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29/08/2015

Régionales : un projet citoyen pour une campagne contributive et un mandat éthique et démocratique

Les 6 et 13 décembre 2015, un peu plus de 4 millions de citoyens du Languedoc-Roussillon et de Midi-Pyrénées seront appelés à renouveler l'assemblée régionale. Le contexte a radicalement changé depuis le dernier scrutin de 2010 : les deux régions n'en font plus qu'une seule, deux métropoles y ont désormais un rôle économique majeur (cf. loi MAPTAM), la loi NOTRe a fixé des compétences spécifiques pour cet échelon des "régions stratèges", et puis les deux anciens leaders régionaux qu'étaient George Frêche et Martin Malvy ne sont plus dans le jeu politique.

Un autre élément de contexte à retenir pour ces régionales, c'est le désamour croissant des citoyens pour ces rendez-vous électoraux. Aux dernières départementales de mars 2015, un citoyen sur deux dans nos régions du Languedoc-Roussillon et de Midi-Pyrénées sont allé s'exprimer dans les urnes. Et c'était pareil aux européennes de 2014 ...

Les écologistes et d'autres formations de gauche ont perçu cet appel des citoyens à être entendus, à voir leurs attentes enfin prises en compte. Des appels citoyens, ainsi que des initiatives comme les " chantiers de l'espoir" sont nés un peu partout ; le but était de pouvoir y formaliser les valeurs, les principes et les principales orientations politiques revendiqués par le peuple. Il ne s'agit pas de nier la légitimité des représentants élus, mais simplement de faire émerger un socle de revendications qui fasse projet. Le 11 juillet à Narbonne, une rencontre des "convergences citoyennes" a permis de lancer le projet d'offrir à tous les citoyens l'opportunité de contribuer au projet régional pour le futur mandat 2015-2020. En parallèle, Europe Écologie Les Verts, le Parti de Gauche et le Parti Occitan avaient lancé une plateforme sur le Web pour recueillir les contributions citoyennes :

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Le Parti Communiste, la Nouvelle Gauche Socialiste et Ensemble ! ont rejoint cette démarche au cours du mois de juillet. Des centaines de contributions ont été déposées et leurs synthèses font désormais l'objet d'une relecture citoyenne (cf. pages de consensus). Le 07 septembre, depuis Montpellier et Toulouse (en duplex), ce projet en commun sera présenté et débattu publiquement.

Il est important de noter qu'au travers des contributions citoyennes, des propositions très exigeantes ont été déposées à propos du mode de gouvernance. En effet, on peut avoir les plus belles idées du monde et le plus magnifique projet politique, mais ce ne serait que du marketing politique s'il n'y avait pas à côté de ça une implication réelle des citoyens. Vous trouverez sur le site une charte éthique et démocratique qui sera signée par tous les candidats ; il faut vraiment la lire complètement pour prendre la mesure de la rupture avec le fonctionnement actuel de la majorité des collectivités territoriales.

Début août, la tête de liste PS/PRG s'est inspirée de notre démarche pour ouvrir elle aussi un site Web qui permet aux citoyens de déposer leurs idées, leurs suggestions et leurs propositions. Il faut par contre regretter que ces contributions-là ne soient pas largement partagées et qu'elles fassent l'objet d'une co-construction d'un projet politique. En réalité, Carole Delga a habillé d'un voile de concertation une simple boîte à idées.

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Et puis en fin de semaine dernière, c'est Philippe Saurel qui ouvre un "site participatif" pour recueillir les "paroles de citoyens". Ces contributions sont mises en ligne, mais rien n'est dit sur la suite qui y sera donnée. Et comme cela apparaît un peu partout sur les pages de ce site, le nom et la photo de Philippe Saurel y sont omniprésents ; ses colistiers et ses électeurs devront donner de la voix pour se faire mieux entendre ...

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Rien à droite et au Front National où les codes des campagnes électorales restent inchangés, en plus de n'être souvent qu'un ersatz des grandes manœuvres nationales ...

Alors il reste une centaine de jours avant le premier tour des régionales, et j'invite tous mes lecteurs à visiter le site du projet en commun, et à contribuer au programme puis à la campagne qui va s'intensifier au fil des mois :

leprojetencommun.net

28/08/2015

La Salamane, future aire de service sur l'A75 :=(

Une aire de service de l'autoroute A75 à la Salamane ... Non, nous ne sommes pas un 1er avril, mais ce projet-là est la suite logique d'une absence totale d'anticipation de la part des élus du Clermontais. Cf. article de Midi Libre.

