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09/02/2017

Jadot, le chemin de croix ?

YJ.jpgQuand il gagne la primaire des écologistes, Yannick Jadot pense qu'il aura rapidement le soutien de Nicolas Hulot, et qu'il pourra ainsi rassembler l'électorat de ce dernier. Je rappelle que les sondages donnaient Nicolas Hulot au-dessus de 10% fin juin 2016, d'où le challenge de Yannick Jadot de faite « 10 + X », comme pour les européennes de 2009 avec Europe Écologie. Et puis des personnalités comme Dany Cohn-Bendit et Noël Mamère ne l'ont pas beaucoup aidé, le premier trouvant des qualités à Emmanuel Macron et le second donnant la réplique à jean-Luc Mélenchon sur sa chaîne YouTube. Quant à Cécile Duflot, elle a décidé de créer une association « Convention pour une République écologique » dont la première réunion doit se tenir le 18 mars, au lendemain de l'échéance du dépôt des parrainages au Conseil constitutionnel. Comme le dit l'adage, « Quand on a des amis comme ça, on n'a pas besoin d'avoir d'ennemis » :=(

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Yannick Jadot ne s'est pas découragé, et il a souhaité que les candidats investis pour les législatives ne soient pas tous issus d'EELV ; il voulait ouvrir à la société civile, et entre autres à son électorat de la primaire. Là, c'est le calendrier qui ne lui a pas été favorable, sans compter que les scrutins uninominaux à deux tours se prêtent assez mal à l'ouverture. Il est aisé de placer en position éligible une personne extérieure à EELV sur une liste aux européennes, aux régionales ou aux municipales, mais pour partir aux législatives il faut quand même un minimum d'expérience électorale. Surtout qu'EELV ne met pas à la disposition de ces nouveaux arrivants un budget et une équipe de campagne en kit.

S'était-il résigné à réitérer les scores de Dominique Voynet ou d'Eva Joly ? Certainement, et plutôt d'ailleurs en référence à René Dumont, car Yannick Jadot s'est investi dans la campagne et que la recherche des parrainages a été mise en œuvre activement autour d'une centaine de référents départementaux d'EELV. Aujourd'hui, il y a environ 410 promesses de parrainages qui sont arrivées à Montreuil, et il en arrive encore ; l'objectif des 500 n'est donc pas irréalisable. De trop rares personnalités de la société civile ont apporté leur soutien à Yannick Jadot, comme Lambert Wilson ou Philippe Torreton, mais nous payons aussi le prix d'années de jeux politiciens qui ont incité les citoyens à s'investir dans des actions plus concrètes.

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Mais plus que les défaites de Sarkozy et Juppé contre Fillon, et plus que la défection de François Hollande, la victoire de Benoît Hamon a radicalement changé la donne. Ajouté aux discours de Jean-Luc Mélenchon, l'écologie prenait soudainement une place centrale dans cette campagne. Mais je le dis d'emblée, cet évènement arrive bien trop tard dans le calendrier électoral pour qu'il puisse donner lieu à une dynamique victorieuse. L'appareil du PS va surfer sur la vague Hamon pour se refaire une vertu, mais en verrouillant complètement la séquence des législatives qui conduira à constituer un groupe parlementaire cet été. Et que Hamon soit à l’Élysée ou non, c'est un groupe social-libéral qui ira au Palais Bourbon et qui imposera au futur Président de la République de poursuivre dans le sillon tracé par Sarkozy puis par Hollande.

Alors Yannick Jadot profite de cette éclaircie dans le ciel de l'écologie pour forcer le trait ; il n'a jamais été aussi présent dans les médias que depuis que Hamon a remporté la primaire de la BAP. Aujourd'hui, il appelle à  rassembler autour d'un triptyque « écologiste, social et européen », tout comme Nicolas Hulot faisait signer son pacte écologique aux candidats à la présidentielle de 2007. Cette main tendue aux autres candidats écolo-compatibles restera encore ouverte quelques semaines, histoire d'être médiatisé à moindre frais. Et s'il ne réussit pas à imposer à Benoît Hamon de rompre avec l'ancien monde, de sortir de la logique des partis, il réussira peut-être à négocier que les députés EELV sortants ne soient pas concurrencés par un(e) socialiste. Oh, ça ne concerne que trois députés (Cécile Duflot, Laurence Abeille et Sergio Coronado), les autres avaient déjà négocié localement un accord de non agression (Eva Sas, Brigitte Allain et Jean-Louis Roumégas). Mais le PS ne négociera rien sur les législatives, Jean-Luc Mélenchon l'a expliqué dans sa réponse sur YouTube à la main tendue de Benoît Hamon, et Yannick Jadot ne fait pas de surenchère.

Après sa victoire à la primaire écologiste, Yannick Jadot avait été clair : « la candidature écologiste devra aller au bout de la campagne présidentielle », « Je n'ai jamais négocié ni contrat, ni mandat, avec les socialistes », « Les "Je t'aime, moi non plus avec le PS", très peu pour moi ! Assumons pleinement notre spécificité », « Dans les mois qui viennent, très clairement, je refuse l'alliance avec les socialistes », « Quand je vois le logiciel politique du Parti socialiste, je n'imagine pas une seconde que le PS demain soit pour la sortie rapide du nucléaire », « J'ai un mandat […] Il y aura un bulletin Jadot à la présidentielle», « Si Benoît Hamon est prêt à s'émanciper d'un PS qui n'a jamais fait sa conversion écologiste, je militerai à ses côtés pour que nous nous lancions ensemble dans cette grande aventure », « Le problème de Benoît Hamon, c'est d'être au PS qui n'est pas un parti écologiste ».

Le chemin est escarpé entre « obtention des 500 parrainages », « recomposition des électorats à gauche d'un PS social-libéral » et « opportunité que l'écologie pollinise les politiques d'un futur gouvernement ». C'est une équation euphorisante. Yannick Jadot est comme un marathonien qui atteint ses derniers kilomètres, et qui soudain veut changer de piste pour aller participer à un 4x100 mètres haies qui passe en direct à la télé. Je ne sais pas qu'elle sera l'issue de cette séquence électorale, et ces quelques mois écoulés nous enseignent la prudence ; mais il est évident qu'au lendemain de ces élections présidentielle et législatives le paysage politique ne pourra plus être le même.

22:34 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)

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