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14/02/2017

Jadot/Hamon (ou PS/EELV), ce sera NON

Sur 17.000 inscrits, nous étions un peu plus de 12.000 à voter l'automne dernier à la primaire des écologistes pour désigner un(e) candidat(e) à l'élection présidentielle. Le cadre de cette consultation et les orientations imposés aux candidats avaient été adoptés lors d'un Congrès national en juin 2016 et il avait été décliné par le Conseil fédéral d'EELV. Et il y a un point très majoritairement soutenu par les adhérents d'EELV à l'époque, c'est de ne plus faire aucun accord électoral avec l'appareil du Parti Socialiste. Aucun accord EELV/PS ne peut être entériné pour la présidentielle et pour les législatives.

La désignation de Benoît Hamon comme candidat du PS à la présidentielle bouleverse le scénario prévu. A l'été 2016, le candidat naturel du PS était François Hollande. Et même si François Hollande ne l'était pas, l'histoire du mandat écoulé ne voyait pas d'autre candidat(e) qu'un(e) social-libéral(e) ; Manuel Valls était le remplaçant naturel. Benoît Hamon a remporté cette primaire sur un discours très à gauche, et aussi très écologiste ; mais a-t-il pour autant les moyens de réaliser ce qu'il a présenté lors des primaires ? Ma réponse est "non". Et pour une très bonne raison, c'est que la majorité parlementaire issue des rangs du PS reste très majoritairement social-libérale ; ils ont tous voté le TSCG, le CICE et voté des articles des lois Macron et El Khomry. Le 2 février dernier, l'Assemblée nationale avait à son ordre du jour un projet de loi du député Front de Gauche Marc Dolez demandant, entre autres, à ce que la ratification du CETA par la France fasse l'objet d'un référendum. Embarras chez les socialistes, car voter pour signifiait que la position constante du Gouvernement était contredise, et que voter contre ne serait pas conforme aux positions de Benoît Hamon pendant la primaire. Le groupe PS a donc décidé de s'abstenir :=(

Hamon_Jadot_Melenchon.jpg
Il fallait qu'au lendemain de sa victoire à la primaire Benoît Hamon appelle Jean-Luc Mélenchon, Pierre Laurent et Yannick Jadot pour leur proposer dès le lundi une rencontre en vue de porter un projet commun à la présidentielle. Mais il a préféré rendre visite au Premier ministre, puis aux groupes PS à l'Assemblée et au Sénat, puis au Président de la République, ... bref de rentrer dans le rang de l'appareil socialiste. Benoît Hamon a répondu à Jean-Luc Mélenchon, le « dégagiste », qu'il ne lui « offrirait pas des têtes ».

Donc si Yannick Jadot avait bien raison dès le 29 janvier en soirée d'appeler à une rencontre pour se lancer dans « une grande aventure », les deux semaines qui viennent de s'écouler ont douché les espoirs de tous ceux qui refusent de voir Marine Le Pen, François Fillon et Emmanuel Macron se disputer une place au second tour de la présidentielle. Alors pourquoi continuer à négocier avec Benoît Hamon ? Il y a le volet médiatique qui permet autant à Yannick Jadot qu'à Benoît Hamon d'occuper le terrain, surtout quand le candidat des Républicains est aussi peu audible sur son projet. Il y a évidemment quelques députés EELV à sauver, et puis une dizaine de sénateurs EELV en septembre prochain. Mais à part ça, je ne vois rien d'enthousiasmant. Pire, je vois surtout dans un éventuel accord le risque de dislocation d'EELV.

Car Yannick Jadot n'a pas de mandat pour signer un accord qui contredise les décisions adoptées par EELV en Congrès puis en Conseil fédéral ; même le vote des personnes qui ont participé à la primaire, seulement pour désigner un(e) candidat(e), ne peut nullement se substituer à la souveraineté des adhérents d'EELV. Le Conseil fédéral d'EELV se réunit le 11 mars, conformément à son calendrier initial, et je n'entends rien qui permette de penser que le Conseil fédéral validera un accord avec Hamon, et donc avec le PS. Benoît Hamon aura peut-être un accord avec Yannick Jadot, avec Cécile Duflot et quelques autres cadres et parlementaires qui ne représentent qu'eux-mêmes, mais jamais avec EELV.

