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14/05/2016

Salagou, quelle gouvernance pour un aménagement durable ?

C'était il y a quelques semaines en Conseil communautaire que Jean Costes, le maire de Salasc, exposait les contraintes que lui imposait le Salagou pour le fonctionnement et pour le développement de sa commune. Et dans la foulée il demandait que Salasc quitte le syndicat mixte de gestion du Salagou (SMGS).

Là aussi, il faut savoir prendre un peu de recul et ne pas être happé par des difficultés quotidiennes, car c'est souvent de l'intelligence collective que peuvent venir les solutions. Manquerions-nous d'intelligence ?

Un premier élément que je peux verser au dossier, c'est que les contraintes qu'impose le classement du Salagou n'empêchent pas les communes du périmètre de croître. Les données démographiques de l'INSEE indiquent que la population de Salasc a augmenté de 24,2% entre 2008 et 2013. Pendant cette même période de 5 ans, les populations des communes riveraines du lac ont augmenté elles aussi : +16,9% à Liausson et +10,6% à Octon. Mais ce sont des communes dont les chiffres de population sont faibles, et quand Lavalette passe de 50 à 62 habitants cela donne une augmentation de +22%. Mais les édiles et les habitants de ces communes du Salagou critiquent surtout les blocages sur la vie au quotidien, car l'arrêté de classement du site ne permet pas de faire ce que l'on veut, surtout quand ça impacte le paysage ou l'architecture des bâtiments.

Mais il est important de refaire un peu d'histoire. Le lac du Salagou, lac artificiel destiné à l'irrigation agricole, a été mis en eau en 1968 et il atteignait sa cote de 139 mètres d'altitude en quelques mois. Mais sa vocation agricole n'a jamais été sollicitée (ce qui arrive souvent de certains projets quand ils sont élaborés dans un bureau d'études plutôt que par les acteurs locaux eux-mêmes), et il est devenu au fil du temps un site très touristique. Et c'est pour que ce lac ne devienne pas un objet de spéculation immobilière et que n'y fleurissent pas des projets où le retour sur investissement prend le pas sur l'environnement que Marcel Vidal, alors maire de Clermont l'Hérault et sénateur de l'Hérault a tout fait pour que le Salagou soit classé. Ce territoire autour du Salagou revêt en effet un caractère environnemental significatif et il recoupe le périmètre d'une zone de protection spéciale (ZPS) du réseau Natura 2000. Les premières démarches étaient engagées en 1996, et les 9000 hectares autour du lac du Salagou (comprenant le site déjà classé du cirque de Morèze) sont classés en 2003 au titre de la loi « paysage » du 2 mai 1930 ; Dominique Voynet, ministre de l'écologie jusqu'en 2001 a fortement contribué à l'avancement du dossier auprès des divers services de l’État. Cf. décret de classement.

perimetre_classe.jpg

Mais le classement est une opération protectrice qui engendre de nombreuses contraintes (cf. Charte architecturale et paysagère). Elles concernent les communes suivantes : Le Bosc, Le Puech et Celles (sur la communauté de communes du Lodévois-Larzac), Octon, Clermont l'Hérault, Lacoste, Liausson, Mérifons, Mourèze, Salasc et Valmascle (sur la communauté de communes du Clermontais), Brenas, Carlencas et Levas, Pézenes les Mines (sur la communauté de communes du Grand Orb). Et aucune de ces 14 communes ne peut décider d'en sortir.

Pour gérer ce site classé de la vallée du Salagou et du cirque de Mourèze, une structure publique a été constituée en 2006 ; le Syndicat mixte de gestion du lac du Salagou (SMGS) a remplacé le syndicat intercommunal d'aménagement touristique du Salagou (SIATS) pour la mise en œuvre du plan de gestion du Salagou. Ce plan de gestion établit pour la période 2009-2012 était organisé sur trois axes : 1. Gérer la fréquentation du site (accès, stationnement, déplacements et accueil) - 2. Restaurer et préserver la qualité des paysages - 3. Accompagner le développement local. D'un point de vue économique, c'est le tourisme qui est alors l'enjeu majeur, et il exploite autant le patrimoine naturel, le patrimoine bâti, la faune sauvage et même les activités agro-pastorales.

