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21/11/2016

Cent-Fonts, fin d'un grand projet inutile imposé ?

C'est l'édition de Midi Libre de ce samedi qui a annoncé la nouvelle, le Département a retiré du site de la source des Cent-Fonts la pompe et les réservoirs qui coûtaient un bras en fonctionnement (pour pas qu'elle rouille). Les responsables du Département avancent deux arguments pour justifier ce retrait, d'une part que ce matériel coûtera bien moins cher en entretien une fois déposé dans un atelier (mais alors que ne le fissent-ils plus tôt), et d'autre part que les intercommunalités vont prendre la compétence « Eau & Assainissement » dans peu de temps et qu'il leur revient désormais d'assumer cette responsabilité. Là, c'est pas pour nous rassurer, car la Métropole de Montpellier a besoin d'eau et la Communauté de communes du Grand Pic Saint-Loup n'a jamais cessé de lui en procurer par la source du Lez qui est sur son territoire. Les deux intercommunalités viennent d'ailleurs de signer en octobre un accord qui met fin à 35 ans de conflit sur le prix d'achat de l'eau du Lez.

Le projet aux Cent-Fonts a été initié par le Département en 2005, avec une étude confiée au BRGM pour évaluer le potentiel de cette source sur un territoire où les besoins en eau allaient inévitablement exploser. Très rapidement, le collectif unitaire pour la protection de l'eau souterraine du Larzac sud a apporté son expertise, et une association pour la prévention des ressources en eau de la vallée de l’Hérault (PREVHE) s'est créée localement. Les résultats des études du BRGM ont été contestées, contre-expertises et observations de terrain à la clé. Quinze ans plus tôt, la Compagnie Générale des Eaux (CGE) avait renoncé à exploiter la source des Cent-Fonts, après des tests non publiés mais à priori peu satisfaisants.

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On retrouve sur le site Web d'Hubert Borg, au milieu d'une multitudes de contenus sur l'écosystème naturel, patrimonial et humain autour de St-Guilhem-le-Désert, un historique très documenté sur les Cent-Fonts. Mais derrière cette lutte de quelques citoyens attachés à la préservation du milieu naturel, se pose la question du « pourquoi ». Et ça ramène à tous ces autres grands projets inutiles et imposés (GPII), comme le funeste barrage de Sivens ou l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Pourquoi les politiques écoutent-ils si peu les défenseurs de l'environnement, ou alors trop tard ? Par exemple, ils ne mettent pas fin à la pêche industrielle de certains poissons quand les associations tirent le signal d'alarme, mais quand la ressource est épuisée, que les chalutiers restent à quai et que les pêcheurs leur arrachent une aide financière de substitution. Toutes les autres espèces vivantes sur Terre, excepté la notre, respectent leur environnement qui est leur espace vital d'alimentation et de reproduction.

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Il ne doit pas y avoir plus de quelques dizaines de millions d'humains sur notre planète qui sont sensibilisés, voire qui militent à leur échelle pour préserver notre environnement, pendant que les 7 autres milliards vivent sans se poser de question ... Et je n'oublie pas ceux des plus pauvres dont l'empreinte écologique est par défaut insignifiante, mais qui seront les premiers à pâtir de l'épuisement des ressources ou des effets du réchauffement climatique. Ne reste-t-il donc qu'à construire ici et là des territoires résilients en prévision des catastrophes à venir ? Et croire que le nuage radioactif de Tchernobyl s'était arrêté à la frontière ...

20/11/2016

Présidentielle 2017, on touche le fond !

Comme c'est devenu la règle, les journalistes, les chroniqueurs et les sondeurs ont déjà plié l'issue de l'élection présidentielle des 23 avril et 7 mai 2017 : François Fillon sera notre prochain Président. Or, si la mobilisation de 4 millions d'électeurs, de la droite, du centre et de divers horizons est remarquable, je rappelle qu'au premier tour de la présidentielle de 2012, la droite et le centre réunissaient un peu plus de 13 millions de suffrages, et avec 36,5 millions de votants ce jour-là. L'issue de cette primaire ne doit dont pas être interprétée pour autre chose que ce qu'elle est, c'est à dire la désignation d'un(e) candidat(e) d'une formation politique.

