Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

25/04/2016

Une nouvelle réponse politique doit s'affirmer, plus collaborative que représentative, plus écologiste que productiviste !

Seulement un électeur sur cinq s'est exprimé dans les urnes ce dimanche dans la 3ème circonscription de Loire-Atlantique pour départager la candidate (PS) Karine Daniel de son concurrent (LR) Matthieu Annereau ! Ce même jour en Autriche, les deux partis politiques de gouvernement (de gauche et de droite) ont été sanctionnés par les électeurs ; avec 40% d'abstention, ces deux formations qui gouvernent le pays depuis l'après-guerre, souvent en coalition gouvernementale et parfois même avec le parti nationaliste autrichien qui s'est ainsi dédiabolisé, ont été évincées du second tour.

Le verdict des citoyens s'exprime de plus en plus par l'abstention (leur bulletin de vote n'a plus de valeur à leurs yeux) et par le rejet des représentants des formations dites de gouvernement. C'est l'échec des politiques menées par ces formations, en alternance, qui alimente cette attitude ; ces formations qui ont trop souvent compensé la vacuité de leurs programmes par une démarche pro-européenne s'avérant catastrophique.

Car il y a une réalité économique dont nos gouvernants ne veulent pas entendre parler, celle d'une croissance économique mythifiée par les 30 glorieuses qui est révolue, et nous sommes contraints de réfléchir à une prospérité sans croissance. Mais une prospérité de quoi ? Une prospérité de la consommation, des nouvelles technologies et des loisirs, ce que j'appelle le toujours plus, ou alors une prospérité sociale avec les thématiques de l'éducation, de la santé, du logement et des savoirs qui elles seraient en croissance ; ce qui serait le toujours mieux. Or, depuis deux siècles, nous connaissons un développement qui conjugue le plus et le mieux en même temps, et il est difficile de déplacer le curseur dans un sens au détriment de l'autre. Des intellectuels comme Bernard Charbonneau, Jacques Ellul ou encore André Gorz avaient déjà anticipé cette issue au cours du 20ème siècle, de même que le Club de Rome dans les années 70 ; nous sommes désormais dos au mur. Et ce ne sont pas la « Belle Alliance Populaire » de Cambadélis ou le « Hé oh la gauche ! » de Le Foll qui feront illusion ...

Aujourd'hui, les citoyens s'expriment autrement qu'avec un bulletin de vote. Ils se mobilisent sur ces fameuses ZAD (zones à défendre) et ils se réunissent au cœur des villes dans le mouvement Nuit Debout, mais il y a plein d'autres mobilisations (générations futures, alternatiba, ...) qui se développent. Or, cette expression sur le terrain ne peut pas rester sans traduction politique, car il nous faut bien voter des lois et des budgets, et donc élire des représentants. Mais des représentants pour nous servir, et non plus pour se servir.

Jean-François Tallio, Alexandre Van der Bellen, Nicolas Hulot           Jean-François Tallio, Alexandre Van der Bellen, Nicolas Hulot

Il y a un point commun aux deux scrutins de ce dimanche, c'est la place du candidat écologiste. Le dimanche 17 avril, le candidat écologiste Jean-François Tallio arrivait en 3ème position, mais il était le seul candidat à augmenter le nombre des suffrages qui se sont portés sur lui ; il est passé de 3 144 voix en 2012 à 3 686 voix le 17 avril, alors que le PS passait de 28 589 à 6 573 voix et que le LR passait de 9 128 à 5 088 voix ; le FN est passé de 4 284 à 2 442 voix. Hier en Autriche, le candidat écologiste Alexandre Van der Bellen a obtenu près d'un million de suffrages, sur un peu plus de 4 millions de suffrages exprimés, se plaçant ainsi en seconde position et se qualifiant pour le second tour de l'élection présidentielle.

Aussi, dans la séquence électorale du printemps 2017, la présence d'un(e) candidat(e) écologiste s'avère incontournable. La député de Paris Cécile Duflot s'y prépare, plus par obligation pour que l'écologie politique ne soit pas absente de la campagne, mais elle préfèrerait une candidature de Nicolas Hulot. Personnellement, mon choix se porterait plutôt sur Noël Mamère qui a une connaissance encyclopédique des enjeux environnementaux et qui sait la transmettre (Noel Mamère à retrouver dans les récits de sa vie, une série de cinq émissions radiophoniques "A voix nue" sur France Culture). Mais il ne s'agit pas de présenter une femme ou un homme providentiel, la nécessité est plutôt d'avoir le meilleur ambassadeur de l'écologie, porteur d'un projet qui aura été largement co-élaboré avec tous ceux aspirent au progrès social sur une planète préservée et avec un développement économique au service de ces objectifs-là.

