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29/11/2015

Quelles instances politiques peuvent (et veulent) changer le climat en Coeur d'Hérault ?

Le diagnostic est désormais largement partagé : les activités humaines contribuent à dégrader notre environnement, notre air, notre eau, les écosystèmes, le climat, et il est urgent d'agir. Mais à partir de là, qui agit ?

Le Pays Cœur d'Hérault travaille actuellement sur deux programmes qui concourent à réduire notre empreinte carbone, c'est d'une part le Plan Climat Énergie Territoire (PCET), et d'autre part le Schéma de mobilité du Pays. Notre plan climat porte sur 6 axes stratégiques et sur un total de 41 actions concrètes. Et pour le schéma de mobilité, ce sont 6 objectifs qui se déclinent en 22 actions. Mais dans ces actions de mobilité, on trouve la réouverture de la voie ferrée de Paulhan à Montpellier ainsi que la création d'une entrée nord à Clermont l'Hérault sur l'A75. Et même sur une action du PCET comme le développement d'offres de compensation carbone, la question de la mise en œuvre concrète se pose avec circonspection. Enfin, inquiétude pour ceux qui considèrent ces enjeux comme urgents et qui ne se contentent pas de conférences ...

Mais à côté de ces réflexions autour des élus locaux, d'autres acteurs nous mettent au pied du mur. Il y a tout d'abord les aménageurs et les promoteurs fonciers dont nous subissons les projets. J'évoquais dans la précédente note l'aménagement commercial de la Salamane, et il s'impose à nous tous plus qu'il n'est le résultat d'une réflexion collective sur le développement de notre territoire en conformité avec nos engagements environnementaux.

82px-Free_EV_charge_station_sign_evinfra.svg.pngAutre exemple de projet non porté par les élus et par les citoyens, projet que j'ai évoque jeudi dernier en commission aménagement et environnement du Pays Cœur d'Hérault, c'est le projet d'infrastructures de recharge des véhicules électriques (IRVE) que Hérault Énergie soumet à 92 communes de l'Hérault. Hérault Énergie leur demande de délibérer d'ici le 31 décembre pour transférer cette compétence IRVE à Hérault Énergie qui pourra alors déployer un réseau de stations de rechargement électrique (dans 39 communes en 2016 et dans 53 communes supplémentaires en 2017). Il est ainsi prévu d'installer une centaine de bornes de rechargement accéléré et 7 bornes rapides à Ballaruc, à Bédarieux, à Béziers, à Clermont l'Hérault, à Lodève, à Lunel et à Pézenas.

Hérault Énergie impose aux communes un délai beaucoup trop court, mais Hérault Énergie occulte totalement les démarches déjà engagées par les intercommunalités en matière d'Agenda 21 local ou de schéma de mobilité. Le délai est trop court pour étudier les clauses d'un règlement non négociable. Ainsi, ces bornes de recharge seront raccordées au réseau électrique, et il n'est pas envisagé qu'elles recourent à des énergies renouvelables. Il n'est même pas avancé que ces stations évolueront au gré des évolutions technologiques ; et je pense par exemple à la fourniture d'hydrogène pour des véhicules à pile à combustible. Et puis la carte des implantations s'impose à des intercommunalités qui peuvent avoir prévu par ailleurs des aires de covoiturage ou des points d'intermodalité.

Le voisin audois d'Hérault Énergie n'a pas attendu fin 2015 pour informer les communes de cette compétence qui pourrait être mutualisée (l'ADEME finance les bornes accélérées à hauteur de 50% et les bornes rapides à hauteur de 30% dans un appel à projets qui prend fin le 31 décembre). Le Syndicat Audois d’Énergies (SYADEN) est déjà très avancé sur ce projet, et avec des bornes à énergie positive comme à Alzonne où des panneaux photovoltaïques en assurent l'autonomie (cf. fiche ENTEC-SYADEN).

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Mais la recharge des véhicules électriques (VE) ne doit pas occulter le fait qu'un tel véhicule a encore aujourd'hui un bilan carbone supérieur à un véhicule à moteur thermique (en deçà de 50.000 kilomètres parcourus) ! C'est la fabrication des batteries, et l'extraction des métaux qui la composent qui plombent le bilan carbone de ces VE. Quant au lithium, principal composant des batteries, peu de pays en produisent (essentiellement en Amérique Latine), et cela se fait dans des conditions sanitaires et environnementales préoccupantes (cf. article de Reporterre du 24 juillet 2014 sur l'extraction industrielle de lithium en Argentine).

Alors comment les collectivités locales qui élaborent des plans et des schémas d'aménagement (PCET, PDU, SCOT, ...) peuvent-elles les mettre en œuvre efficacement ? Déjà en les mettant en œuvre à l'échelle intercommunale, et puis surtout en ne se faisant pas dicter des aménagements qui répondent surtout à des intérêts particuliers. Oui, « Gouverner, c'est choisir, si difficiles que soient les choix » disait Pierre Mendes-France

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