Déjà, il est assez original que des élus locaux conçoivent une aire de service autoroutière, alors que ce sont plutôt les services de l’État qui programment ce type d'équipement le long d'un trajet autoroutier. Car ces aires répondent à des besoins de service qui doivent répondre aux besoins des usagers de l'autoroute, sans qu'une aire à un endroit ne porte préjudice à d'autres aires, tout en assurant la fluidité du trafic. Une aire de service est par ailleurs un espace exclusivement dédié à l'autoroute, avec un accès direct. Là, c'est le giratoire de l'A75 entre la Salamane et les Tanes Basses qui servirait d'entrée et de sortie vers cette aire de service. Cela apportera un supplément de trafic pas du tout prévu dans le dossier de création de la ZAC de la Salamane ! Rappelons que cette ZAC a été voulue par les élus du Clermontais pour créer de l'emploi, pas des bouchons ...

Dans le rapport de l'inspection des installations classées de février 2012, le Préfet de l'Hérault actait que le trafic routier engendré par les activités logistiques de la plateforme de Système U entraînerait un trafic supplémentaire de 213 poids lourds et de 478 véhicules légers par jour. Le rapport ajoute que « l'incidence du projet sur le trafic est qualifiée de peu significative sur la fluidité aux alentours du site ». Mais c'était sans compter toutes les activités commerciales et cette aire de service qui vont accroître de façon significative le trafic routier autour du giratoire de l'A75.

Mais au registre des aires de service, d'autres lieux avaient été étudiés par le passé. Quand l'A75 a été réalisée, une aire de service avait été souhaitée à Paulhan par l'équipe municipale de l'époque ; l’État ne proposait alors qu'une aire de repos et avait un projet d'aire de service à Valros. Mais au final, ceux qui empruntent l'A75 vers Béziers constatent par eux-mêmes que l'emprise foncière de cette aire de service n'a jamais été aménagée sur Valros. Au nord, c'est sur la commune du Bosc qu'une aire de service est en projet. A l'époque de l'enquête publique, en 2011, j'avais déposé mes commentaires auprès du commissaire enquêteur et j'en avais donné les détails sur mon blog (cf. publication).

Ci-joint la note déposée en marie du Bosc en juillet 2011 :

Lettre au patron du SDIS

Mon argumentaire pour le Bosc pourrait être repris mot pour mot dans le cas de Clermont l'Hérault. Nous sommes sur une autoroute gratuite dont chaque sortie vers des villages du Cœur d'Hérault est une invitation à venir découvrir notre patrimoine et à rester un peu plus longtemps que pour une pause pipi ou qu'un plein d'essence. Alors que le Clermontais a le plus grand mal à capter le flux touristique qui emprunte l'A75, nous nous satisferions d'une aire de service en bord d'autoroute ... sans rien faire pour que les usagers de l'A75 fassent quelques kilomètres de plus pour visiter nos commerces de ville, nos sites touristique et contribuent ainsi au développement économique du Clermontais.

En février 2013, je publiais une note intitulée « La Salamane, future Méga-aire de repos sur l'A75 » tant l'opportunisme commercial de quelques porteurs de projet prenait le pas sur le portage politique d'un projet structurant pour notre territoire.

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Ce projet d'aire de service sur la ZAE de la Salamane est donc vraiment une aberration. Déjà, penser à mettre une station service sur une parcelle voisine de la plateforme Système U (« devant le mur latéral des entrepôts Hyper U » selon Midi Libre), c'est oublier un peu vite que nous avons là un site classé Seveso seuil bas. Or, suite à la double explosion survenue à la mi-juillet sur le site pétrochimique à Berre-l’Etang (Bouches-du-Rhône) qui a mis en lumière les difficultés de sécuriser les sites industriels sensibles, et ce qui survenait peu de temps avant, à savoir l’attentat du 26 juin 2015 contre un établissement Seveso seuil bas à Saint Quentin Fallavier (Isère), la ministre de l’Énergie et de l’Écologie, Ségolène Royal, a décidé de mobiliser les 1.300 agents en charge de l’inspection des sites classés pour qu’il y ait une inspection d’ici fin 2015 de chacun d'eux. Les installations concernées devront aussi d’ici fin septembre répondre à un questionnaire précis sur les mesures de sécurité et de vigilance qu’elles sont censées mettre en place. Cf. instruction du 30 juillet 2015 qui précise les modalités de mise en œuvre opérationnelle des actions suivantes de contrôle. Alors une station service au pied de ce site, ça doit certainement faire l'objet d'une case à cocher sur le questionnaire ;-)