Ce qui se profile aussi pour l'été 2017, c'est que le(la) futur(e) Président(e) de la République n'aura pas de majorité à l'Assemblée Nationale ; les projections issues des dernières régionales voient se profiler de nombreuses triangulaires, voire des quadrangulaires, et le futur gouvernement devra se faire sur un contrat de gouvernance post-électoral. Ce ne sera pas un parcours de santé, et la situation actuelle en Espagne en témoigne où aucun gouvernement n'a réussi à se former depuis 4 mois, et les espagnols vont certainement retourner aux urnes cet été. Mais je préfère au machiavélique paradigme « la fin justifie les moyens » la parabole de Gandhi « La fin est dans les moyens comme l'arbre est dans la graine ». Et qu'importe d'avoir des élus tout se suite, comme les écologistes le souhaitèrent en 2012, si c'est pour assister à cette curée d'alimentaires ... En conclusion, le paysage politique est appelé à évoluer d'ici un an et il faut en être les acteurs !

24/04/2016

Glyphosate, l'Europe marche sur la tête !

Voilà le genre de texte qui interpelle sur la cohérence des politiques : « Étant donné les inquiétudes qui subsistent sur le caractère cancérigène et de perturbateur endocrinien du glyphosate, un herbicide utilisé couramment dans l'agriculture et le jardinage, la Commission devrait renouveler son autorisation sur le marché pour une période de sept ans uniquement, au lieu des quinze proposés, et seulement à des fins professionnelles ». Voilà donc un produit dont les effets sanitaires négatifs sont avérés, mais pour lequel les politiques valident sa commercialisation ... Et le 13 avril en plénière du Parlement Européen, 374 députés européens ont voté pour, 225 ont voté contre et 102 se sont abstenus !

Il faut lire chacun des 26 considérants de cette résolution 5.4.2016, tous aussi accablants les uns que les autres vis à vis de cette substance chimique, substance active du très répandu Roundup.

glyphosate.jpg

Ce vote du Parlement Européen n'est pas exécutoire, et c'est désormais à la Commission Européenne de trouver la mise en œuvre la plus sure. Les experts nationaux qui siègent au comité permanent des végétaux, des animaux, des denrées alimentaires et des aliments pour animaux (dans la section produits phytopharmaceutiques) se prononceront en mai pour adopter ou rejeter la proposition de la Commission européenne à une majorité qualifiée. Et si une telle majorité n'est pas atteinte, alors la décision reviendra à la Commission européenne. Dans son vote du 13 avril, le Parlement a proposé quelques aménagements : une étude indépendante et la publication de toutes les preuves scientifiques utilisées par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) pour évaluer le glyphosate, ne pas autoriser les usages non professionnels de la substance, ne pas autoriser les usages dans les parcs publics, les plaines de jeux et les jardins publics ou à proximité de ceux-ci, etc.

Pourtant, la commission Environnement du Parlement qui s'était réunie fin mars pour donner son avis sur cette résolution s'était prononcée contre la prolongation de l'autorisation de commercialisation : « Tant que les craintes subsisteront sur le caractère cancérigène et de perturbateur endocrinien du glyphosate, un herbicide utilisé dans des centaines d'outils agricoles, urbains, de sylviculture et de jardinage, la Commission ne devrait pas renouveler son autorisation ». Cf. communiqué de presse du 22 mars 2016.

angélique delahaye,parlement européen,roundup

Alors que s'est-il passé pendant cette première quinzaine d'avril pour que le Parlement adopte une résolution contraire aux attentes de sa commission Environnement ? Selon le Canard Enchainé, c'est une députée (LR) française qui aurait permis cette volte-face au travers d'un amendement déposé en plénière par le Parti Populaire Européen (PPE) dont elle est membre. Angélique Delahaye est rapporteure de ce dossier sur le glyphosate au sein de la commission Environnement, Santé publique et Sécurité alimentaire, et elle publie sur son site parlementaire le texte de son intervention : « Monsieur le Président, dans un souci de compromis, chers collègues, afin d'essayer de rapprocher les opinions et minimiser les divergences, je souhaite proposer l'amendement suivant à l'amendement 11, première partie : demande à la Commission de renouveler l'approbation du glyphosate pour une période maximale de sept ans ; rappelle que le règlement (CE) n° 11 07 2009 permet à la Commission de retirer l'approbation d'une substance active pendant la période durant laquelle elle a été autorisée si elle ne remplit plus les critères d'approbation ».

