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30/07/2015

Régionales 2015, les stratégies sondagières restent incertaines à gauche

Deux sondages en ce mois de juillet 2015 tentent de dessiner les contours de la future majorité régionale du Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, mais sur des stratégies qui sont encore en train de s'affiner, et surtout à gauche. Le premier sondage IFOP du 3 juillet n'avait pas évalué un premier tour où EELV et le Front de gauche pourraient faire liste commune ; le second sondage PollingVox du 30 juillet évalue un premier tour où le PS et le PCF font liste commune et où Philippe Saurel s'associe au PRG. Or, toutes ces options ne sont pas arrêtées.

Telles que les discussions avancent entre les diverses formations politiques, il devrait y avoir cinq listes faisant plus de 10% au soir du premier tour, menées par : Louis Aliot pour le Front National, Dominique Reynié pour la droite et le centre, Carole Delga pour le PS et pour le PRG, Gérard Onesta pour EELV et le Front de gauche et Philippe Saurel pour les Citoyens du midi.

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Si à l'extrême-droite et à droite ces deux sondages témoignent d'une certaine stabilité, les chiffres sont plus incertains à gauche. Ainsi, Marie-Pierre Vieu, représentante du PCF pour cette élection, a publié un communiqué aujourd'hui pour infirmer le scénario retenu par Valeurs Actuelles d'une liste PS/PCF. De son côté, Gérard Onesta estime que l'alternative à gauche est désormais possible (cf. communiqué).

Pour le second tour, je suis persuadé que Philippe Saurel se maintiendra. La lecture de son livre est sans ambiguïté sur ses objectifs, et il préfèrera avoir une douzaine de conseillers régionaux qui pèseront dans les votes plutôt que d'avoir à s'allier avec un parti de gauche ou de droite. S'il est sous la barre des 10% le soir du 9 décembre, je pense qu'il renoncera à tout accord de second tour. Si Philippe Saurel réussit à constituer ses 13 listes départementales, il y intègrera certainement des sympathisants de gauche comme de droite ; donc même s'il était tenté, cette configuration l'empêchera de tout accord à droite comme à gauche.

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L'extrapolation des chiffres du premier tour, pour la gauche, met le PS/PRG au coude à coude avec EELV/FdG, dans une fourchette de 18% (+/-2%). Les dynamiques qui sont mises en œuvre cet été vont être déterminantes pour le leadership à gauche. Pour EELV et le Front de Gauche, cette dynamique repose sur la plateforme Internet leprojetencommun.net, sur laquelle les citoyens peuvent déposer leurs contributions et apporter leur soutien. C'est à la fin de l'été que les formations politiques qui ont appelé à promouvoir ces démarches citoyennes feront la synthèse programmatique et la soumettront à leurs adhérents. Pour le PS et le PRG, le bras de fer qui a prévalu ces dernières semaines a été assez démobilisateur dans les rangs des militants socialistes ; quelques réunions en haut lieu ont écorné des processus internes de désignation des candidats, dans le seul objectif d'occuper des places et sans jamais aborder les orientations programmatiques ...

Un autre point sera préjudiciable pour les socialistes et pour les radicaux de gauche, c'est la position de cumul de mandats. Carole Delga a déjà annoncé qu'elle cumulera ses mandats de Présidente du Conseil régional et de député jusqu'au printemps 2017 ... La taille de la nouvelle région et les compétences que lui confie la loi NOTRe rendent impossibles l'exercice de ces deux mandats en même temps. Mais d'autres parlementaires suivront l'exemple de leur tête de liste, comme Virginie Rozière, député européenne qui sera la tête de liste de l'Hérault, avec le député Christian Assaf à ses côtés. Idem pour la député Sylvia Pinel qui a négocié la première vice-présidence, en même temps qu'elle conservera son mandat au palais Bourbon. Dans le Gard et dans les Pyrénées-Orientales, les députés Fabrice Verdier et Jacques Cresta sont eux aussi en position éligible.

Mais il reste un peu plus de quatre mois pour faire campagne, et je suis persuadé que le mouvement qui se constitue aujourd'hui à gauche du PS est en mesure de mobiliser les électeurs pour que les politiques économiques que mettra en œuvre la prochaine majorité régionale se feront pour les citoyens (i.e. bénéficiaires), avec les citoyens (i.e. contributeurs) et sous le contrôle des citoyens (i.e. évaluateurs).