Je retiens d'ailleurs que ces primaires ne réussissent pas aux tauliers de ces formations politiques ; après Cécile Duflot arrivée 3ème de la primaire des écologistes, c'est Nicolas Sarkozy qui lui emboîte le pas. C'est un signe clair donné par leurs sympathisants, le rejet de ces « leaders naturels » que les médias enferment dans des débats et des affrontements politiciens. Les français veulent qu'on leur parle vrai, qu'on leur rende des comptes et ils n'hésitent plus désormais à zapper. François Hollande prendra peut-être la mesure de ce comportement nouveau chez les citoyens, pour s'éviter alors l'affront de finir 3ème de la primaire du PS ...

D'un point de vue politique, le résultat de ce premier tour est néanmoins très préoccupant, car le projet que porte François Fillon est à la fois très libéral sur le volet économique et très conservateur sur le plan sociétal ; les laissés pour compte du social-libéralisme de Hollande et Valls n'ont pas là de raison d'attendre des jours meilleurs. Par contre, si Alain Juppé sort du jeu dimanche 27 novembre, c'est Emmanuel Macron qui en serait le principal bénéficiaire. L'annonce prématurée de sa candidature, avant ce premier tour de la primaire de la droite et du centre, avait été jugé comme un coup politique pour affaiblir Alain Juppé ; pas évident que ce soit cette candidature qui ait placé Alain Juppé si loin de François Fillon, mais c'est certain qu'Emmanuel Macron en sort renforcé au centre de l'échiquier politique.

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Mais au-delà de ces quelques remarques à chaud, c'est l'écologie qui sort des écrans radar de la politique française. Non seulement aucun des sept candidats à cette primaire n'en a fait un enjeu prioritaire, aucun des trois débats télévisés n'ont porté sur l'écologie, mais le programme libéral de Fillon s'embarrasse très peu de la préservation de notre biodiversité, d'une reconquête de notre qualité alimentaire, d'une baisse des pollutions et des gaz à effet de serre, de la promotion des énergies renouvelables, de la place des transports en commun et de tout ce qui concoure durablement au mieux vivre ensemble.

Serge Halimi a signé un article très lucide dans le Monde Diplomatique de ce mois de novembre, intitulé « Masochisme électoral » ; la France se lancerait dans des politiques héritées de Margaret Thatcher, alors même que la Grande-Bretagne de Theresa May entreprend un étonnant virage social. Pourquoi ce manque de clairvoyance sur l'avenir de notre planète ? Nos dirigeants ne sont-ils que des marionnettes entre les mains des grands corps d’État et des grands groupes privés ? Il nous reste 6 mois pour ouvrir les yeux de nos concitoyens.

23:53 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)

19/11/2016

Une unique Communauté de communes à l'échelle du Coeur d'Hérault : mythe ou réalité ?

Il y a environ une dizaine d'années, avant que je ne sois élu local à Paulhan, j'entendais souvent les élus et les commentateurs de la vie politique locale évoquer cette nécessaire fusion des communautés de communes existantes. Il en existait quatre à l'époque, et celui qui était pointé du doigt comme le principal opposant à cette fusion était le député-maire de Lodève, Robert Lecou. Sur ce territoire aux mains dune kyrielle de maires socialistes, il était évidemment le coupable idéal. Je n'étais pas suffisamment en prise avec les débats politiques de cette époque, et je ne peux que constater l'état des lieux actuel.