Angélique Delahaye est horticultrice et maraîchère en Indre-et-Loire, et les produits phytosanitaires elle les connait bien. Et dans un récent article de la République du Centre, elle expliquait que ce printemps précoce qui a vu les laitues pousser quinze jours trop tôt signifiait aussi qu'insectes et champignons favorisés par un climat propice allaient l'obliger à utiliser des produits phytosanitaires. Présidente des producteurs de légumes de France jusque fin 2012 et ex-membre du conseil d'administration de la FNSEA, Angélique Delahaye a souvent défendu le recours aux produits phytosanitaires pour que la production française fasse jeu égal avec ses concurrents européens, et sa position sur le glyphosate n'est donc pas surprenante.

PUB2393644140.jpeg

Pour Madame Delahaye, « il y a une attente des citoyens mais, à ce jour, il n'y a pas d'alternative économiquement viable et garantissant la santé humaine à proposer aux agriculteurs en terme de désherbage ». Pourtant, d'autres dangers pour la santé et pour notre sécurité ont justifié par le passé que les industriels trouvent des alternatives, et sans délai. J'ai connu l'effervescence liée au fameux trou dans la couche d'ozone, et l'utilisation des chlorofluorocarbones (CFC) qui en était la cause a été interdite dans les années 80 (cf. Protocole de Montréal) sans que l'on se bloque à l'époque sur les alternatives au refroidissement de nos réfrigérateurs ou pour la fabrique des aérosols. 76photo.jpgEt il en va de même pour le DDT qui a été largement employé comme insecticide, d'abord pour éradiquer le paludisme et ensuite de façon intensive en agriculture, avant que l'on s'aperçoive de ses effets dévastateurs sur la faune. Le DDT a été interdit dans la plupart des pays pendant les années 70-80, et en 1971 en France. Il est classé comme polluant organique persistant (POP) et des études récentes montrent que pour les français, plus explosés par le passé que dans d'autres pays, on y trouve l'origine de certains cancers et de maladies comme Parkinson et Alzheimer.

Non, cette Europe-là est véritablement vassalisée aux grandes multinationales et soumise aux règles de cette mondialisation absurde. Et si demain le TAFTA (traité de libre échange commercial transatlantique) devait être ratifié, alors toutes ces firmes pourraient demander à être dédommagées du préjudice financier qu'un minimum de bon sens nous imposerait.

23/04/2016

Carole Delga n'a pas de majorité à la Région et ses Etats Généraux du Rail et de l'Intermodalité ne feront pas changer d'avis ses partenaires du Nouveau Monde en Commun

Cela a été un point d'achoppement majeur pendant la campagne des élections régionales entre la candidate socialiste Carole Delga et ses futurs alliés du Nouveau Monde en Commun : le tracé de la nouvelle ligne à grande vitesse (LGV) entre Nîmes et Perpignan et ces gares nouvelles éloignées des cœurs de ville. La future présidente de Région y était très favorable (et elle continue de l'être), et l'accord signé le 21 décembre avec Gérard Onesta pour la mandature 2016/2021 contenait une concession sur le rail, à savoir d'engager une large concertation citoyenne au premier semestre 2016 et d'imposer un « moratoire sur les financements régionaux sur les projets faisant débat » (cf. texte intégral de l'accord en PDF). Les États Généraux du Rail [et de l'Intermodalité] étaient dans cet accord et ils se déroulent d'avril à juillet.

CeYezh8WsAACMuj.jpg

Alors, succès politique pour l'écologiste Gérard Onesta et pour ses colistiers du Nouveau Monde en Commun ? Ou simple trompe-l’œil avec Carole Delga et ses communicants à la manœuvre ? J'opte résolument pour la seconde option.

Depuis cet accord de gouvernance du 21 décembre 2015, la très souriante Carole Delga n'a cessé de donner des gages aux promoteurs de ces infrastructures à grande vitesse et à tous les projets d'urbanisation qui vont avec. Elle presse la SNCF de boucler son projet pour la gare nouvelle de Nîmes-Manduel, elle rassure Philippe Saurel sur l'avenir de la gare de la Mogère et elle salue les annonces du ministre des transports Alain Vidales sur les arbitrages de l’État.

Ce02qAHWQAA3cUp.jpg

Le conseiller régional écologiste Christian Dupraz est depuis longtemps un farouche opposant à la gare TGV de la Mogère, et il lui est revenu la tâche d'organiser cette concertation. Mais il est en réalité devenu l'otage de Carole Delga, ce que les communistes des années 50 nommaient l'idiot utile. Il n'ira quand même pas encenser la stratégie de Carole Delga, comme Jean-Paul Sartre légitima le régime soviétique pour ne pas désespérer Billancourt, mais sa parole est désormais contrainte.

