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18/07/2016

Repenser la place d'une France du mieux-vivre ensemble dans un monde en ébullition

A Nice le 14 juillet, le drame provoqué par un individu motivé par une haine radicale de notre société a mis en évidence l'incompétence d'une classe politique qui s'installe dans la surenchère verbale. Depuis janvier 2015, les partis politiques, dits de gouvernement, ne savent répondre que par l'incantation face aux attentats qui meurtrissent le pays. Les parlementaires ont voté des lois sur le renseignement et contre le terrorisme, ils se sont écharpés sur la déchéance de nationalité, mais tout ce tapage politicien ne répond pas au problème qui terrorise les Français. Le Président de la République et ses ministres veulent nous installer durablement dans ce climat de terreur, de guerre contre le terrorisme, mais en sachant bien que des meurtres et que des massacres tels que ceux que nous subissons depuis 18 mois ne pourront jamais être empêchés si nous ne changeons pas radicalement de contexte. Quant aux médias, ils soufflent sur les braises, sans eux non plus chercher des explications plus rassurantes pour l'avenir ...

Nous sommes confrontés à une situation où la violence, individuelle et collective est de plus en plus courante, et où une cause terroriste rencontre un écho de plus en plus favorable auprès de quelques-uns de nos concitoyens. Je regrette que ministres, parlementaires et politiques de haut-rang ne sachent pas sortir des appels toujours plus sécuritaires, toujours plus anxiogènes, pour au contraire faire un peu plus de pédagogie et mener des politiques économiques, sociales et internationales qui donnent du sens aux engagements de la France. La ville de Nice compte plus d'un millier de caméras de vidéo-surveillance, sa police municipale est armée et le feu d'artifice du 14 juillet se déroulait sous la protection des forces de l'ordre et des militaires de l'opération Sentinelle, mais cela n'a pas empêché un individu de préméditer ce massacre. Au lendemain des attentats de janvier 2015, Christian Estrosi affirmait de façon péremptoire : « Je suis à peu près convaincu que si Paris avait été équipé du même réseau que le nôtre, les frères Kouachi n’auraient pas passé trois carrefours sans être neutralisés et interpellés ». Voilà le genre d'analyse que porte un député, ancien maire de Nice et actuel Président de la Région PACA. Indécent !

La violence est la manifestation d'un évènement intense, brutal et parfois destructeur, mais je ne parle pas ici de la mer, du vent ou d'un volcan, mais bien de la violence qui émane des hommes. Notre éducation et notre culture qui se sont enrichies au fil des siècles devraient nous rendre individuellement moins violents, or les faits sont têtus. Je n'aborde pas ici les violences collectives (guerres, émeutes, hooliganisme, gangs, ...), tout aussi condamnables, mais qui reposent sur des motifs dépassant l'entendement individuel. Non, ce qui interroge, c'est le mécanisme qui fait passer une personne d'un cadre social "normal" à un dessein mortifère. Les suicides et autres drames familiaux traduisent déjà cette violence ultime infligée à soi-même ou à des proches, mais ils sont malheureusement devenus des faits divers qui ne suscitent plus d'émoi collectif, et encore moins de mesures pour les empêcher. Des policiers, des agriculteurs et en réalité toutes les professions et toutes les classes sociales sont touchées par cette lutte pour une existence sociale digne et viable. L'exemple de cette jeune maman de 31 ans qui a mis fin à ses jours début juillet à Armentières devrait être exceptionnel, mais il se banalise  (cf. article de la Voix du Nord). Se loger, manger, se vêtir, se soigner et éduquer ses enfants devraient être des droits humains garantis par l’État ; nous constatons au contraire un creusement des inégalités qui engendre de la marginalisation, qui produit des souffrances et qui fragilise irrémédiablement des individus. Et la religion s'ajoute à cette réalité, souvent en positif et parfois en négatif.

Mais ces violences individuelles que l'on qualifie d'attentats islamistes témoignent surtout d'une volonté de les accompagner d'un message politique. Trois militaires en faction devant un centre communautaire juif ont été agressés au couteau à Nice en février 2015 par quelqu'un qui avait la haine de la France, de la police, des militaires et des Juifs. En avril 2015, un militaire français est attaqué et blessé à l'aéroport d'Orly. En juin 2015, un chef d'entreprise est décapité par un employé radicalisé à Saint-Quentin-Fallavier, ce dernier se suicidant dans sa cellule six mois plus tard. Le 7 janvier 2016, des policiers en faction devant leur commissariat de Barbès sont agressés à l'arme blanche par un islamiste marocain qu'ils tuent. Le 11 janvier à Marseille, c'est un enseignant juif qui est agressé à l'arme blanche par un adolescent récemment radicalisé. Le 13 juin 2016 à Magnanville, ce sont deux policiers qui sont tués à l'arme blanche à leur domicile par un jeune de 25 ans. Dans tous ces cas, la revendication djihadiste est fortement clamée par leur auteur, dans un acte suicidaire médiatisé sous le macabre label "État islamique". Et nul besoin d'une formation militaire en Syrie pour commettre de tels actes, la fréquentation de certains réseaux sociaux ou de prédicateurs salafistes suffit à corrompre les esprits.