Ne quittez pas cette note sans aller sur la plateforme contributive :

leprojetencommun.net

Et vous ne pourrez pas dire à la fin de l'année que les citoyens n'ont pas été sollicités, très en amont de cette campagne ;-)

29/07/2015

Un beau livre pour le Salagou, une belle collection de contributions

Pour tous ceux qui sont attachés au patrimoine naturel et à l'attractivité du Cœur d'Hérault, Il n'est pas possible de passer à côté de cet ouvrage passionnant produit par 200 contributeurs (experts, scientifiques, acteurs locaux, témoins historiques, ...).

Philippe Martin, Matorral, Salagou

C'est autour de Philippe Martin que ce livre s'est élaboré. L'écologue Philippe Martin renouvèle ici un exercice exigeant de témoignages, d'explications et de découvertes sur le Salagou, ce site qui est devenu sa passion. Le livre ne peut pas se raconter ou se résumer, c'est comme un bon repas dans un restaurant étoilé dont la carte ne peut révéler les vrais plaisirs, il faut le lire.

Chaque page de l'ouvrage est une ardente invitation à venir sur place retrouver un paysage, un panorama, une plante ou un animal, un vestige de l'histoire du lac, un ouvrage d'art, ... car même pour ceux qui ont déjà parcouru le site, le livre nous fait découvrir des trésors qui appellent à d'autres voyages. On mesure d'ailleurs, au fil des 228 magnifiques pages du livre, que les élus locaux, que les associations et que tous les spécialistes du Salagou en ont encore sous le pied pour valoriser ce site. Et sans en faire un site touristique comme l'est le Mont Saint-Michel, un autre grand site de France, le Cœur d'Hérault dispose là, avec le cirque de Navacelles et Saint-Guilhem-le-Désert, d'un potentiel touristique à développer avec intelligence, avec responsabilité et en y associant tous les acteurs locaux.

En même temps, et à l'opposé des deux autres sites, le Salagou est un site récent (un demi-siècle) et il est en équilibre fragile entre ses deux orientations majeures, à savoir sa vocation initiale de réservoir d'eau pour l'irrigation agricole et sa dimension touristique acquise au fil du temps. Mais les infrastructures touristiques reposent sur une côte entre 139 et 142 ; il suffirait que les besoins en eau en aval de la Lergue et de la vallée de l'Hérault soient plus importants qu'aujourd'hui, et le réchauffement climatique nous y conduit, pour que le tourisme en pâtisse lourdement. La nature elle s'y adapterait, comme elle s'est adaptée à la mise en eau du barrage en 1969, mais les évolutions du climat nous montrent que même à cette échelle les activités humaines sont plus fragiles que la planète elle-même.

Philippe Martin, Matorral, Salagou

Le lecteur se laisse emporter par les contenus de toutes ces pages étonnantes, et on ne s'étonne même pas de quitter les ruffes du Salagou pour les figures du cirque de Mourèze, ou de passer du panorama du mont Liausson pour celui du pic de Vissou à Cabrières. La manufacture royale de Villeneuvette est peut-être la seule exception à ces errances paysagères, car cette cité ouvrière témoigne d'abord de l'innovation humaine.

On peut trouver cet ouvrage à la librairie du boulevard à Clermont l'Hérault, c'est là où je l'ai acheté pour 20 €. Et c'est un très beau cadeau à faire à des amis ; c'est en tous cas le cadeau qu'a fait le Président de la Communauté de communes du Clermontais, Jean-Claude Lacroix, au Président du Conseil départemental de l'Hérault, Kléber Mesquida, le 8 juillet dernier.

philippe martin,matorral,salagou

26/07/2015

Philippe Saurel, plus Bonaparte que Jaurès ?

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C'est à la fin du mois de juin que le maire de Montpellier, Philippe Saurel, a publié un essai intitulé « Réparer la République » (Éditeur Privat). Mais ce manifeste est aussi l'expression d'un projet politique que Philippe Saurel veut porter aux élections régionales après l'avoir validé aux municipales puis aux départementales.

Étant moi-même candidat aux régionales de décembre 2015, la lecture du livre de Philippe Saurel était un exercice obligé. J'avoue que j'ai abordé cette lecture avec un a priori plutôt positif, ayant suivi avec attention les initiatives de Philippe Saurel à la mairie de Montpellier, et son premier bilan d'étape lui est assez favorable (cf. note du 20 juin). Une première différence entre nous est notre relation aux partis politiques ; il a quitté un Parti Socialiste moribond en 2013 quand je continue de militer au sein d'EELV.

