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07/07/2016

Paulhan a désormais son shérif !

C'est grâce à l’œil vigilant d'une conseillère municipale que nous avons découvert ce soir au Conseil municipal de Paulhan que le maire Claude Valéro avait doté la police municipale d'armes létales, je veux dire par là de flingues, d'armes de poing qui tirent des balles ! L'information était glissée dans le tableau des  "décisions de monsieur le Maire", celles pour lesquelles notre assemblée lui permet de se passer d'un vote du Conseil municipal. Et on trouve dans le tableau : "Achat d'armes" pour 1349,79 € TTC ainsi que "Coffre fort armes Police Municipale" pour 499 € TTC.

Et pour justifier ces achats, Monsieur le Maire a évoqué la convention qu'il avait signée avec le Préfet de l'Hérault le 05 décembre 2014. Déjà à l'époque cette "convention communale de coordination de la police municipale de Paulhan & de la communauté de brigades de Clermont l'Hérault pour la période 2014-2017" avait elle aussi fait l'objet d'une simple "décision de Monsieur le Maire", dévoilée discrètement en début de Conseil municipal.

Dans un village paisible comme Paulhan, où l'ordre du jour du Conseil municipal s'attache longuement aux équipements du parcours santé, à la mise à disposition d'un agent de la communauté de communes pour les animations sportives de l'été ou encore au montant des compensations payées par les communes voisines dont les enfants sont scolarisés à Paulhan, l'armement des policiers municipaux ne soulève pas la moindre question. Et il semble donc que je sois le seul à y trouver matière à débattre ... Oui, selon ma voisine l'armement des policiers est dans l'air du temps. Ce serait donc une mode qui s'impose à tous. Circulez, y'a rien à voir !

rantaplan_sherif.png

Mais je l'ai déjà longuement expliqué sur mon blog, n'est-ce pas à la police nationale et à la gendarmerie d'assurer les missions républicaines de sécurité publique ? Ne payons-nous pas des impôts pour ça ? Et n'est-ce pas ce principe républicain d'égalité qui fait que notre sécurité est assurée de la même façon en tous les points de France ?

Une police municipale armée, ça pose des questions de sécurité publique, car on passe à un autre niveau de confrontation avec des délinquants. Cela pose aussi des questions sociales, car un policier municipal armé véhicule une image plus agressive et plus sécuritaire dans un cadre où la proximité avec les habitants nécessite de l'échange et de la disponibilité. Prenons l'exemple de la Grande-Bretagne, l'un des derniers pays où les patrouilles de rue ne sont pas armées. La population est fière de cette particularité et même du côté de la police, seulement un quart des agents voudraient porter une arme. Et tout touriste ayant visité Londres aura sans doute été émerveillé par la gentillesse des “Bobbies”.

La violence d’État, la violence légitime de la force publique se banalise. Nous constatons tous depuis quelques années comment les mouvements sociaux sont réprimés dans la violence, car l'ordre public semble être désormais le principe fondateur du lien social. J'ai par exemple été sidéré qu'un procureur ait requis 5 ans de prison ferme pour une jeune étudiante communiste qui occupait pacifiquement la mairie d'Amiens le 26 avril 2016, et dont le crime était d'avoir jeté un micro sur un CRS qui matraquait violemment un manifestant. L’État criminalise le droit de manifester, et des exemples comme celui-ci sont légion.

L'histoire ne manque pas d'exemples où des États sont ainsi passés d'une vie démocratique paisible à une autocratie qui excite les aspirations primaires de l'être humain. La politique du bouc-émissaire, l'exutoire social et le repli sur des valeurs identitaires, voilà quelques chemins qu'exploite la peste brune.

En tous cas, quand vous vous promènerez dorénavant dans les rues de Paulhan, n'ayez pas de geste équivoque, éviter certains endroits et certains horaires, souriez aux caméras et rêvez que vous traversez Times Square. A Paulhan, rien ne justifie que la police porte une arme, mais je ne peux pas m'empêcher de penser à ce jeune gamin de 12 ans, Tamir Rice, abattu en novembre 2014 dans l'Ohio par un policier ; le gamin s'amusait avec un jouet en forme de pistolet, et il a pris deux balles dans l'abdomen sans aucune sommation.

Tamir_Rice.jpg

En France, le port d'une arme n'est pas dans notre culture et la sécurité est une mission régalienne de l’État. On voit d'ailleurs aux USA comment la banalisation du port d'arme conduit à des tueries effroyables, dans un pays où l'individualisme est un dogme. Or, le Parlement vient d'autoriser les policiers, les gendarmes et les douaniers à continuer de porter leur arme de service en dehors de leurs horaires de travail. Ces armes vont bientôt faire partie de notre paysage, et ce sera l'escalade car chacun voudra en être protégé.

Bon, ce week-end je vais à Notre-Dame-des-Landes, cette zone de non-droit où l'insécurité n'est vraiment pas un souci sur le site.

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