Cet état des lieux témoigne d'une part d'une volonté, voire même parfois d'une nécessité de travailler ensemble à l'échelle de tout le Cœur d'Hérault, et d'autre part d'une réticence à abandonner la moindre parcelle de souveraineté locale. J'ajoute, à la décharge de tous les élus locaux de ce territoire, que l’État ne facilite pas les choses, tant les règles d'attribution des dotations financières sont complexes ! Allez voir du côté du potentiel d'effort fiscal, du coefficient d'intégration fiscale et de tant d'autres paramètres financiers et fiscaux avec lesquels les services de nos collectivités locales jonglent pour ne pas perdre des aides financières précieuses.

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“ Un unique EPCI difficilement gouvernable ”

Nos trois intercommunalités du Cœur d'Hérault sont le Clermontais, la Vallée de l'Hérault et le Lodévois-Larzac. Elles réunissent respectivement 21, 28 et 28 communes membres ainsi que 27 032, 36 236 et 14 707 habitants. En France, une communauté de communes à fiscalité propre, il y en a 1 090 au 1er janvier 2016, réunit une moyenne de 16 à 17 communes et environ 17 000 habitants (cf. cartographie sur le site Web de la DGCL) ; nous avons donc déjà trois EPCI qui sont au-delà de la moyenne nationale, alors un unique EPCI de 77 communes et de 78 000 habitants serait véritablement hors normes.

Il s'y ajoute la gouvernance d'un hypothétique EPCI du Cœur d'Hérault, car le mode de désignation des délégués communautaires actuel conduirait à créer un Conseil communautaire de 110 à 120 représentants des communes ; 67 communes ne seraient représentées que par un(e) seul(e) élu(e), le maire en général, et 10 autres communes y seraient représentées via le système du fléchage (8 élus pour Lodève et pour Clermont l'Hérault, 6 pour Gignac, 5 pour Saint-André de Sangonis, 4 pour Paulhan, 3 pour Aniane, Canet et Montarnaud, et 2 pour Le Pouget et Saint-Pargoire). Ces chiffres datent de 2014 et ils sont bien sur à réviser en fonction de la population des communes et des règles de désignation des délégués communautaires.

“ Une feuille de route largement partagée ”

Mais la fusion est-elle vraiment indispensable ? En théorie, non. En effet, le Pays Cœur d'Hérault dispose d'outils qui sont mis au service de chacun des trois EPCI et de tous leurs habitants. En matière économique d'abord, le soutien à la création et au développement des entreprises est l'une des priorités du Conseil syndical. Lors de la dernière réunion du 10 novembre, les élus ont approuvé la contribution du Pays au Schéma Régional de Développement Économique, d'Initiative et d'Internationalisation (SRDE-II) de la Région Occitanie, et cela après un travail enrichissant de la part des services et de la commission ad hoc (cf. version PDF de la contribution). Et aux outils de développement économique s'ajoutent les fonds européens qui vont permettre au Pays d'accompagner des porteurs de projets : le programme LEADER (fonds du FEADER) avec une enveloppe de 2,5 M€ et les approches territoriales intégrées (fonds du FEDER) avec 3,9 M€ (1,2 M€ pour Lodève dans le cadre du volet «Urbain» et 2,7 M€ pour le volet «Territorial»), jusqu'en 2020. Les porteurs de projets nominés au prix annuel de la TPE (Très Petite Entreprise) saluent régulièrement tous ces moyens qui sont mis à leur disposition ; les associations, les collectivités locales et les entreprises en général peuvent s'appuyer sur le Pays pour développer leurs projets.

Le tourisme, la culture et la viticulture sont, outre leurs spécificités, des axes de développement pour le territoire du Cœur d'Hérault, en terme d'emplois, de fréquentation du territoire et donc de plus-value économique. Le Pays sait aussi se positionner dans des domaines où les carences sont manifestes, et c'est le cas avec le Contrat Local de Santé où le Pays coordonne et finance des actions indispensables : un service d'urgence médiale, un plan alimentaire, etc.

Par ailleurs, tous les habitants du Cœur d'Hérault (hormis la commune de Fontès qui dépend du SICTOM de Pézenas) utilisent les services du Syndicat Centre Hérault pour le traitement de leurs déchets, soit en apport volontaire aux colonne de tri (plus de 300 réparties sur le territoire), soit dans les 11 déchetteries du Cœur d'Hérault.

