Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

13/05/2016

Commémorons l'Europe le 29 mai, mais ne restons pas au milieu du gué ...

Le 29 mai prochain est la date qui a été officiellement retenue par l’État pour commémorer le centenaire de la bataille de Verdun. L'élu que je suis a été invité par son maire à la cérémonie au monument aux morts de Paulhan, mais beaucoup de nos compatriotes ont appris l'information au travers de la polémique sur la présence d'un chanteur de rap controversé à Verdun ce jour-là, et où seront présents François Hollande et Angela Merkel. Cette commémoration n'est pas un évènement mémoriel comme d'autres dans l'année, où les valeurs de notre République ont été défendues par nos compatriotes de l'époque, qu'il s'agisse de soldats, de résistants et de civils. Là, nous parlons d'une bataille qui a duré de longs mois, qui a fait des centaines de milliers de morts dans les deux camps et des centaines de milliers de blessés, souvent horriblement mutilés. Et cette guerre de 14-18 n'est pas celle d'une nation qui se défend de l'agression militaire d'une autre nation, mais la responsabilité à l'échelle européenne est largement partagée. Les historiens s'accordent aujourd'hui pour trouver dans l'essor du socialisme une réaction de peur de la bourgeoisie européenne, et de voir s'affronter les prolétaires de tous les pays dans une guerre barbare était là leur réponse à la pensée marxiste qui trouvait alors un écho croissant. La domination coloniale a aussi été un enjeu majeur, autant pour ceux comme la France et l'Angleterre qui s'affrontaient déjà sur le partage de l'Afrique, que pour l'Allemagne qui avait besoin pour son économie fleurissante des ressources naturelles dont l'Europe s'emparait sans complexe dans ses colonies.

Après Jean Jaurès dont il fut proche, Anatole France a lui aussi dénoncé la folie guerrière voulue par le système capitaliste, qu'il résumait par : « On croit mourir pour la patrie ; on meurt pour des industriels ». Quelques dizaines d'années plus tard, un autre écrivain et philosophe français, Paul Valéry, ajoutait « La guerre, un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas ». Ce sont François Mitterand et Helmut Kohl à Douaumont en septembre 1984 qui ont le mieux symbolisé la leçon que nous devions retenir de cette histoire-là. Cette guerre au cœur de l'Europe a fait 10 millions de morts, elle a endeuillé les familles de tous nos pays, et la construction européenne dont tous deux étaient les promoteurs à la fin des années 80 signifiait aussi ce jour-là « plus jamais ça ».

FM_HK_Douaumont.jpg

Le 29 mai 2016, j'aimerai que les commémorations qui auront lieu dans toute la France ne fassent entendre que l'hymne européen, l'Ode à la joie, celle de la Neuvième symphonie de Beethoven [Écouter l'hymne européen]. Il reste néanmoins à l'Europe de ne pas rester qu'un mémorial angélique, l'idéal européen a besoin de plus que de musique.

Les commentaires sont fermés.