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15/11/2015

Ne laissons pas le conflit en Irak et en Syrie s'enliser, il est urgent que la Russie, l'Iran, la Turquie et l'Arabie Saoudite collaborent à une résolution rapide de cette guerre !

De nombreux chefs d’État ont présenté leurs condoléances à la France, s'associant à la douleur des familles de victimes et appelant à se dresser collectivement contre la barbarie qu'exporte l’État Islamique dans tous les pays en guerre contre lui. Mais les propos de certains sont plus attendus que d'autres.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan réclame « un consensus international contre le terrorisme », mais il vise autant le groupe EI en Syrie que les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui mène depuis 1984 une guérilla contre ses forces de sécurité. Le président russe Vladimir Poutine a affirmé que « la menace terroriste ne pouvait être maîtrisée que si toute la communauté internationale unit ses efforts ». Le président iranien Hassan Rohani n'a fait aucune proposition particulière en vue d'une issue rapide à ce conflit et le roi Salmane d'Arabie Saoudite réaffirme sa solidarité pour combattre le terrorisme.

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Les pays membres du G20 sont réunis ce dimanche à Antalya, station balnéaire turque, et les attentats de Paris sont à l'ordre du jour. Qu'en sortira-t-il ? La France, qui est représentée par Laurent Fabius et par Michel Sapin, réclame « des décisions concrètes en matière de lutte contre le financement du terrorisme ». C'est bien peu ...

J'attends plutôt que François Hollande réussisse à convaincre messieurs Erdogan, Poutine, Rohani et Salmane de venir à Paris pour une réunion d'urgence sur la paix en Syrie et en Irak. Si cette paix doit en passer par une étape militaire, alors qu'elle soit commune à ces quatre États du Proche-Orient. Et que Vladimir Poutine anticipe le nécessaire départ de Bachar el-Assad.

A la différence des groupes terroristes qui ont par le passé ensanglantés notre pays, mais aussi le Royaume-Uni, l'Espagne, les États-Unis, ... et qui étaient des structures cachées réparties dans de nombreux pays arabes, l’État Islamique s'érige en proto-État auquel ne manque plus que la reconnaissance internationale.

Aujourd'hui, l’État Islamique affiche tous les attributs d’un État : l’existence d’une continuité territoriale qui s’étend sur la Syrie et l’Irak faisant grosso modo la superficie de la Grande-Bretagne, l’existence d’une population résidente sur ce territoire évaluée à plus de huit millions d’habitants, l’existence d’une forme de gouvernement au niveau local et régional qui gère depuis près d’un an des villes aussi importantes que Mossoul en Irak (deux millions d’habitants), Raqqa en Syrie et plus récemment Palmyre. Sur tous ces territoires, les « gouverneurs » de DAECH ne vivent pas clandestinement mais sont connus de la population et gèrent tous les services publics : administration, état civil, eau, gaz, électricité, internet, etc.

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Lutter contre l’État Islamique relève donc beaucoup plus d'une guerre classique, avec des attaques aériennes et terrestres sur un territoire. Et nous savons que tout le temps que cet État là existera, avec son discours religieux conquérant, il attirera des djihadistes internationaux qui de retour dans leur pays poursuivront leur combat. Alors ce G20 peut-il s'achever sans résolution précise, déterminée et unanime pour mettre fin aux nuisances de l’État Islamique ? Il y aurait alors un crime de non assistance à démocraties en danger ! Il n'est pas non plus nécessaire d'humilier ou d'exterminer des millions de sunnites qui vivent sur le territoire de l'EI, la reconnaissance de leur culture qui est minoritaire en Syrie comme en Irak est un facteur clé de sortie de crise.

Oui, les attentats de vendredi soir à Paris sont cruels, lâches et intolérables ; leurs auteurs et leurs commanditaires doivent être punis ! Mais pour ne plus revivre de telles scènes de guerre en France, pour que nous puissions reprendre le train ou aller à un spectacle sans craindre pour sa vie, alors c'est là bas au Proche-Orient que la solution doit être trouvée avec tous les acteurs internationaux qui pèsent localement. J'entends et je lis les propos de ceux qui exigent de notre État qu'il renforce la sécurité des citoyens ; pour Nicolas Sarkozy qui en fait sa priorité au lendemain des attentats, « il faut avoir le courage d’assumer les conséquences qu’appellent la sécurité de Français. Aujourd’hui, ils ne se sentent pas en sécurité. Et nous devons porter les changements qui permettront de garantir la sécurité ». Non, notre sécurité passe d'abord par un règlement du conflit, et par des mesures de prévention en France, mais il ne faut pas céder à la peur en instaurant un état d'urgence permanent.

Commentaires

Samedi 14 novembre à Vienne, les représentants de la diplomatie de Turquie, de Russie, des États-Unis, d'Iran, d’États européens et de l'Arabie Saoudite ont négocié pendant 8 heures pour tenter de trouver une solution de sortie de crise en Syrie. Il en est ressorti quelques avancées significatives : l’instauration d’un cessez-le-feu, la relance de négociations entre le gouvernement et l’opposition sous l’égide des Nations unies et à la tenue des nouvelles élections. L'intégrité des institutions et du territoire syrien ont été réaffirmes.

Dimanche 15 novembre à Antalya, Vladimir Poutine et Barack Obama se sont entretenus en tête à tête pendant 35 minutes et ils ont confirmé leur volonté de faire aboutir rapidement le processus décidé la veille à Vienne.

Il est affligeant que ces dirigeants internationaux n'aient avancé de la sorte que suite aux attentats récents : l'Airbus de la compagnie russe Metrojet à Charm el-Cheikh (224 morts), Beyrouth dans la semaine (44 morts) et ces attaques en plein Paris avant-hier soir (129 morts). Pourquoi faut-il toujours être à deux doigts du précipice pour agir ?

Écrit par : Laurent Dupont | 16/11/2015

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