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05/10/2016

Déchetterie : mais quelle mouche a donc piqué le maire de Paulhan ?

Au préalable, j'informe ceux qui me lisent régulièrement que le mois de septembre a été très chargé d'un tas de tâches familiales, administratives, politiques et électives, et que je n'ai pas trouvé un moment pour m'en ouvrir sur mon blog. Là, je vais pouvoir retrouver un rythme normal de publications ;-)

L'objet de cette note porte sur la volte-face aussi soudaine, inattendue et brutale qu'a opéré le maire de Paulhan quant au sort de la déchetterie de sa commune. Au début de l'année 2015, c'est à dire dans les premiers mois de mandat du nouveau Conseil syndical du Syndicat Centre Hérault (SCH), la décision de fermeture de quelques déchetteries, et pour ce qui nous concerne sur le Clermontais celle de Cabrières, avait énervé les élus et les habitants de ce secteur. Le Président du SCH Michel Saint-Pierre avait reconnu à l'époque une maladresse de gouvernance ; lui et ses services avaient voulu faire coïncider cette fermeture de la déchetterie de Cabrières avec le début de l'année civile, mais il a manqué du temps pour l'information et pour la concertation sur le terrain. Fort de cette expérience, Michel Saint-Pierre s'était engagé à prendre le temps nécessaire pour les fermetures à venir.

Car des fermetures, deux autres étaient prévues à Aniane et à Paulhan. Pourquoi ces fermetures ? D'abord parce que nos déchetteries n'étaient plus aux normes édictées par l’État ; la réhabilitation des 14 déchetteries du Cœur d'Hérault était estimé à 5,25 M€ HT !!! Pour Aniane, le coût de sa réhabilitation était estimé à 438 k€, et 185 k€ pour celle de Paulhan. Au vu de la répartition des déchetteries sur le territoire du Cœur d'Hérault, le SCH a donc décidé la fermeture de cinq déchetteries : Cabrières, St-Jean-de-la-Blaquière, St-André de Sangonis, Aniane et Paulhan, s'évitant ainsi un investissement de 1,9 M€. Par contre, pour les neuf autres déchetteries, le SCH s'est engagé à faire plus que de les réhabiliter à minima, mais d'en faire dans la mesure du possible des déchetteries modernes (pour toutes les filières de déchets ménagers), sécurisées, fluides et attractives pour tous les usagers.

Outre les investissements de rénovation, les déchetteries comptent pour la moitié du budget de fonctionnement du Syndicat Centre Hérault ; les cinq déchetteries touchées par une fermeture coûtaient au total 345 k€ par an pour leur fonctionnement et pour de petits investissements récurrents. Et comparé à d'autres territoires similaires en France, le Cœur d'Hérault se caractérise par une plus forte densité de déchetteries et par un impact financier plus lourd qu'ailleurs.

Et en même temps que les élus qui siègent au SCH sont confrontés à des choix budgétaires critiques, car il y a aussi le site d'enfouissement de Soumont, plus de 300 colonnes de tri réparties dans 76  communes et du matériel roulant qu'il faut renouveler, les trois communautés de communes qui abondent le budget du SCH (pour 5,7 M€ en 2015 sur un budget de 8,1 M€) ont décidé de ne plus augmenter leur participation. Depuis 2007, le budget du SCH est passé en recettes de 5,4 M€ à 8,1 M€, mais avec des participations des EPCI autour de 4,5 à 5 M€. Les recettes complémentaires viennent de la vente des produits valorisés, des aides des organismes agrées et de quelques prestations de services. Mais depuis deux ans le prix des matières premières (fer, verre, papier, aluminium, plastiques, ...) chute de façon vertigineuse, en parallèle de la baisse du prix des énergies fossiles. Il s'y ajoute aussi la taxe générale sur les activités polluantes, la TGAP, que l’État augmente régulièrement. Entre 2014 et 2015, la TGAP est passée de 7,32 € à 10,33 € par habitant, pour une hausse totale en un an de +239 k€. Boucler un budget et assurer des investissements significatifs devient alors un exercice très difficile ...

Jusqu'à il y a encore quelques jours, c'est ce contexte-là qui était partagé par tous les élus locaux et par leurs délégués au Syndicat Centre Hérault. Midi Libre du 18 avril 2015 relate d'ailleurs très bien cette réunion de la Communauté de communes du Clermontais, d'il y a maintenant 18 mois, où était adopté une hausse de la TEOM, et ce qui a donné l'occasion à Jean-Claude Lacroix, à Christian Bilhac et à Claude Valéro de parler des déchetteries. Jean-Claude Lacroix évoquait même une nécessaire négociation avec le SCH pour prendre en compte la fermeture des déchetteries de Cabrières et de Paulhan.

Pendant tout le reste de l'année 2015 et jusqu'à présent, la fermeture prochaine de la déchetterie de Paulhan est toujours restée affirmée par le SCH, et entendue par les élus locaux. Le 9 décembre 2015, le Président du SCH Michel Saint-Pierre est venu devant l'assemblée communautaire du Clermontais pour présenter son rapport d'activité, et il a rappelé une nouvelle fois que la fermeture de la déchetterie de Paulhan avait été actée par son Conseil syndical. Jean-Claude Lacroix et Claude Valéro étaient présent ce 9 décembre, ils ont bien entendu Michel Saint-Pierre et personne n'a posé de question ou soulevé de protestation.