En 2010, les élus décident de passer à la vitesse supérieure en se lançant dans une Opération Grand Site (OGS). Cette démarche proposée par l’État aux collectivités territoriales leur apporte une méthodologie éprouvée (phase d'études, élaboration d'un projet, programme d'actions et phase de mise en œuvre). Pour le Salagou et le cirque de Mourèze, le SMGS a revisité les axes du plan de gestion pour approfondir les trois enjeux suivants : 1. Préserver les paysages et la biodiversité (mais avec un focus sur les parkings qui obère assez le volet environnemental) - 2. Favoriser la mobilité pour la découverte des patrimoines (circuits, transports doux, randonnées) - 3. Favoriser un développement économique durable générateur de retombées économiques (activités agricoles et un positionnement touristique différenciateur et fédérateur).

Label.GSDF.pngLe label Grand Site de France est une marque de reconnaissance envers une collectivité dont la gestion est conforme aux principes du développement durable, conciliant préservation du paysage et de "l'esprit des lieux", qualité de l'accueil du public, participation des habitants et des partenaires à la vie d'un Grand Site. Pour la collectivité impliquée, le label apporte de la visibilité touristique, mais il est d'abord un cadre méthodologique pour inscrire dans la durée une démarche plutôt militante de protection d'un territoire remarquable. D'ailleurs, le périmètre du Grand Site peut comprendre des communes non comprises dans le périmètre de classement du site en 2003. Et c'est ainsi qu'en Conseil syndical j'ai eu connaissance des demandes des communes de Cabrières et de Villeneuvette de rejoindre l'Opération Grand Site.

Cependant, ce cadre réglementaire qui accompagne la gestion du Salagou et du cirque de Mourèze est vécu comme un carcan. J'ai siégé pendant 6 ans au Syndicat mixte de gestion du Salagou (SMGS), et c'est vrai que nous y traitions plus souvent des affaires courantes (aires de stationnement pour les camping-cars, patrouille équestre, propreté des abords du lac, mission d'architecte conseil, ...) que des enjeux de développement. Et l'Opération Grand Site était élaborée par les agents du SMGS, aidés de partenaires externes, mais les élus y étaient trop peu impliqués. Par ailleurs, le budget du SMGS est presque totalement absorbé par ses charges de fonctionnement. Ses recettes proviennent principalement du Conseil départemental ainsi que des trois communautés de communes qui le composent, et pour un total de 290.720 € en 2016. En dépenses, 211.335 € sont consacrées en 2016 aux charges de personnel (salaires, patrouille équestre, cotisations, ...) et 76.165 € pour des charges à caractère général (loyer, fournitures, ...). Que reste-t-il pour le programme OGS 2015-2020 ?

Mais la principale difficulté que rencontre les élus des communes riveraines du lac est l'impossibilité de porter tout projet local. Jean Coste a cité dans l'édition du 5 mars 2016 de Midi Libre un projet de poney club qui sera recalé « sous le joug des contraintes et sans le soutien du syndicat ». Je constate aussi que la plage de Clermont l'Hérault semble figée dans le temps ... Et sans tomber dans l'excès des plages de notre littoral méditerranéen, il devrait être possible de rendre le séjour des plagistes plus agréable.

Et cette difficulté de l'aménagement local est liée à la multiplicité des acteurs publics : les services de l’État qui font respecter les obligations du classement du site (DREAL, DDTM34, DRAC, STAP), le Département qui est propriétaire du lac et qui intervient sur le site, les communauté de communes qui sont compétentes pour la promotion touristique (via leurs offices de tourisme), chacune des communes du périmètre classé pouvant avoir des projets locaux et le syndicat mixte de gestion du Salagou qui assure la coordination des opérations décidées par les élus locaux. La gouvernance d'un espace public tel que celui de la vallée du Salagou, du cirque de Mourèze et des sites voisins remarquables (Pic du Vissou sur la commune de Cabrières, manufacture royale sur la commune de Villeneuvette) sera la principale clé pour qu'un aménagement ambitieux sur le plan touristique et rigoureux sur le plan environnemental puisse être mis en œuvre. Selon moi, c'est la Communauté de communes du Clermontais qui devrait être le moteur d'une telle gouvernance car la quasi-totalité des communes riveraines du Salagou (à l'exception de Celles) sont membres du Clermontais. Le fait que le Grand Site de St-Guilhem-le-désert se situe et soit géré par la Communauté de communes de la Vallée de l'Héraut est évidemment un atout qui devrait nous inspirer. Évidemment, on ne peut pas changer la géographie du site, mais le Clermontais pourrait conventionner avec le Département et avec ses communautés voisines du Grand Orb et du Lodévois-Larzac pour piloter l'OGS.

