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21/10/2016

Revenu de base, l'idée fait son chemin ...

Toutes les études prospectives s'attachent à décrire une véritable révolution dans notre relation au travail. Alors qu'au 19ème puis au 20ème siècle le travail s'est inscrit progressivement dans le salariat, ce lien très encadré par le code du travail et par la jurisprudence sociale entre l'employé(e) et l'employeur évolue dans l'autre sens. Outre que l'accès à l'emploi devient plus difficile, car les entreprises s'appuient de plus en plus sur les nouvelles technologies, le nomadisme professionnel deviendrait la norme.

L'histoire a démontré que face à un système économique qui creuse les inégalités, le corps social met en place des instruments correctifs qui permettent à ceux qui entreprennent comme à ceux qui y contribuent de pérenniser leur relation socio-économique. L'impôt, caractérisé par son rôle redistributif, est l'un de ces outils. Le rôle des syndicats au sein des instances paritaires comme dans les négociations sociales témoigne de leur importance dans la recherche d'un équilibre social.

Aujourd'hui, la part de population active sans emploi ou dans des emplois précaires s'accroît, et la réponse qu'apportent les politiques n'est guère encourageante. En effet, ils n'entrevoient pas d'autre issue que la poursuite du modèle actuel, en nous promettant que chacun(e) demain y trouvera son compte. Mais 7,4 millions de personnes bénéficient de minima sociaux en France et 8,8 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté (soit 14,1% de la population). Dans ce cadre-là, la France propose une kyrielle de prestations sociales auxquelles l'accès est un parcours du combattant. Et ce système de minima sociaux est complexe, tous ses bénéficiaires potentiels n'y recourent pas et ses coûts de gestion par les partenaires sociaux sont élevés. Les dépenses de protection sociale en France représentent un tiers du produit intérieur brut (PIB). Des responsables politiques n'hésitent d'ailleurs pas à stigmatiser cette politique de l'assistanat, lui préférant un retour au 19ème siècle où quelques sous gratifiaient des emplois occasionnels.

Le revenu universel de base, ou revenu d'existence, est depuis longtemps une revendication sociale des écologistes, parce que nous savons bien que la paupérisation entraîne des restrictions dans l'alimentation, dans l'hygiène, dans le recours aux soins ou encore dans le chauffage de son domicile, autant de facteurs qui déshumanisent notre société. Et il faut saluer le travail réalisé cette année par les sénateurs au travers d'une mission d'information sur l'intérêt et les formes possibles de mise en place d'un revenu de base en France. La chambre haute du Parlement profite d'une certaine imperméabilité vis à vis des aléas électoraux, ce qui lui permet de travailler sur des thématiques de fond, avec un esprit prospectif qui s'affranchit du calendrier législatif. Et ce travail sur le revenu de base est remarquable ; je vous invite à lire ce rapport, ou tout au moins sa synthèse, car nous sortons enfin de l'utopie pour esquisser un dessein plus solidaire.

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Mais il ne faut pas non plus être angélique, car il y a encore loin de la coupe aux lèvres. Nos voisins Suisses ont soumis un tel projet de revenu de base inconditionnel (RBI) à une votation en juin dernier, et les trois-quarts des électeurs ont dit non ... C'est un groupe sans appartenance politique qui avait travaillé sur ce projet ; il proposait un RBI de 2260 € par adulte et de 600 € pour chaque mineur. Le coût du RBI en Suisse avait été évalué à 188 milliards d'euros, le total des aides et assurances sociales en Suisse s'élevant à 166 milliards d'euros. Le gouvernement Suisse et les partis politiques étaient opposés à ce projet, le jugeant trop coûteux, banalement idéaliste et synonyme d'anti-travail.

Le socialiste Benoît Hamon, candidat à la primaire socialiste, est l'un des rares promoteurs du revenu de base, en même temps qu'ils prône la réduction du temps de travail. Mais il est de ces projets innovants, comme les monnaies locales ou comme les formes coopératives de travail qui manque de bienveillance politique ; le mandat de François Hollande aura au contraire été émaillé de réformes libérales (CICE, loi Macron, loi El Komry, pacte budgétaire européen, ...), donc rien de très humaniste :=(

JD.jpgLe sénateur écologiste de Paris Jean Desessard a été l'un des artisans de cette mission d'information, et je tiens à lui rendre hommage pour avoir « inoculé le virus à ses collègues du Palais du Luxembourg ». Je connais Jean depuis près de 15 ans, et sa chaleureuse bonhomie témoigne que même en costume-cravate on peut porter un projet radicalement alternatif. Je vous invite à lire sa contribution à la mission d'information (Pour un revenu de base).

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