Dans son livre, Philippe Saurel consacre en effet de nombreuses pages aux partis politiques ; il les confronte à la « politique de projets » qu'il promeut et à laquelle ces derniers auraient renoncé pour des intérêts bien moins nobles. Nul doute que le divorce entre Philippe Saurel et le Parti Socialiste, dans le contexte pré-électoral des municipales de Montpellier en mars 2014, a été une séparation difficile dont il conserve de vifs griefs. Par ailleurs, son avis sur les partis politiques se fonde principalement sur son parcours au sein du Parti Socialiste, un parti qui ne produit plus de projet depuis fort longtemps et qui se contente d'exister dans le jeu stérile des alternances démocratiques.

Mais l'obsolescence d'un système justifie-t-elle de le condamner définitivement ? Est-ce qu'au contraire il ne faut pas essayer de moderniser et d'améliorer ce système ? Et d'ailleurs, Syriza comme Podemos que Philippe Saurel cite fréquemment dans son essai ne sont-ils pas une réponse à ce constat négatif sur le fonctionnement des partis politiques traditionnels ? La contestation citoyenne des indignés espagnols n'a-t-elle pas finalement pris la forme d'un parti politique ? Ce même parti, Podemos, qui vient de remporter les municipales à Madrid, à Barcelone et dans d'autres villes d'Espagne.

Et qu'aurait été le parcours politique d'un Jean Jaurès sans les partis politiques, lui qui participe à la création du Parti Socialiste en 1902 puis à la création de la SFIO en 1905 ? Philippe Saurel reproche aux partis politiques d'être dogmatiques, mais l'opposition dogmatique entre Jean Jaurès et Jules Guesdes dans l'affaire Dreyfus est loin d'être futile, elle révèle au contraire l'humanisme que Jean Jaurès plaçait avant la lutte des classes.

 

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N'est-ce pas le pacifisme dogmatique de Jean Jaurès qui lui a coûté la vie ? Aurait-il du occulter ce volet-là de son militantisme politique pour être beaucoup plus un homme politique « de projets » ?

Et c'est par un sophisme que Philippe Saurel rebondit : « les citoyens rejettent de plus en plus les partis politiques aux élections » et « sa démarche a rencontré du succès aux élections municipales puis aux départementales », il en découle donc que « Philippe Saurel propose une alternative qui elle seule pallie les carences d'un système politique sclérosé ». Mais ce qui manque dans cette démonstration, ainsi que dans le livre, c'est la présentation d'orientations politiques ; ou ne serait-ce que d'indiquer qu'elles sont essentielles. Car le Président de la Métropole explique que dans l'exercice de son mandat il « prend » des projets du Front de gauche, qu'il « prend » des bonnes propositions de l'UMP et du centre, et qu'il « prend » aussi les propositions pertinentes du PS ; ça fait un peu " cocktail de circonstance ", mais ça ne structure pas un projet politique sur la durée d'un mandat.

La liberté qu'il revendique aujourd'hui, en dehors des partis politiques, mais avec les partis politiques qui vont dans le sens de l'intérêt général, n'est pas un argument suffisant. Et en citant Étienne de la Boétie dans son Discours de la servitude volontaire, Philippe Saurel reprend à son compte la revendication d'une liberté qui s'oppose à la soumission, d'une volonté qui provoque la tyrannie. Mais La Boétie a écrit cet essai au 16ème siècle, dans un monde où la servitude était un héritage. Aujourd'hui, et vis à vis de la République, peut-on parler de servitude ?

Mais ce qui ressort principalement dans l'essai de Philippe Saurel, c'est l'amalgame entre une bonne gouvernance et une orientation politique pour laquelle le peuple délègue sa souveraineté. J'adhère au triptyque transparence, proximité et modernité ; je suis favorable au tirage au sort des délégués des Conseils de quartier, pour « éviter le copinage », et j'ai un regard très positif sur les 18 premiers mois des mandats de Philippe Saurel, mais il manque dans son ouvrage un chapitre sur la légitimité démocratique des orientations stratégiques du mandat. Parce que se contenter d'un discours de la méthode et de la bonne tête de l'édile conduit plus souvent à la démagogie qu'à la démocratie.