Aussi, je me désole qu'en matière économique, touristique, agricole, sociale et environnementale nos EPCI ruraux demeurent si frileux. L'esprit de coopération intercommunale y contribue, car les élus intercommunaux sont d'abord des élus communaux, légitimes auprès des électeurs de leur commune, et qui n'ont donc pas par essence d'orientation à l'échelle intercommunale. Et peut-être y viendrons-nous quand les conseillers communautaires seront élus au suffrage universel direct ;-)

Commentaires

Le lac se comble petit à petit,les plantes aquatiques s'y développent chaque année un peu plus,l'eau se charge de divers sédiments et autres déchets, la nature reprend sa place.....

Écrit par : skreo | 16/05/2016

Entre 1968 et 2003, le Salagou a connu un développement touristique effréné. A partir de 2003, le site et ses 14 communes sont classés au titre de la loi paysage avec un plan de gestion à la clé ; le SIATS ne semble pas satisfaire aux exigences de ce plan de gestion puisque le SMGS est créé en 2006. Un nouveau plan de gestion est adopté pour la période 2009-2012, et puis plouf, on passe à l'opération Grand Site avec un changement des statuts fin 2015. Le syndicat mixte de gestion du Salagou (SMGS) devient au passage syndicat mixte du Grand Site Salagou - Cirque de Mourèze, et en passant les communes de Cabrières et de Villeneuvette rejoignent l'Opération Grand Site. Et quid de l'OCAGER et du DOCOB de Natura 2000 ? Quelle évaluation a été faite de ces plans de gestion successifs ? Un bilan environnemental existe-t-il ? Avant de passer à l'OGS, il aurait été préférable de finir ce qui avait été commencé ...

Écrit par : Jonathan | 17/05/2016

Et c'est pour supprimer une couche du millefeuilles que je propose que la CC du Clermontais reprenne à sa charge le plan de gestion et [peut-être] l'OGS. Il faut supprimer ce synd. mixte et que le Département comme les deux autres CC participent financièrement via des conventions. Mais le Département préfère siéger dans un syndicat mixte qu'il finance à 55% plutôt que de financer des projets qu'il ne maîtrise pas. Et c'est vrai que les fonctionnaires du Département qui interviennent à côté des agents du Synd. mixte apportent un niveau d'expertise qui n'existe pas encore sur le Clermontais ...

Écrit par : Laurent Dupont | 17/05/2016

Sans vouloir jouer les troubles- fêtes
je vous informe que le conseil municipal de St Guilhem a voté à l'unanimité la sortie de la Commune du Gand site de St Guilhem.La Communauté de Communes de la Vallée de l'Hérault se comportant odieusement avec St Guilhem il 'plus possible de continue d'évoluer dans une structure très rigide et sans appel.Avec un office de tourisme qui cultive le favortitisme le clientélisme et le grand site de St Guilhem dont la gouvernance du village est malheureusement pas représentée par les élus de St Guilhem.Résultat on s'en va.Nous sommes pas écoutés.Que notre expérience puisse servir aux autres malheureux de la dite Démocratie locale.Cordialement.
Hubert BORG Adjoint au Maire de St Guilhem-le-Désert
CF article presse
http://www.lagglorieuse.info/article_tourisme-coup-de-tonnerre-saint-guilhem-sort-du-grand-site.html

Écrit par : Hubert BORG | 19/05/2016

Je découvre dans Midi Libre cette annonce faite par le président Jean-Claude Lacroix en marge de la fête de la nature sur le Salagou, à savoir qu'il propose que la CCC prenne la compétence "Nature" afin de pouvoir "démocratiser et coordonner l'ensemble des acteurs présents, comme la base nautique et le camping, de façon à élever le niveau tout en respectant les prix. Nous en avons fait la démonstration avec la culture, nous pouvons le faire avec la pleine nature".

La démarche est intéressante et elle fait écho à mon billet sur le blog, reste à voir ses modalités et à étudier l'avenir du Syndicat mixte du Salagou ...

Cf. http://www.midilibre.fr/2016/05/25/clermont-l-herault-l-intercommunalite-s-interesse-a-la-competence-nature,1337766.php

Écrit par : Laurent Dupont | 25/05/2016

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