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03/04/2017

Le 23 avril 2017, on continue comme maintenant, on refait comme avant ou bien on change enfin nos modèles ?

Il est désormais dépassé ce traditionnel clivage gauche/droite, et les affrontements PS contre RPR ou Mitterrand contre Chirac sont à classer dans les archives de notre histoire politique. Le point d'articulation entre ces deux côtés du paysage politique de cette époque-là, c'était le travail et les revenus que l'on pouvait en tirer, comme salarié(e) ou comme actionnaire. Et avec la rémunération du travail, c'est toute une ère de consumérisme qui s'est développée, avec le concept d'Henry Ford mis en œuvre au début du 20ème siècle, à savoir que les ouvriers de ses usines automobiles devaient gagner suffisamment pour pouvoir s'acheter eux-mêmes des voitures ; les gains de productivité générant des gains salariaux qui devaient ainsi alimenter une croissance sans fin. Sur le plan politique, la gauche arguait que c'était le progrès social qui favorisait le progrès technologique et donc l'efficacité économique, quand la droite assenait que c'étaient les fruits du progrès économique qui permettait de financer le pacte social. Ce clivage-là valait à l'échelle d'un bassin de vie, d'un pays comme de toute la planète.

Mais depuis une vingtaine d'année, voire une trentaine, la mondialisation a brisé ce modèle-là. Les marchandises, les personnes et les capitaux voyagent désormais sans frontière, et Henry Ford serait désespéré de voir ses ouvriers de Detroit acheter des voitures importées de Corée du sud ou du Mexique. Le commerce international existe depuis la nuit des temps, mais les marchands vendaient (ou échangeaient) à l'étranger ce que les autochtones n'avaient pas chez eux. Pour nous, le laboratoire de la mondialisation a été la construction européenne ; après que l'Europe Occidentale ait œuvré pour structurer les marchés du charbon, de l'acier, de l'énergie et l'agriculture, et après qu'elle ait rayonné dans le monde entier avec ses industries aéronautiques, chimiques, nucléaires, pharmaceutiques, ... elle a pris le chemin de la délocalisation de ses activités manufacturières. Et l'élargissement de l'Europe était à la fois une volonté politique de permettre à des pays européens de se développer qu'une volonté économique d'optimiser des coûts de production.

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Si je dresse cet état des lieux historique, c'est qu'il justifie à mon avis la fin du clivage gauche/droite dans notre pays, mais aussi dans tous les pays voisins. Aujourd'hui, le clivage oppose la mondialisation au patriotisme, l'Europe à la Nation. Et si les inégalités sociales ont toujours existé, elles trouvaient au sein d'une même société des instruments d'atténuation : des délégués du personnel dans une entreprise, des syndicats dans les négociations de branche professionnelle, des leaders politiques au Parlement, des intellectuels pour porter les éléments du débat. Le traité de constitution européenne (TCE) de 2005 a révélé cette rupture, et le NON du peuple français a été occulté. Or, les français ont une longue culture politique et ce déni de démocratie demeure une plaie non cicatrisée.

Or, il n'est plus possible de continuer à faire comme si, comme s'il suffisait de vouloir copier l'Allemagne ou la Grande-Bretagne pour vaincre le chômage, comme si l'abandon de l'Euro pour un nouveau nouveau franc suffirait à améliorer notre balance commerciale, comme si la fermeture de nos frontières ou un protectionnisme douanier suffirait à créer de l'emploi en France. Il est des peuples qui se sont toujours alignés sur de plus puissants, de plus exemplaires ou de plus convaincants, mais pas la France. Et je ne dis pas cela par chauvinisme exacerbé, mais parce que notre histoire est jalonnée de réussites scientifiques, démocratiques, sociales, industrielles, littéraires, artistiques, sportives, ... qui ont depuis toujours contribué au rayonnement de la France dans le Monde. Et les attentats à Paris en janvier puis en novembre 2015 ont bouleversé tous les habitants de la planète, parce qu'autant il était admis qu'une telle violence aveugle et insupportable puisse sévir dans de multiples pays du monde, autant Paris demeurait un mythe, un havre de paix et un écrin du savoir-vivre à la française. La France est la première destination touristique du monde (plus de 80 millions de touristes étrangers visitent la France chaque année), et personne ne se demande pourquoi ?

Naturellement, l'écologiste que je suis ne peut pas négliger l'impact des activités humaines sur notre environnement, sur nos ressources naturelles, sur les écosystèmes et sur la biodiversité. Il y a là une nécessité vitale de revoir tous nos modèles à l'aune d'une transformation écologique urgente de nos modes de vie, de production, de consommation, de déplacement et d'alimentation. Ou alors tous les 5 ans nous pourrons dire comme celui-là qui tombe du haut d'un immeuble qu'à chaque étage passé « jusque là tout va bien ».

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Dans la séquence politique actuelle, il n'est pas possible d'en appréhender les ressorts si nous ne nous imprégnons pas de tous ces contextes-là. Et réduire notre réflexion politique à la durée du temps de travail, aux marges des entreprises, à la sécurité publique, au progressisme, au réformisme, au nationalisme ou aux errements éthiques de quelques candidats n'est pas à la hauteur des enjeux. Notre culture politique est nourrie d'une histoire remarquable, elle est alimentée par des auteurs et par des philosophes de toutes époques, elle repose sur la pensée moderne et intemporelle des Lumières ; et tout cela ne nous offre pas le luxe de la paresse intellectuelle. Nous sommes collectivement mus par une aspiration à rompre avec le modèle dominant, surtout s'il est oppressant et injuste.

Alors au moment de voter le 23 avril, il faut se demander lequel (ou laquelle) des candidats est apte à porter un tel projet de transformation, voire de rupture. Et si ce vote-là ne porte pas ses fruits le 7 mai avec la désignation du(de la) futur(e) locataire espéré(e) à l’Élysée, il peut germer pour la constitution d'un groupe parlementaire en juin et puis essaimer au-delà pour la recomposition des forces politiques. Personnellement, je crois plus aux messages que nous propageons qu'aux certitudes qui nous confortent dans une certaine vision du monde.

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Il reste trois semaines pour se décider, et c'est assez pour prendre un minimum de recul et réfléchir à ce qui est le mieux pour demain.

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