Déchetterie_Paulhan_1.jpg

Je siège au Syndicat Centre Hérault, et quand nous abordions la fermeture de Paulhan, j'informais mes collègues qu'à Paulhan personne, ni les élus ni les habitants, n'avait manifesté une quelconque velléité à ce sujet. J'en ai discuté à plusieurs reprises depuis le printemps 2015 avec les élus de Paulhan, en Conseil municipal ou en commission, et personne ne m'a jamais manifesté une volonté de s'y opposer. Nulle pétition non plus dans le village ...

Aussi, qu'elle n'a pas été ma surprise le 28 septembre à Péret en assemblée communautaire quand les élus ont soudainement manifesté une franche hostilité envers le SCH et une opposition totale à la fermeture de la déchetterie de Paulhan (cf article de Midi Libre). Jean-Claude Lacroix et Daniel Viala siègent tous les deux avec moi au SCH, et tous les deux ont voté la fermeture de cette déchetterie. Aussi, de voir Jean-Claude Lacroix proposer le vote d'une motion contre la fermeture de la déchetterie de Paulhan était inouï. Et Claude Valéro tel un diable sortant de sa boîte d'affirmer qu'il n'avait jamais donné son accord et qu'il n'avait jamais été pleinement informé. Et de ne pas comprendre qu'une déchetterie aux normes jusqu'au 31 décembre pourrait ne plus l'être au 1er janvier ... Tout ça à 3 mois de la fermeture de la déchetterie ! Chaque semaine, Claude Valéro rencontre Jean-Claude Lacroix et Daniel Viala en bureau communautaire, ceux-ci siégeant au SCH ; le maire de Paulhan avait alors tout loisir depuis un an et demi de leur faire part de ses interrogations, et de leur demander de s'en faire le relais auprès du Président Michel Saint-Pierre.

Le lendemain, jeudi 29 septembre, j'étais chargé de présenter le rapport du Syndicat Centre Hérault pour l'année 2015 en Conseil municipal à Paulhan. Je n'ai pas évoqué la motion votée la veille en Conseil communautaire, mais le maire Claude Valéro s'en est chargé. Il a réitéré sa ferme intention de s'opposer à cette fermeture avec les mêmes arguments que la veille. Or, au précédent Conseil municipal du 07 juillet, le maire avait conclu la séance sur l'information qu'il allait programmer une réunion publique pour évoquer avec la population la fermeture de la déchetterie. Cette réunion publique ne s'est pas tenue depuis et le maire a désormais opté pour une position d'opposition à la fermeture.

Pour conclure, je fais deux constats. Le premier est qu'il est anormal qu'un maire, qui sait depuis 18 mois que la déchetterie sur sa commune va fermer, se lance dans une opposition frontale à 3 mois de l'échéance ; mais pourquoi n'avoir pas réagi plus tôt ? Je suppute que d'avoir à annoncer à ses administrés qu'en 2017 ils devront subir la fermeture de leur déchetterie et celle du centre de tri postal (dont les effectifs et les moyens sont transférés à Pézenas), ce n'est pas très confortable. Et surtout sans n'avoir rien fait contre ! Car dans le cas du centre de tri postal, je crains que ce soit encore 3 mois avant le départ des facteurs que le maire se lance dans une médiatique mobilisation des habitants et des élus locaux ...

Le second constat porte sur l'inconstance des élus communautaires du Clermontais qui siègent au SCH (4 titulaires et 4 suppléants par intercommunalité). En séance à Péret le 28 septembre, Jean-Claude Lacroix renâclait contre la fermeture de toutes les déchetteries le samedi après-midi (au 1er janvier 2017 elles fermeront à 13h30 après une matinée continue). Or, il est aussi le 1er vice-président du SCH et il a voté pour cette modification horaire en Conseil syndical. Lors du vote du budget communautaire de 2016, il a voté le gel de la participation de notre EPCI au budget du SCH, mais en Conseil syndical il a voté l'augmentation de 8% des participations des trois communautés de communes. Je sais, ce n'est pas la girouette qui tourne mais le vent ; alors que les vents sont changeants sur le Clermontais !

Dans son « Contrat social », Jean-Jacques Rousseau développe une conception volontariste de l’intérêt général qui ne se limite ni à une juxtaposition, ni a une addition, ni à une moyenne d’intérêts particuliers ; il les transcende. Pour nous élus qui siégeons dans ces instances intercommunales que sont les syndicats mixtes, nous devons nécessairement occulter les intérêts particuliers de nos clochers. Le SCH avait le choix entre fermer la déchetterie d'Aspiran ou celle de Paulhan (distantes de 3 km), et j'ai estimé que celle d'Aspiran offrait les meilleures dispositions en terme d'accessibilité par la route, en capacité d'extension foncière et bénéficiant des équipements complémentaires (plateforme de compostage, apport d'inertes, gros volumes, ...).

Aspiran_Paulhan_GoogleMap_Relief.jpg

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