Pour conclure, ce projet d'aire de service illustre l'échec économique, écologique, social et politique de la ZAC de la Salamane. Économiquement, les élus intercommunaux restent incapables de proposer un projet de territoire fondé sur un diagnostic économique et sur des orientations de long terme ; et la Salamane reste du foncier d'entreprise à vendre à ceux qui en veulent. Écologiquement, il y avait là 70 hectares de terres agricoles irriguées pour lesquelles la chambre d'agriculture s'était opposée à la révision du PLU de Clermont l'Hérault ; espérons néanmoins que cet échec de commercialisation va dissuader d'autres projets dans la grande plaine de l'Hérault. Socialement, je rappelle qu'Alain Cazorla avait promis de 500 à 600 créations d'emploi sur cette zone d'activité économique. Aujourd'hui, le solde net de création d'emplois doit tourner autour de 50. Enfin, politiquement, les élus ne portaient aucun projet cohérent ; pas de filière industrielle ou commerciale sur laquelle former des jeunes et embaucher des demandeurs d'emploi du Clermontais, pas d'identité forte portée par cette ZAE afin de la rendre plus attractive, pas de synergie avec les autres ZAE des territoires voisins pour envisager des complémentarités, aucune étude sur la desserte ferroviaire de la Salamane, etc.

Le patronat français a 30 ans de retard

La question revient sans cesse, mais on sent quand même qu'au fil du temps les politiques sont de plus en plus perméables à cette complainte des organisations patronales : le code du travail français serait un obstacle à la création d'emplois et donc à la croissance économique. Et quelques-uns ont encore en mémoire ce sketch de François Bayrou dans l'émission " Des paroles et des actes ", comparant le maigre code du travail suisse, la Suisse n'ayant que 4 % de chômage (on parle alors de plein emploi), aux 3.000 pages du code français ; la France ayant elle un peu plus de 10% de chômage.

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Michel Onfray qualifiera cette prestation de François Bayrou de "geste obscène", car le code du travail protège les salariés ; le code du travail suisse est pour sa part beaucoup plus libéral. Mais François Bayrou aurait du se pencher sur le droit allemand. Outre-Rhin, où on parle aussi de plein emploi, le code du travail allemand n'a rien à nous envier !

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Alors notre code du travail serait-il cet épouvantail dépeint régulièrement par le patronat et par ses apôtres ? Et qu'en est-il alors des normes comptables françaises ? Un entrepreneur doit-il connaître par cœur le Plan Comptable Général (PGG), les règlements de l'Autorité des Normes Comptables (ANC), les recommandations du Comité de la Réglementation Comptable (CRC), les avis du Conseil National de la Comptabilité (CNC) et toute l'actualité qui régit la perception de la TVA et les contrats bancaires ? Non, le chef d'entreprise confie tout ça à un comptable. Soit il dispose d'un comptable dans son personnel pour le cas des grosses entreprises, soit il fait appel à un cabinet de comptables. Il y a là des milliers de pages très complexes, mais jamais je n'ai entendu le patronat, Pierre Gattaz ou ses complices, réclamer un cadre comptable de quelques dizaines de pages pour créer de l'emploi ...

Les cadeaux que tous les gouvernements font au MEDEF ne suffisent jamais, et le modèle anglo-saxon libéral des années 80 de Tatcher et de Reagan est encore leur rêve. Le marché doit être libre, et que les meilleurs gagnent.

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Bon, personne n'est allé titiller Monsieur Gattaz à l'université du MEDEF sur l'environnement, mais le réchauffement climatique doit lui passer au-dessus de la tête et la protection de la biodiversité, de la faune et de la flore est un nouveau marché à conquérir. Il y a déjà des entrepreneurs qui investissent des espaces naturels de dizaines d'hectares pour y vendre des zones de mesures compensatoires ...