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24/05/2016

La démocratie collaborative, type Nuit Debout, ne serait l'apanage que des métropoles ?

C'est ce soir au lycée Joseph Vallot à Lodève que se tenaient les États généraux du rail et de l’intermodalité. Les cinq élus régionaux présents (Monique Bultel-Herment, André Moréno, Hussein Bourgi, Marie Meunier et Danièle Azémar) étaient là pour écouter notre territoire. Mais le territoire n'était pas là ...

Si on décompte des présents les élus et les fonctionnaires de la Région, la proviseur du lycée, le représentant de la SNCF et les participants venus de Bédarieux, nous ne devions pas être plus d'une vingtaine à pouvoir se faire les porte-parole des habitants du Cœur d'Hérault. Et puis surtout, c'est l'absence des élus locaux qui était le plus décevant. En dehors de Marie-Christine Bousquet et de quelques élus de Lodève, je n'ai reconnu aucun maire, aucun président ou aucun(e) vice-président(e) d'intercommunalité ou de syndicat mixte du Cœur d'Hérault. Alors que nous élaborons à l'échelle du Cœur d'Hérault un schéma de mobilité, un plan climat énergie-territoire (PCET) ou encore un schéma de cohérence territoriale (SCoT), et donc que les transports sont un enjeu évident d'aménagement et de développement d'un territoire, la défection des élus à ce type de rencontre n'est pas un très bon signe ... Et d'abord pour les élus régionaux et pour la Région qui ne paraissent pas être les interlocuteurs attendus :=(

Néanmoins, cette réunion a été riche d'interventions de fond sur le désenclavement du Lodévois et du Cœur d'Hérault, sur l'affection de l'argent public à des gares et à des lignes nouvelles plutôt qu'aux transports de tous les jours, sur ce qui existait il y a 18 ans et qui paraît aujourd'hui hors de prix, sur la fragilité de notre société vis à vis de la voiture (et du carburant), sur la politique de la SNCF qui est de moins en moins un service public ou encore sur l'indéniable rôle économique des transports en commun (en plus du rôle social et de son intérêt environnemental).

Ce que j'ai évoqué ce soir, c'est d'abord comment cette tension actuelle sur l'accès aux carburants démontre que c'est toujours les plus fragiles et les plus démunis qui en pâtissent. Et puis il ne faut pas partir avec un à priori négatif sur les coûts d'investissement ; il y a un siècle, et avec des moyens techniques et financiers bien plus modestes, les anciens avaient construit ces lignes d'intérêt local avec tous leurs ouvrages d'art, lignes dont la réouverture est désormais jugée impossible ... En même temps, la Région s'apprête à investir sur l'axe littoral, autant avec ces gares nouvelles excentrées (NÎmes-Manduel, Montpellier-Mogère, Béziers-A75, ...) qu'avec la LGV, et cela va accroître la fracture sociale et territoriale. Or, le scrutin de dimanche en Autriche nous indique comment les populations des territoires ruraux abandonnés transforment leur mécontentement socio-économique en vote de contestation. L'essor du rail en Cœur d'Hérault avait été porté par des besoins économiques (mine d'uranium à Lodève, raison de table dans le Clermontais, mine de basalte à Lézignan-la-Cèbe, mine de bauxite à Villeveyrac, ...), et le trafic voyageur en a profité. Aussi, il  serait utile aujourd'hui d'associer les entreprises qui veulent investir sur le Cœur d'Hérault, qu'elles fassent du rail un axe de développement. Et au moment où la Région va produire son SRADET et que le Cœur d'Hérault élabore son SCoT, il serait opportun que ces collectivités collaborent plus étroitement.

Rail_LR.jpg

Peu de participants et peu de corps intermédiaires, mais des échanges intelligents, voilà le sentiment que j'avais en quittant cette réunion des EGRI à Lodève. Il manque sur nos territoires ruraux des lieux de rencontre "rituels", un peu comme la place de la République à Paris pour Nuit Debout, mais aussi comme les cafés ou comme les places de l'église dans nos villages il y a quelques décennies encore. Et en même temps que le lieu, c'est aussi le temps qui fait défaut pour des citoyens qui courent toujours de plus en plus (et qui courent à leur perte comme le disait Raymond Devos). Et ni une page Facebook ni une rencontre sur Skype ne peut remplacer une réunion physique, une forme d'agora tout aussi conviviale sur la forme que prolixe sur le fond. Il faut réinvestir le cœur de nos villages pour qu'ils revivent, pour qu'ils favorisent les liens sociaux et pour qu'ils soient ces lieux de confrontation d'idées et de projets.

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