Le 14 juillet, Paul Rogers, le "Alain Bauer britannique", publiait un rapport intitulé "Guerre asymétrique: daech et les nouvelles menaces des marges". Sa thèse est que le terrorisme commis ces 15 dernières années par des groupes dits islamistes extrémistes, n’est au fait que l’expression apparente d’un malaise mondial beaucoup plus profond et qui ne manquerait pas d’embraser le monde, à l’avenir, si rien de crédible, n’est fait pour le solutionner. Selon lui, les causes socio-économiques qui alimentent les conflits terroristes croissent beaucoup plus vite que le nombre de ces mouvements. C'est aussi ce schéma que décrivent deux chercheurs français, Olivier Roy et Alain Bertho. Pour Olivier Roy, le djihadisme salafiste n'est pas la conséquence d'une "radicalisation de l’islam", mais d'une "islamisation de la radicalité", dans un contexte où l'islam est devenu l'une des dernières offres politiques disponibles "sur le marché de la révolte radicale". Pour Alain Batho "la réussite d’une telle offre politique, celle de l’État islamique, tient au fait que, pour des gens déstabilisés, elle donne du sens au monde et à la vie qu’ils peuvent y mener. Elle leur donne même une mission".

Évidemment, tous ceux qui souffrent ne traduisent pas leurs angoisses en gestes qui attentent à la vie de soi ou d'autrui, mais les mouvements terroristes trouvent parmi ces personnes des sujets plus réceptifs à la radicalisation. Vu sous cet angle-là, le problème du terrorisme en France n'a pas de solution à court terme, et ce que nous apprenons sur l'auteur de l'attentat de Nice le 14 juillet n'est pas pour nous rassurer. Mais nous avons une culture républicaine qui devrait, si elle n'était pas si dévoyée, promouvoir une société plus fraternelle, plus solidaire, plus éclairée et dont les institutions sont les garantes.

Néanmoins, il y a autant de gens qui sont marginalisés socialement en France qu'en Espagne, qu'en Grèce ou qu'en Argentine, alors pourquoi le terrorisme semble s'être décidé à frapper principalement notre pays ? Là, c'est la politique étrangère de la France qui est en cause, et nous sommes-là sur la même position que les USA, qui est une puissance mondiale régulièrement touchée par le terrorisme islamiste (des Twin Towers à New-York en 2001 jusqu'au massacre d'Orlando il y a un mois avec cinquante morts et autant de blessés). La France est aussi une puissance mondiale qui veut compter, et qui compte sur la scène internationale ; nos interventions en Afrique et au Proche-Orient sont d'ampleur et elles modifient significativement la géopolitique des États concernés ; il n'est donc pas anormal que nous soyons en retour la cible des groupes qui les subissent. Par ailleurs, l'idéologie salafiste est incompatible avec les valeurs de notre République, valeurs que nous portons universellement à travers le Monde ; la France est donc une cible évidente, et la date du 14 juillet à l'issue du traditionnel feu d'artifice n'est pas un hasard.

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La France doit totalement repenser son rapport au monde, car oui c'est là l'une des clés majeures pour avancer dans ce 21ème siècle. Devrons-nous vivre dans notre pays comme les israéliens sur leur sol, avec un niveau de sécurité intérieure maximum et permanent ? Que les candidats à l'élection présidentielle nous présentent les orientations possibles, et le peuple décidera quel chemin emprunter. Lorsque la Pakistanaise Malala, prix Nobel de la paix à 17 ans et rescapée des talibans, a rencontré Barack Obama, elle lui a dit une chose : « arrêtez de combattre le terrorisme par la guerre et faites-le par l’éducation et l’instruction ». La France a longtemps rayonné à l'international par sa culture, avec des lycées français et des centres culturels dans de très nombreux pays de la planète, exportant ses auteurs, ses artistes, ses philosophes et ses œuvres cinématographiques. Il n'est pas possible aujourd'hui de ne plus exporter que des missiles, des rafales et des frégates :=(

Donc voilà les deux axes sur lesquels à mon sens nos gouvernants devraient agir pour que notre pays ne soit plus le théâtre de tels drames, le mieux vivre ensemble en France et une politique étrangère qui s'en donne les moyens. Évidemment, cela s'inscrit dans le long terme, et le message que clame Manuel Valls depuis l'hiver 2015 n'est pas acceptable ; non, nous ne devons pas nous habituer à vivre sous la terreur d'attentats revendiqués ou inspirés par l’État islamique ! Nous attendons du gouvernement de la France des messages plus mobilisateurs et plus positifs qui précisent le chemin pour sortir de cet état d'urgence permanent et retrouver une vie quotidienne plus apaisée. Winston Churchill disait : « là où se trouve une volonté existe un chemin », mais en dehors des coups de menton et des joutes politiciennes qui vont se multiplier à l'approche de l'élection présidentielle, quels hommes ou femmes d’État expriment une volonté précise de transformer la France autrement qu'en s'alignant sur la mondialisation homogène des échanges et des comportements ? Notre histoire nous invite à d'autres alternatives !

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