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23/10/2015

La mort d'un jeune environnementaliste de 21 ans à Sivens, il y a un an, reste impunie

Il y a un an, la ZAD de Sivens occupait tous les médias. Les télés d'information en continu et les journaux tenaient là leur ligne éditoriale de tout l'automne 2014. Mais derrière cette effervescence médiatique, il y a la mort d'un jeune homme de 21 ans, Rémi Fraisse, tué par une grenade reçue dans le dos. Non, nous n'étions pas dans une banlieue de Damas ou dans la bande de Gaza, mais bien dans une campagne française, dans un paysage bucolique du Tarn où la vie s'épanouit au bord des mares et dans le moindre bosquet.

Quelques heures après le drame, le commandant de gendarmerie mobile avait assuré, spontanément : « Je tiens à préciser que le préfet du Tarn, par l’intermédiaire du commandant de groupement, nous avait demandé de faire preuve d’une extrême fermeté. » Le journal Le Monde publie aujourd'hui un état de l'enquête, et le constat est que rien n'a été fait depuis un an pour que les parents de Rémi Fraisse puissent connaître un jour les causes de la mort de leur fils, ses responsables. Les magistrats ont ainsi refusé aux avocats de la famille de Rémi Fraisse l'accès aux auditions du préfet et de son directeur de cabinet, pourtant responsables des opérations de maintien de l’ordre. « Pas, en l'état, utile à la manifestation de la vérité » et « que très indirectement lié aux faits », a estimé la juge d'instruction.

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Les amis de Rémi Fraisse et tous les mouvements qui continuent de défendre le site naturel où il est mort ont souhaité lui rendre hommage ce dimanche 25 octobre. La maire de Lisle sur Tarn, Maryline Lherm, a signé hier un arrêté municipal s'opposant à toute manifestation libre sur le territoire de sa commune. En préfecture, les organisateurs de la marche en hommage à Rémi Fraisse ont été stupéfaits d'entendre le responsable de la FDSEA, Philippe Jougla, informer qu'il « ne fallait pas exclure que soient menées des actions en dehors du cadre légal » ! Ces propos tenus devant le Préfet Thierry Gentilhomme et le Président du Conseil départemental et sénateur du Tarn Thierry Carcenac n'ont pas été repris ... C'est ce que révèle le journal le journal le Tarn Libre.

Mais c'est un usage assumé de la force par un gouvernement socialiste qui est aussi en cause. Pourquoi autant de forces de l'ordre, lourdement armées cet automne-là à Sivens alors qu'il n'y avait rien à protéger. Aucun bien et aucune personne n'étaient menacés dans leur intégrité, et c'était avant tout une posture de l’État de ne pas vouloir céder aux Zadistes. Alors que nous aurions pu attendre de ministres et de parlementaires socialistes une plus grande volonté de conciliation ...

Et cet usage de la force publique, nous le retrouvons de plus en plus souvent à l'occasion de manifestations pacifiques, comme ces avocats gazés et expulsés manu militari hier du tribunal de Toulouse ; leur dangerosité et la sécurité publique justifiaient-elles une telle issue ? Les images révélées par actus.cotetoulouse.fr en témoignent :=(

Quarante ans séparent les deux images ci-dessous, la première prise pendant les manifestations de mai 1968 à Paris et la seconde en 2009 à Strasbourg lors d'un sommet de l'Otan, et l'actualité est ponctuée d'opérations de dispersion ou de répression de manifestants qui pourtant ne sont pas systématiquement des émeutiers ou des casseurs. Les images d'infirmières repoussées par des canons à eau et par des gaz lacrymogènes en 1991 alors que leur manifestation s'approchait de l’Élysée illustrent cette préférence de l’État pour les démonstrations de force, preuve de son autorité régalienne, alors qu'au 21ème siècle nous pourrions envisager d'autres modes de confrontation, plus pacifiques.

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« Selon que vous serez puissant ou misérable, Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir »

(Jean de LA FONTAINE, Fab. VII, 1)

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