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31/01/2017

La résilience des formations politiques leur permettra de traverser cette incroyable séquence électorale

La victoire de Benoît Hamon à la primaire de la BAP passe pour être un tsunami politique, et le Parti socialiste serait au bord de l'explosion ... mais ce n'est pas aussi simple.

Il y a néanmoins une vraie surprise depuis quelques mois, c'est le fait que les « tauliers » des partis politiques ont tous pris la porte. D'abord Cécile Duflot, ensuite Sarkozy et là Manuel Valls ; les primaires leur ont été fatales. Mais les appareils politiques n'en sont pas pour autant ébranlés, juste un peu rabougris autour de leurs cadres et de leurs élus.

Car si la présidentielle est l'élection majeure de la Vème République, elle n'est pas la plus fondamentale pour les formations politiques. Ce sont les législatives qui déterminent le financement public des partis politiques, tout en leur assurant un minimum de visibilité politique. Et c'est ce qui me suggère que le Parti socialiste, et d'autres ont encore de longues années devant eux.

Non, les parlementaires socialistes ne vont pas se rallier en masse derrière Emmanuel Macron, car l'appareil du PS et ses baronnies de province en ont encore sous le pied. Pour cette séquence électorale du printemps 2017, la motion A majoritaire au PS va certainement donner carte blanche à Benoît Hamon pour la présidentielle, et de son côté elle va s'occuper des législatives. La présidentielle ne durera que 2 ou 3 mois, les législatives c'est pour 5 ans ! Le candidat Hamon peut réclamer l'abrogation de la loi Travail, les parlementaires libéraux auront ensuite tout leur mandat pour la peaufiner. Le candidat Hamon peut se déclarer opposé à l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, les parlementaires de Loire-Atlantique continueront au-delà de cet été d'en exiger la réalisation. Le PS ne pensait pas gagner la présidentielle, mais si Benoît Hamon peut susciter suffisamment d'espoir pour approcher les 20%, c'est de l'eau au moulin des candidats aux législatives.

Delga_Hamon.jpg

Les investitures pour les législatives sont déjà bouclées, et c'est là l'ultime bouée de sauvetage des élus du PS, celle qui les maintiendrait à flots jusqu'en 2025. Certains peuvent même afficher leur « droit de retrait » sans craindre de sanction. Fini le sempiternel exercice de synthèse qui permettait à toutes les parties de sortir par le haut des congrès houleux, c'est désormais la cohabitation qui s'installe ; à l'un l'euphorie de la présidentielle, et aux autres la conquête (ou la sauvegarde) des circonscriptions législatives. Une victoire de Macron à la présidentielle serait même la cerise sur le gâteau, car le groupe socialiste à l'Assemblée pourrait alors compléter sa majorité présidentielle.

L'enthousiasme citoyen qui s'exprime au travers des primaires est éphémère, les partis politiques ont eux une extraordinaire capacité de résilience. Ils devront, dans les prochains mois et les prochaines années, se restructurer pour intégrer des mécanismes de concertation et de construction programmatique comme l'ont fait Podemos ou Syriza, Mélenchon et Macron. L'exercice des primaires va se perfectionner pour « repeindre la façade », mais les structures resteront les mêmes. Je l'ai vécu au sein des Verts, qui sont devenus Europe Écologie Les Verts en 2010, pour ouvrir nos portes à la société civile ; les acronymes des instances internes ont eux aussi changé de libellé (CF au lieu de CNIR, CPR au lieu de CAR, ...), mais sur le fond c'est resté la même formation politique.

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