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29/01/2017

Le cumul de mandats produit une aristocratie républicaine qui nuit gravement à notre démocratie

François Fillon est la caricature de notre classe politique. Voilà un homme qui n'a jamais occupé d'emploi salarié de sa vie ou qui n'a jamais exercé d'activité professionnelle (*) lui assurant les ressources financières pour faire vivre son foyer. François Fillon passe directement des bancs de l'université, où il obtient un DEA en droit public, à la vie politique ; il devient à 22 ans assistant parlementaire d'un député gaulliste de la Sarthe. Cinq ans plus tard, il devient le benjamin de l'Assemblée nationale ; il succède à Joël Le Theule décédé l'année précédente.

G(14).jpgCela fait 40 ans que François Fillon mijote dans le monde de la politique ; il en connait les codes, il s'est tissé un solide réseau dans tous les milieux et il ne peut échapper au risque d'être rattrapé par des affaires. Comme ces dotations d'assistants parlementaires versées à une association de sénateurs pour arrondir leurs fins de mois (**).

Mais les dégâts sont sous collatéraux ; dans de nombreuses affaires de financement politique, ce sont les lampistes qui payent les pots cassés. On ne compte plus ceux qui tombent dans le sillage de Nicolas Sarkozy ... Et là, c'est sur Pénélope Fillon que vont se focaliser tous les griefs. Admettons que François Fillon trouve des éléments confirmant que sa femme travaillait pour lui, de 1998 à 2002, en remplacement d'un collaborateur qui était parti, puis quelques mois en 2012, mais comment Marc Joulaud (***) justifiera-t-il l'emploi de Pénélope Fillon de 2002 à 2007 pendant que François Fillon était dans les gouvernements de Jacques Chirac ? Et comment justifiera-t-elle son emploi à la Revue des deux mondes de mai 2012 à décembre 2013 pour 5 000 € brut mensuel ? Si François Fillon est élu Président de la République, son épouse ne bénéficiera d'aucune « immunité temporaire » pendant l’exercice du mandat du chef de l’État.

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Manuel Valls est rentré en politique à 17 ans, en 1980, et il entre très vite au cabinet de Michel Rocard. C'est à 19 ans que Benoît Hamon s'engage en politique, en 1986, et il va d'abord s'investir au sein des instances du parti socialiste, et en l'occurrence du mouvement des jeunes socialistes (MJS) ; il devient assistant parlementaire d'un député rocardien en 1991. Ces deux ultimes concurrents à la primaire de la Belle Alliance populaire ce 29 janvier baignent donc dans le milieu politique depuis une trentaine d'années. Eux non plus n'ont jamais connu le « vrai monde du travail » ; ce sont des professionnels de la politique aguerris aux joutes électorales et à l'exercice de mandats.

Rocard&Co.jpg

Et dans ce paysage où s'ajoutent des personnalités comme Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Nicolas Dupont-Aignan, Rama Yade, ... toutes biberonnées depuis des décennies au jus de la politique nationale, rares sont celles et ceux qui viennent réellement de la société civile. Et cela donne encore plus de valeur à une candidature comme celle de Yannick Jadot, militant associatif de longue date qui obtient son premier mandat d'élu à 42 ans (député européen en 2009).

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Aussi, pour que notre démocratie cicatrise définitivement de ces plaies politico-financières, il faut limiter le cumul des mandats, le cumul de plusieurs mandat en même temps comme le cumul d'un même mandat dans le temps. Les citoyens qui militent politiquement ou qui s'engagent dans un mandat d'élu(e) doivent le faire avec humilité et avec le souci de défendre d'abord l'intérêt général, de servir les autres plutôt que de se servir. Quant à l'ambition, nécessaire en politique, elle doit être consacrée à la promotion des idées et des projets.

Les Français sont-ils autant attachés à l'aristocratie ? Car toute cette classe politique nationale constitue en réalité une aristocratie républicaine, avec ses palais, ses rituels, son train de vie et un détachement vis à vis du quotidien de leurs concitoyens. Peut-être avons-nous besoin d'avoir comme exutoire de clouer au pilori, au grès de l'état du pays, l'un(e) de ces notables dont la tête dépasse un peu trop ... Nous n'avons pas la maturité politique pour nous attaquer au fond des problèmes, et il est plus simple de laisser pousser quelques élites politiques pour mieux les dézinguer le moment venu. Bon, ça fait un peu sado-maso comme mode de représentation démocratique, non ?

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(*) François Fillon a créé la société 2F Conseil dix jours avant son élection comme député en 2012, car la loi interdit aux parlementaires d'avoir une activité de conseil en même temps que leur mandat, sauf à ce que ce soit une activité antéieure à leur élection. Entre 2012 et 2015, cette société qui n'a comme seul salarié que François Fillon a réalisé un million de chiffre d'affaire, lui octroyant une rémunération totale de 757 000 € net en trois ans.

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(**) Entre décembre 2009 et mars 2012, le groupe UMP au Sénat a transféré vers deux associations d'élus, l'Union républicaine du Sénat (URS) et le Cercle de réflexion et d'études sur les problèmes internationaux (Crespi), des sommes normalement dédiées à la rémunération des assistants parlementaires. C'est environ 400.000 € qui auraient ainsi été versées aux sénateurs UMP. Pour sa part, et entre 2005 et 2007, ce seraient 7 chèques pour un montant total de 21.000 € que François Fillon aurait perçu grâce à ce mécanisme de siphonnage qui remonte à 2003, et pour lequel des sénateurs (ou anciens sénateurs UMP) sont aujourd'hui mis en examen.

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(***) Marc Joulaud est la doublure de François Fillon. Comme suppléant, il le remplace à l'Assemblée nationale de 2002 à 2012. Il lui succède aussi à la mairie de Sablé-sur-Sarthe en 2008, puis à la présidence de la Communauté de communes de Sablé-sur-Sarthe en 2012. Et cet élu fidèle est récompensé d'un mandat de député européen en 2014.

12:00 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)

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