Et puis il y a les législatives ! Le porte-parole d'EELV Julien Bayou qui participait aux discussions avec le PS reconnaît « qu’il ne sera pas envisagé ou envisageable d’avoir un accord complet sur toutes les circonscriptions. Je ne crois pas trop m’avancer en disant qu’il y aura des candidats écolo contre un certain nombre de sortants du quinquennat  ». Or, l'absence d'un Yannick Jadot pour porter le message des écologistes pendant toute la campagne de la présidentielle va démunir les candidats EELV aux législatives. Et puis ce sont les candidats PS qui porteraient ce message-là dans le sillage de Benoît Hamon (cornaqué par Yannick Jadot) ... Un tel scénario suicidaire est déjà celui que connaissent les candidats communistes aux législatives ; ils soutiennent Jean-Luc Mélenchon pour la présidentielle, mais ils auront des candidats de la France Insoumise face à eux dans les circonscriptions législatives.

J'hésitais à répondre à cette consultation qui nous est proposée pour poursuivre les discussions avec Jean-Luc Mélenchon et avec Benoît Hamon, mais l'abstention favorise implicitement la majorité. Aussi, je voterai NON à cette tartufferie. Les maires que je contacte pour parrainer Yannick Jadot ou les sympathisants que je rencontre ne comprennent pas que l'écologie politique n'ait pas de candidat le 23 avril 2017, surtout pour une élection que les écologistes ont toujours dénoncé pour son mode de scrutin comme pour le statut de monarque républicain du Président de la République. En 2012, nous avions un accord EELV/PS et nous avions aussi une candidate à la présidentielle, ce qui nous a permis de faire campagne dans une perspective favorable de voir l'écologie irriguer les politiques publiques du mandat à suivre. Et puis nous avons vu ...

Donc ce sera NON !

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--  Message du 14 février 2017 à 17h40  ---

Chères amies, chers amis,

À compter de ce soir, vous êtes appelés à vous exprimer par un vote sur la poursuite des discussions avec Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon, et toutes celles et tous ceux qui, dans les partis, dans les mouvements citoyens, dans les associations, souhaitent prendre part à cette démarche de rassemblement autour des idées écologistes.
Ce rassemblement, nous souhaitons le réaliser sur la base des idées écologistes, autour de quatre piliers :
– une France 100% durable, à terme 100% renouvelable, zéro déchet et zéro pesticide, avec notamment la transition énergétique et donc la sortie définitive du nucléaire, programmée, progressive et créatrice d'emploi, et la fin des grands projets inutiles et imposées;
– une refondation du pacte social et de la solidarité territoriale ; une réorientation de l'économie et de la fiscalité ainsi qu'un nouveau modèle agricole et alimentaire ;
– une nouvelle démocratie dans une sixième république parlementaire, exemplaire, qui reconnaisse la participation citoyenne, généralise le scrutin proportionnel et lutte contre toutes les formes d'exclusion et de discrimination ;
– une refondation de l'Europe recentrée sur l'écologie, la solidarité et la démocratie, avec la mise en place immédiate d'un plan massif d'investissement.
Nous sommes fiers que les écologistes innovent, et mettent en œuvre la consultation des adhérent-e-s et sympathisant-e-s au moment des choix politiques. C’est une première en France, et nous vous appelons à participer à ce vote, pour montrer que la politique autrement n’est pas qu’un slogan.

Nous vous appelons aussi à voter « OUI » à la question posée.
« Oui », parce que l’ouverture et le dialogue, c‘est le choix de la cohérence avec nos discours et nos pratiques
« Oui », parce que l’écologie peut être au cœur des débats de cette élection présidentielle.
« Oui », parce que nous avons une opportunité historique de mettre en œuvre nos idées en France et en Europe
« Oui », parce que ce vote n’est pas un blanc-seing : il constitue simplement une invitation à continuer les discussions. Tout accord, toute entente, tout changement de stratégie serait aussi soumis à votre approbation.
Ce que nous vous demandons, c’est un « oui » pour faire grandir l’écologie.

