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31/12/2016

L'écologie, une nécessaire révolution permanente

Une interview croisée de Dany Cohn-Bendit et de Jean-Christophe Cambadélis dans un dernier numéro du Nouvel Obs a suscité un débat passionnant sur les réseaux sociaux et au sein d'EELV. Cet article s'inscrivait dans un dossier sur le centenaire de la révolution d'octobre en Russie, et il invitait les deux interviewés, auquel était rajouté le réalisateur Romain Goupil, à débattre de la révolution.

Je n'en connais pas l'auteur, mais l'adage suivant en résume mon interprétation : « Si on n'est pas communiste à 20 ans, c'est qu'on n'a pas de cœur. Si on l'est toujours à 40 ans, c'est qu'on n'a pas de tête ». Je pourrai l'extrapoler au fait que nous sommes plutôt enclins à être révolutionnaire à 20 ans, réformiste à 40 ans et conservateur à 60 ans. Car en effet, le réformisme à désormais pris le pas sur la révolution.

Il y a dans le discours révolutionnaire une vision cataclysmique de l’évolution du monde qui a sa traduction dans le courant écologiste. Pour les « radicaux/révolutionnaires », l’objectif n’est pas de faire mieux mais de « mettre à bas le système », cherchant la « rupture » ou le « point de  rupture » à partir duquel tout bascule en un état nouveau (qui reste par ailleurs à définir). Les réformes sont donc, par nature, suspectes, sinon dangereuses, car elles prolongent le système au lieu d’en précipiter la perte. La réforme et les réformistes sont pour les premiers l’objet de toutes les critiques et de toutes les suspicions, jamais assez, toujours trop tard, prétexte à ne jamais s’engager, à ne jamais signer de compromis, etc. Pour les réformistes, la réforme est une avancée par rapport à une situation antérieure qui se trouve ainsi tout simplement améliorée.

Selon son principe dialogique, Edgard Morin opposerait la révolution et la réforme dans une unité complexe, la conflictualité entre ces deux logiques étant constitutive d'une même finalité progressiste. C'est peut-être ce que le mouvement écologiste a forgé dans le concept de « réformisme radical » pour signifier d'une part que l'écologie politique n'est pas soluble dans le libéralisme, et d'autre part qu'il n'attend aucun grand soir révolutionnaire. Le terme de « réformisme radical » relève pour beaucoup de l’oxymore, et demeure la question de la nature de la réforme avec la question sous-jacente : une réforme conforte-t-elle le « système » ou contribue-t-elle à le « transformer » ?

Une « transition écologiste » devrait être une révolution planifiée à moyen terme pour continuer à vivre, évitant une révolution brutale et sanglante du « grand soir » à l'issue incertaine. C'est se fixer pour cible de passer d'un système à un autre, et non pas seulement de le réformer,  mais pas en 6 mois, en plusieurs décennies ; comme sortir du nucléaire, écarter la suprématie de l'alimentation carnée, passer du productivisme aux circuits courts, etc. La notion de « révolution planifiée », par exemple sur une période de 20 à 30 ans environ,  serait synonyme d'une « révolution permanente », la radicalité du révolutionnaire avec la planification du réformiste.

En 1969, Georges Moustaki chantait « Sans la nommer » (la révolution permanente), une chanson qu'il avait écrite et composée. Elle a été interprétée puis reprise à l'occasion de nombreux évènements.

Moustaki.jpg

Commentaires

"Car en effet, le réformisme à désormais pris le pas sur la révolution"

et "3O ans pour sortir du nucléaire" ?

ça, c'est de l'écologie d'un mec de plus de 60 ans, c'est ça ? a bisto de naze, je dirais plutôt 92 ans environ !
cela voudrait dire laisser en marche des vieilles centrales dangereuses, ou relancer les "nouvelles" centrales, pas trop rassurantes non plus sur la sécurité ? ça s'appelle un choix ?

Écrit par : vieille dame | 31/12/2016

vous pensez vraiment que les riches-et-puissants, qui sont de plus en plus riches et puissants, vont se laisser faire en douceur, sur 30ans, abandonner leur principe du profit le plus immédiat possible et le plus grand possible, quelle qu'en soit les conséquences ?
Je ne pense pas que cela puisse se faire en dehors d'un renversement du rapport de force. Même si ce renversement est peut-être possible sans violence.

Écrit par : vieille dame | 31/12/2016

La théorie du grand soir, elle est soudaine, brutale, irréversible et rompt avec le présent. Pour le nucléaire en France, est-il raisonnable de penser que l'on puisse arrêter 58 réacteurs nucléaires qui produisent 63 Gigawatts du jour au lendemain ? Le réformisme selon Hollande a été de nous faire croire que l'on puisse aller tranquillement vers une réduction de la part du nucléaire dans le mix énergétique, par exemple en décidant en 2012 que la centrale de Feissenheim serait fermée d'ici 2016 ; mais cette centrale est toujours en fonctionnement ...
Je pense que le concept de révolution planifiée associe d'un côté la volonté de faire table rase d'un système, ici la production d'électricité nucléaire, et de l'autre d'en arrêter un agenda précis et applicable. Et mettre 30 ans pour que toute la production d'électricité en France provienne exclusivement d'énergies renouvelables, ça me semble très réaliste. L'ADEME a produit en 2016 un rapport qui décrit un scénario où nous serions à 100% en EnR à l'horizon 2050.
Faire croire que nous pourrions en sortir demain, d'un claquement de doigts, ce serait une forfaiture.

Écrit par : Laurent Dupont | 01/01/2017

En même temps un accident nucléaire... est-ce si grave ?
Les gens riches vont habiter ailleurs... et ensuite, on a moins de pauvres... ? cool...

Écrit par : vieille dame | 02/01/2017

je ne crois pas non plus beaucoup au grand soir actuellement. Mais cela ne veut pas dire qu'il y a des choses urgentes !

Écrit par : vieille dame | 02/01/2017

urgent comme : consommer moins d'électricité par exemple.
Comment une ministre du logement écolo n'a pas pris des mesures fortes pour empêcher les HLM de continuer à faire des logements chauffés par des grille-pains et absolument pas éco-responsables ?

Écrit par : vieille dame | 02/01/2017

Au début elle y a cru ; pendant deux ans, elle s'est bien rendue compte que sa place au gouvernement était la caution écolo de Hollande pour masquer son inaction. Alors certains ensuite lui ont reproché d'être partei, comme Delphine Batho la fait elle aussi. Mais c'est au Parlement que le bras de fer se gagne, là où il faut des majorités pour faire passer des lois, ou pour censurer le gouvernement qui use du 49.3.

Écrit par : Laurent Dupont | 02/01/2017

entrer pour ensuite partir : c'est de la naïveté ou de la bêtise ? qui a cru que le PS pouvait avoir une politique écolo ? qui a cru que le PS ne détruisait pas ses alliés ? il suffisait d'être un peu observateur !!!
Le PS (depuis MItterand compris), avant je ne sais pas, est une machine à prendre le pouvoir sous des voiles "socialistes" et ensuite à pratiquer une politique de droite (sous prétexte de crises et autres "difficultés") !
Les politiciens qui ne sont pas capables de s'en rendre compte me rendent très inquiète !
Si c'est au parlement que les batailles se gagnent, que pensez vous du 49.3 ? sa suppression n'aurait pas du être un préalable à la coopération avec le PS ?

Écrit par : vieille dame | 25/01/2017

ou lala les fotes !
je ne peux plus les corriger !

Écrit par : vieille dame | 25/01/2017

Les commentaires sont fermés.