Enfin, mais la liste n'est pas exhaustive, le Schéma de Cohérence Territoriale (SCoT) s'élabore à l'échelle du Cœur d'Hérault, ce document fixe les orientations générales d'aménagement et de développement et il s'imposera aux documents d'urbanisme des 77 communes. Et le SCoT aborde les questions de mobilité, de logement, de zones commerciales, de protection de l'environnement et des milieux naturels, d'équipements publics, etc.

“ S'affranchir des frontières des communes ”

C'est le Think-Thank Terra Nova, dans un rapport publié en 2013, qui indiquait : « L’objectif est de passer d’une France sur-administrée et sous-gouvernée à un État dynamique, agile, intégrant la culture numérique comme l’un de ses paradigmes, au service de ses citoyens et de ses entreprises, pour sortir de la situation actuelle et pour que chacun ait envie et espoir dans la société dont il est membre ». Le même constat peut s'appliquer aux collectivités de notre territoire, où les communes, les intercommunalités et les syndicats mixtes cumulent un impressionnant effectif de fonctionnaires, tous au demeurant professionnels, disponibles et passionnés pour leur métier, mais sans gouvernance politique qui les fasse aller dans le même sens. Un seul exemple : il doit bien y avoir une vingtaine de fonctionnaires en charge de la commande publique dans l'ensemble des collectivités du Cœur d'Hérault, mais se sont-ils déjà tous réunis une seule fois pour évoquer avec leurs élus des dispositifs qui permettent d'acheter localement, d'intégrer des clauses sociales dans les marchés publics, de mutualiser le plus possible leurs marchés publics, ... ? Or, l'achat public est un extraordinaire levier dont disposent les collectivités locales pour dynamiser le tissu économique local, et donc créer de l'emploi.

Je l'ai déjà dit sur ce blog, nos élus ont une culture d'élus municipaux. Leurs prédécesseurs ont construit des équipements publics, ouvert des écoles, étendu les réseaux d'eau et d'assainissement, accompagné le tissu associatif local, été à l'écoute des commerçants, des artisans et des agriculteurs de leur commune, ... sur le seul territoire de leur commune, pour le service de leurs administrés. L'action publique à cette échelle-là reflète les attentes de ses habitants, et ce sont eux qui sanctionnent ou qui reconduisent leurs représentants tous les six ans. A côté de ça, l'intercommunalité a longtemps été perçue, mais aussi voulue par l’État à son origine, comme un outil de coopération. Puis par la suite, les différentes lois de décentralisation ont placé des compétences nouvelles entre les mains des structures intercommunales, mettant même les territoires en compétition, disons dans un esprit de « saine émulation ». Il s'y ajoute, et ce n'est pas anodin, que longtemps les maires étaient liés à une formation politique très structurée (communiste, socialiste ou gaulliste), et entretenaient des relations pragmatiques avec les présidents de Département ou de Région. Désormais, les maires sont moins « encartés politiquement », assumant avant tout leur citoyenneté ; cela les rend donc plus isolés au sein des assemblées où ils siègent.

C'est encore une fois l’État qui fixera les règles du jeu, comme il l'a fait récemment avec les regroupements d'EPCI (pour atteindre le seuil minimal de 15 000 habitants), ou avec les nouvelles compétences sur l'eau (le petit comme le grand cycle de l'eau) et sur l'urbanisme. Mais je crois personnellement que c'est aux citoyens de manifester leurs exigences pour un territoire comme le Cœur d'Hérault. D'ici 2020, il est indispensable que toutes celles et tous ceux qui veulent que nous œuvrions le plus efficacement possible pour l'économie, pour les solidarités, pour la mobilité, pour la santé, pour l'éducation, pour l'emploi, ... et donc en ne dispersant pas notre temps et notre énergie ici et là, nous l'organisions à l'échelle du Cœur d'Hérault.