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06/01/2017

Agriculture, changeons nos habitudes alimentaires, nos modes de consommdation et les pratiques de production

La seconde épizootie de grippe aviaire, H5NI ce mois-ci et H5N8 au printemps 2016, déciment les élevages de palmipèdes et de gallinacées dans de nombreux départements du Sud-Ouest. Le virus se propage très facilement ; une plume ou une fiente d'un animal infecté peut se coller à un vêtement, à un outil ou à la roue d'un véhicule, et ainsi contaminer un élevage voisin. L'abatage de tous les volatiles des élevages, le nettoyage sanitaire des installations et la mise en place de procédures d'hygiène fort contraignantes devaient déjà venir à bout de l'épizootie de 2016, mais les oiseaux migrateurs transportent le virus, et les élevages des zones survolées sont particulièrement fragilisées. 

Et si aujourd'hui c'est la grippe aviaire qui fait l'actualité, il y a deux ans c'était la bactérie Xylella fastidiosa qui provoquait la maladie de Pierce, s'attaquant entre autres aux oliviers ; les régions méditerranéennes dont la production d'huile d'olive est prépondérante ont alors vécu un désastre économique. Les maladies ont un impact massif sur les cultures, et nous le savons bien ici dans une région viticole, mais l'impact est d'autant plus fort qu'un territoire et que des exploitations agricoles misent tout sur une seule culture dont les pratiques sont industrialisées. Le prix du lait qui chute, les coûts de production en Allemagne sur le prix du cochon ou un printemps trop arrosé, et voilà toute une région qui met ses ouvriers agricoles au chômage technique, qui met en péril les exploitations et qui décourage durablement des vocations.

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L'agriculture française n'a plus la physionomie qu'elle avait jusque dans les années 70, et elle n'a plus non plus des hommes d’État comme Jules Méline [1883-1916] ou comme Edgar Pisani [1961-1966]. Il y a un siècle, Méline estimait que l'agriculture était le tronc et les racines d'une économie française dont les filières industrielles étaient les branches et les feuilles ; tout l'inverse aujourd'hui.  Il avait d'ailleurs mis en place des droits de douane significatifs pour restreindre l'arrivée des produits américains (plus de 100 ans avant le CETA et le TAFTA). Et jusqu'en 1992, date de la réforme de la politique agricole européenne, il existait même un modèle français. Cela a été le renoncement, en 1992, à une politique de soutien des prix et d'organisation des marchés, au profit d'une commercialisation dans un marché mondialisé ouvert et où les agriculteurs perçoivent des aides personnalisées compensatoire. Le modèle américain (cf. Farm Bill) s'impose alors, les agriculteurs ne produisent plus pour répondre aux besoins des consommateurs mais ils se positionnent en fonction des primes de chaque filière. Aujourd'hui, un entrepreneur agricole ne fait plus que travailler pour des donneurs d'ordres, le piège bancaire toujours prêt à se refermer, et avec des partenaires (semences, chimie, ...) qui les contrôlent.

Je suis profondément convaincu que l'agriculture doit redevenir le socle de notre modèle économique, car elle est pourvoyeuse d'emplois locaux, qu'elle assure notre indépendance alimentaire, que nous pouvons lui appliquer des exigences de haute qualité alimentaire et qu'elle modèle nos paysages, protège notre environnement (quand elle est bio) et concoure à l'image de la France dans le monde. En même temps, le retour à une polyculture familiale ne répond pas aux besoins de la consommation actuelle.

En premier lieu, il est indispensable de changer nos habitudes alimentaires. Nous mangeons trop, et nous mangeons mal ! L’État a son rôle à jouer, et c'est ce que fit Pierre Mendès-France en 1954 avec le verre de lait distribué à tous les écoliers de France. Il s'agissait alors de lutter contre la malnutrition dont souffraient encore les enfants au lendemain de la guerre,  mais aussi de développer la filière laitière. Faire de l'éducation nutritionnelle, c'est une idée qui a été reprise, par exemple avec les récrées fruitées à l'école, un moment pour manger des fruits de saison tout en apprenant à mieux les connaître. Nous mangeons par ailleurs beaucoup trop la même chose, ce qui oriente la production agricole vers les céréales, l'élevage pour la viande et les oléagineux ; tout ce qu'il faut pour les hamburgers et autres dérivés.

En parallèle, si l'offre se diversifie et s'améliore, alors les consommateurs auront l'opportunité de goûter autre chose. Je ne plaide pas pour la disparition de l'alimentation carnée, mais on peut avoir des apports de protéines et de lipides avec un tas d'autres aliments que la viande.

Et puis il faut surtout redonner envie de choisir le métier d'agriculteur ou d'éleveur, de paysan en fait. Le sujet fait parler de lui en ce moment, mais les écologistes portent depuis longtemps le projet d'instaurer un revenu d'existence universel, voilà un facteur qui peut faciliter une reconversion dans l'agriculture. Il est alors possible de démarrer, "juste pour voir", et puis de se développer si la clientèle apprécie et en redemande. Le taux de suicides dans les professions agricoles témoigne des souffrances que subissent les paysans, et il faut absolument leur redonner de l'oxygène.

Par ailleurs, les progrès en agriculture ce ne sont pas que les engrais, les OGM et le suivi GPS des engins. Je considère par exemple que la permaculture ou que l'agroforesterie ouvrent des voies remarquables pour améliorer le rendement et la qualité des cultures. Et il en est de même pour la distribution ; c'est plus moderne aujourd'hui de faire vivre un marché de producteurs locaux que de livrer une centrale d'achats pour les grandes surfaces.

Jules Méline, Edgar Pisani, Pierre Mendès-France

Ensuite, les collectivités locales ont un rôle majeur à jouer. J'évoquais hier dans une note le Contrat de ruralité que le ministre Baylet est venu signer à Lodève ; c'est un habillage politicien d'aides financières que sollicitent les collectivités pour leurs propres investissements, mais il n'y a par exemple pas un sou pour les filières agricoles en Cœur d'Hérault. Alors que Philippe Saurel portait 6 projets dans le domaine de la santé sur la métropole de Montpellier, projets pour lesquels le pacte métropolitain d'innovation apportera 7,1 milliards d'euros de l’État, nos territoires ruraux n'ont pas cette maturité-là.

Nous avons perdu cette perception d'une terre nourricière, alors que depuis l'antiquité les peuples ont toujours développé des pratiques protectrices, n'ayant que les produits de la terre pour survivre d'une saison à l'autre. La conscience collective n'établit plus de lien entre le produit acheté dans le commerce et les végétaux ou les animaux qui en sont la matière première ; mais ce lien est géré lucrativement par les industriels de l'agro-alimentaire. Je ne suis pas pessimiste, et je pense que nos concitoyens sauront apprendre et s'adapter aux changements environnementaux qui vont perturber leur mode de vie, mais les politiques ont le devoir de l'anticiper.

Commentaires

Article très instructif de Reporterre sur la FNSEA, dont les dirigeants (ou anciens dirigeants) sont entrés dans les exécutifs régionaux, là où se décident désormais les grandes orientations politiques pour nos territoires.

https://reporterre.net/La-FNSEA-a-pris-le-pouvoir-sur-l-agriculture-dans-les-regions

Écrit par : Laurent Dupont | 07/01/2017

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