Nous pouvons désormais parler d'enfumage à propos de ces États Généraux du Rail et de l'Intermodalité (EGRI), avec cette étape de 36 réunions publiques au cours desquelles les citoyens sont invités à venir s'exprimer. S'exprimer sur quoi ? Sur ce qu'ils veulent ... Il n'y a aucun cadre précis, il n'y a pas de document d'information pour se faire une opinion ; il faut juste remplir les salles et qu'il y ait un débat sur le rail. Delga aura alors rempli une part du contrat. Ainsi, pour la réunion prévue le 24 mai à Lodève, je ne sais pas ce que les participants pourront dire sur le train, vu que des trains en Cœur d'Hérault il n'en passe plus depuis 40 ans.

Autre manipulation subtile des communicants de Delga, ce questionnaire qui est en ligne sur le site de la Région. Les questions sont orientées de façon à ce que l'analyse des réponses soit favorable aux projets de Delga & Co. Ce questionnaire ne s'intéresse déjà qu'à ceux qui prennent le train, même occasionnellement ; et il ne demande pas aux autres les motifs de ce renoncement au train (gares trop lointaines, accessibilité des gares, horaires des trains, le prix, ...). Et puis les questions conduisent très vite à demander s'il faut des gares TGV hors des centres-villes, et si un TGV circulant à 320 km/h c'est mieux qu'un train roulant à moins de 250 km/h ... mais sans mettre en face de cette alternative les impacts financiers, environnementaux et économiques sous-jacents. Cf. questionnaire à télécharger en PDF.

L'enjeu majeur que soulèvent les écologistes est celui du fret ferroviaire. Historiquement, le contournement Nîmes-Montpellier (CNM) était prévu pour favoriser le développement de cette alternative à l'engorgement d' l'A9 par des noria de camions, et les aides européennes étaient exclusivement dédiées à cette finalité. Mais au fil du temps, les élus du Gard et de l'Hérault ont projeté de pharaoniques projets urbains avec des gares nouvelles excentrées. Et pour cela, ils font miroiter des temps de parcours de trois-quarts d'heure de moins grâce à des TGV circulant à plus de 300 km/h, mais avec une cadence ne faisant pas la place attendue pour le fret ferroviaire. Pour faire circuler des TGV à plus de 300 km/h entre Nîmes et Perpignan, le coût estimé est de 5,2 milliards d'euros, alors qu'une ligne mixant grande vitesse et fret coûterait 3,9 milliards d'euros ; le voyageur gagnerait 35 minutes sur son voyage contre 45 minutes à plus de 300 km/h. Est-il utile de gaspiller 1,4 milliars d'euros pour gagner 10 minutes de voyage ???

Les experts estiment à 1,5 milliards d'euros le coût de toutes façons inévitable de réhabilitation du réseau ferré de cette grande région, réseau non encore modernisé. Ils évaluent aussi à 1 milliard d'euros le coût de réouvertures de lignes anciennes qui permettraient ainsi de desservir des territoires qui s'urbanisent sans desserte ferroviaire. Le gain de 1,4 milliards d'euros ne serait-il pas mieux investi dans ces réhabilitations ? Car non seulement Madame Delga ne souhaite pas faire cette économie, mais en plus elle veut investir dans des gares nouvelles à Manduel et à la Mogère alors que les gares actuelles de Nîmes et de Montpellier ne sont pas du tout saturées.

Delga1.jpg

Nous sommes ici dans le même scénario que celui de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes où les pouvoirs publics opposent les défenseurs de la planète (et en l'occurrence à des morceaux de planète qui nous offrent une vie de qualité) à la démocratie. Ici en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées la Région se targue de concerter toute la population quand l’État propose un référendum pour la Loire-Atlantique. Mais ce ne sont que des artifices, et ils donnent bonne conscience à quelques Docteurs Folamour des grands projets inutiles.

Carole Delga sait qu'elle n'a pas de majorité sans ses alliées du Nouveau Monde en Commun. Elle sait que ces EGRI ne les feront pas changer d'avis, mais elle compte bien les exploiter dans le cadre des futures échéances de 2017. Elle, la socialiste progressiste favorable à des projets modernes validés par les citoyens au terme d'une large concertation aura beau jeu de taxer ses alliées d'EELV, du PG et du PCF d'être d'affreux rétrogrades nostalgiques du 20ème siècle. Elle mettra inévitablement dans la balance des milliers d'emplois que ses partenaires ne lui permettront pas de créer, mais des emplois Macron / El Khomri qui eux sont socialement rétrogrades.

Un lien utile pour en savoir plus sur les projets ferroviaires des socialos-progressistes : http://garetgv.free.fr/actus.html