de tous ces signaux externes (sondages, réseaux sociaux, meetings, ...), je pense que le second tour verra s'affronter un candidat du "cercle de la raison", à savoir Macron ou Fillon, contre soit Le Pen soit Mélenchon. A celles et ceux qui me rétorquent que nous pourrions avoir un second tour Mélenchon / Le Pen, et donc une possible élection de Marine Le Pen, je réponds que c'est vraiment très improbable qu'un tel scénario advienne. Par ailleurs, Mélenchon apparaît vraiment aujourd'hui comme le seul remède contre le FN.

Écrit par : Laurent Dupont | 06/04/2017

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