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02/08/2016

Environnement et santé, la relation dangereuse que personne ne veut affronter

Le 20 juillet dernier, la loi Biodiversité était définitivement adoptée par l'Assemblée nationale, mais après un parcours parlementaire de ... 2 ans !!! Quarante ans après la « Loi de protection de la nature », cette nouvelle loi découle du Grenelle de l'environnement (en 2007) et elle était un engagement de campagne du candidat Hollande (en 2012) ; les parlementaires ont trainé des pieds pour l'adopter (cf. calendrier). La secrétaire d’État s'est félicitée de cet aboutissement, elle qui a récemment rejoint le gouvernement par opportunisme, sans réellement être convaincue qu'elle disposera des moyens pour la mettre en œuvre. Déjà, la loi a laissé quelques plumes en passant au Sénat, comme les dérogations accordées jusqu'en 2020 pour l'utilisation des néonicotinoïdes, mais aussi l'abandon d'une taxe spécifique à l'huile de palme (aussi préjudiciable aux écosystèmes locaux qu'à la santé humaine). Cette loi de 174 articles (cf. texte au format PDF) nécessitera une batterie de décrets d'application, et ses dispositions ne seront donc pas mises en œuvre avant au moins encore 6 mois. L'élection présidentielle d'avril/mai 2017 incitera peut-être le candidat Hollande à un peu de zèle écologique ... L'autre obstacle que rencontrera cette loi, c'est celui des moyens financiers dont elle bénéficiera. Ainsi, chacun se félicite de la création d'une agence française de la biodiversité (AFB) au 1er janvier 2017. Cet établissement public à caractère administratif regroupera les quelque 1 200 agents de quatre organismes existants : l'Office national de l'eau et des milieux aquatiques (Onema), l'atelier technique des espaces naturels, l'agence des aires marines protégées et les parcs nationaux. Déjà, le Sénat a refusé d'y incorporer l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), les chasseurs se jugeant légitimes pour gérer la biodiversité. C'est le projet de loi de finance pour 2017 (PLF2017) qui nous dira si la loi de Barbara Pompilli constituera une avancée significative pour la biodiversité ou s'il ne s'agissait que d'une pirouette politique. Le financement de l'AFB servira d'indicateur, car depuis quelques années le budget du ministère de l'environnement baisse régulièrement. Et puis il y a des dispositions comme les recettes de la part départementale de la taxe d’aménagement destinée à financer les espaces naturels sensibles (ENS), mentionnée à l’article L. 331-3 du code de l’urbanisme, et sur les dépenses auxquelles celle-ci a été affectée depuis sa création (art. 18).

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Car malheureusement, les gouvernements successifs mettent bien peu d'entrain pour agir en matière d'écologie ... J'en veux pour preuve le plan Ecophyto 2018. Suite au Grenelle de l'environnement, ce plan Ecophyto prévoyait de diviser par deux l'utilisation de produits phytosanitaires en 10 ans (entre 2008 et 2018). Et au vu des chiffres de l'année 2014, le ministre de l'agriculture Stéphane Le Foll a fait adopter un nouveau plan Ecophyto 2, qui doit lui aussi réduire de 50% l'utilisation de produits phytosanitaires d'ici 2025. Le ministre s'est-il doté de nouveaux outils ou de nouveaux moyens pour réussir ? Non, il suffit juste de dire qu'on peut le faire ... un peu comme pour la réduction de part du nucléaire dans la production d'électricité.

J'ai repris quelques graphiques de la note de suivi 2014 du Plan Ecophyto 2018 publié par le ministère de l'agriculture (cf. note en version PDF) :

NODU_Agricole_Annuel.jpg

Le NODU (nombre de doses unités) est le total des nombres de doses appliquées pour l’ensemble des substances actives. Le nombre de doses unités de substance active appliquées sur un hectare est obtenu en divisant le NODU par la surface cultivée de l’année.

NODU_Agricole_triennal.jpg

La moyenne triennale permet de lisser les aléas climatiques qui peuvent rendre une courbe annuelle chaotique. Là, même en moyenne triennale, la baisse de 50% en 10 ans n'est plus qu'un souvenir ...

QSA_Annuel_Agricole.jpg

La biodiversité de la flore et de la faune, le recours à la chimie pour améliorer le rendement des terres agricoles, voilà deux exemples désespérants de la tartufferie de nos dirigeants. La loi d'avenir pour la l'agriculture, l'alimentation et la forêt que le ministre Le Foll a présenté et fait voter en 2014 devait promouvoir l'agro-écologie, mais outre qu'elle manquait d'ambition, elle se heurte une fois de plus à un calendrier de publication des décrets d'application qui est désespérant (cf. contrôle de l'application de la loi). Entre l'appauvrissement de nos écosystèmes naturels et la pollution croissante de notre environnement (air, eau et sols), c'est notre santé qui est mise en danger. Il y a de plus en plus de mortalité liée aux pollutions, mais il y a aussi une recrudescence de pathologies de longue durée qui altèrent notre santé. C'est ainsi que la durée de vie en bonne santé ne cesse de régresser, alors que la durée de vie augmente ; on vit plus vieux, mais avec plus tôt des problèmes respiratoires, sanguins, neurologiques, cardiaques, etc.

Et comme notre société est de plus en plus individualiste et court-termiste, se projeter collectivement 30 à 40 ans plus loin est un exercice bien trop anxiogène. Mais il y a la chimie qui nous détériore et il y a aussi la chimie qui nous soigne, merci qui ?

Commentaires

Ce sont des combats que mène avec beaucoup de ferveur le député de l'Hérault Jean-Louis Roumégas ; il intervient à l'Assemblée comme lors de rencontres de terrain sur les questions qui lient la santé et l'environnement : http://roumegas.fr/

Écrit par : Laurent Dupont | 03/08/2016

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