Amitiés,
Yannick Jadot, David Cormand.

19:19 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (4)

Commentaires

D'où l'idée reprise par Hamon et Jadot de créer un "label commun" à attribuer à leurs candidats communs aux législatives. Comme un accord EELV/PS n'est pas possible pour les législatives, les deux candidats à la présidentielle créent leur label qui dépasse le cadre des partis. Ça, pour mettre de l'ambiance dans les circonscriptions entre les candidats PS et EELV, c'est une idée ... destructrice.

Écrit par : Laurent Dupont | 14/02/2017

Les 13 députés européens français qui siègent dans le groupe socialiste ont voté contre la ratification du CETA aujourd'hui à Strasbourg ; et ils méritent d'être cités : Isabelle THOMAS, Guillaume BALAS, Jean-Paul DENANOT, Sylvie GUILLAUME, Louis-Joseph MANSCOUR, Edouard MARTIN, Emmanuel MAUREL, Gilles PARGNEAUX, Vincent PEILLON, Christine REVAULT D'ALLONNES BONNEFOY, Eric ANDRIEU, Pervenche BERÈS et Virginie ROZIÈRE. Ces euro-députés socialistes optent pour une position bien plus conforme à la ligne défendue par Benoît Hamon que ne l'ont fait début février les élus socialistes du Palais Bourbon. Je salue cette position qui était à l'unisson de celles de Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon, tous deux euro-députés qui ont voté contre avec leur groupe. Cela signifie clairement qu'une nouvelle gauche écologiste peut naître dans notre pays, mais je ne confonds pas précipitation et efficacité. Persévérons !

Écrit par : Laurent Dupont | 16/02/2017

Est-ce que JL Mélenchon veut vraiment un accord & une plateforme commune de propositions/mesures pour un gouvernement de gauche ?Rien n'est moins sûr.S'il y a des différends il suffit de les mettre sur la table,dans la transparence de façon que les citoyens en prennent connaissance.En l'état actuel des choses il semble difficile de se faire une opinion éclairée sur les obstacles réels ( # querelles d’ego)à ce nécessaire accord en vue d'une candidature commune.Bien sûr certains pourraient être tentés de se dire que cet accord n'est pas nécessaire,utile et qu'au fond chacun peut aller à la bataille du scrutin électoral en faisant cavalier seul.Dès lors les chances pour la gauche de se qualifier au deuxième tour de l'élection à venir seraient faibles,très faibles pour ne pas dire minimes.Les leaders de la gauche qui aspire à gouverner demain (Hamon,Mélenchon,Jadot + le PCF + ...)ont donc une lourde responsabilité:faire l'union des forces de gauche.Ce n'est pas facile mais il n'y a pas d'alternative pour être à la hauteur des enjeux.

Écrit par : gauche2ètour | 27/02/2017

Est-ce que JL Mélenchon veut vraiment un accord & une plateforme commune de propositions/mesures pour un gouvernement de gauche ?Rien n'est moins sûr.S'il y a des différends il suffit de les mettre sur la table,dans la transparence de façon que les citoyens en prennent connaissance.En l'état actuel des choses il semble difficile de se faire une opinion éclairée sur les obstacles réels ( # querelles d’ego)à ce nécessaire accord en vue d'une candidature commune.Bien sûr certains pourraient être tentés de se dire que cet accord n'est pas nécessaire,utile et qu'au fond chacun peut aller à la bataille du scrutin électoral en faisant cavalier seul.Dès lors les chances pour la gauche de se qualifier au deuxième tour de l'élection à venir seraient faibles,très faibles pour ne pas dire minimes.Les leaders de la gauche qui aspire à gouverner demain (Hamon,Mélenchon,Jadot + le PCF + ...)ont donc une lourde responsabilité:faire l'union des forces de gauche.Ce n'est pas facile mais il n'y a pas d'alternative pour être à la hauteur des enjeux.

Écrit par : gauche2ètour | 27/02/2017

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