En réalité, Philippe Saurel porte seul son projet. Et s'il est entouré de nombreux émules qui promeuvent sa démarche, le système formalisé dans ce livre ne constitue toujours qu'une démarche personnelle. Et quand il répond à la critique « Saurel est isolé », c'est par un : « comptez le nombre de personnes qui ont voté pour moi, quelle que soit leur appartenance politique ... ». Le chapitre consacré au territoire trahit la portée de cette démarche, « son parti politique, c'est le territoire », mais qui reste très localisé sur Montpellier. Car il est très insuffisant de vouloir « revenir à une pratique simple de la politique, organisée en fonction des hommes et des territoires et non en fonction des intérêts politiques des uns ou des autres, en un mot ne pas être inféodé aux chapelles politiques ». Cela suffit pour animer un Parlement des territoires, mais pas pour présenter aux citoyens à l'occasion d'une campagne électorale un projet de mandat.

Or, voilà un différend que j'ai avec Philippe Saurel, dans ce qu'il appelle la « République des communes », et qu'il confronte à la « République d'en haut », celle du gouvernement. Oui, les élus locaux ont à la fois une légitimité démocratique et une proximité citoyenne qui permet d'en faire des relais adéquats pour une politique territoriale, mais on ne peut pas occulter la République, celle que des citoyens ont instaurée en 1792 et qui depuis deux siècles est un modèle unique au monde. Unique, oui, car aucun autre pays ne place la liberté d'expression et la laïcité au même niveau que nous. Il ne faudrait pas oublier la République des « Nous sommes tous Charlie ! ».

En parallèle, Philippe Saurel insiste sur la démocratie qui s'exprime au travers des réseaux sociaux, inscrivant le mandat des élus dans un schéma de démocratie directe. Mais on connait le travers de cette forme de démocratie, elle a été théorisée sous le mandat de Nicolas Sarkozy : " un fait divers, une émotion et donc une loi ! ". Il est là le risque d'une prise directe des élus sur les réseaux sociaux, celui d'exercer son mandat au rythme des émotions. Par ailleurs, d'écrire que « le nouvel outil de la démocratie est le numérique » ou que « la nouvelle citoyenneté est celle des réseaux sociaux », c'est en exclure tous ceux qui ne vivent pas dans le monde virtuel du Web ; il y a ceux qui ne sont pas de cette génération-là, ceux qui n'en ont pas le temps et tous ceux qui refusent cet asservissement-là. Et la loi Renseignement que vient de valider le Conseil constitutionnel devrait dissuader les citoyens les plus attachés à leurs libertés de s'y épancher sans limites. Car, si Internet est une formidable ouverture sur le monde, les réseaux sociaux n'ont-ils pas quelques défauts ? Ils sont par exemple le meilleur vecteur de propagande des mouvements djihadistes ... mais dans une dimension moins extrémiste, ils permettent à des petits malins de profiter des confessions des usagers pour en faire de mauvais usages.

La citation de Philippe Saurel que j'ai découverte dans la conclusion du livre : « en marchant, on fait le chemin » (de Antonio Machado) fait écho à une autre que je cite souvent : « je marche pour savoir où je vais » (de Goethe). Nous nous accordons-là sur le fait que les certitudes, que les projets, bref que les plans tirés sur la comète sont des projections très incertaines de l'avenir. Combien de Présidents de la République et de Premiers ministres ont affiché le projet de renverser la courbe du chômage ? Mais cela ne m'empêche pas, bien au contraire, d'affirmer des valeurs, des principes et des orientations politiques majeures pour faire ce cheminement politique ; et de s'en donner les moyens !

Je suis un élu militant écologiste, et je trouve dans l'écologie politique des orientations qui structurent ma façon d'aborder les politiques publiques des assemblées où je suis élu ; et ça alimente mon action militante. Je pâtis moi aussi de la mauvaise image que véhiculent quelques leaders d'EELV, alimentant comme le décrit longuement Philippe Saurel la « perversion de la vie politique en fonction d'intérêts propres », mais nous sommes des milliers de militants à partager un même projet politique, sans compter tous les sympathisants et tous les associatifs qui se mobilisent pour un autre monde. Sur le capitalisme, sur la démographie, sur le consumérisme, sur l'énergie, sur l'alimentation, sur le matérialisme, sur la biodiversité, sur les ressources naturelles, ... j'ai des convictions qui sont publiques, sur lesquelles je communique et qui étayent mes interventions publiques.

Voilà ce qu'il manque dans le livre de Philippe Saurel, mais peut-être est-ce l'objet d'un prochain livre du même auteur ... J'estime que les citoyens ont besoin de savoir sur quels fondamentaux se bâtira le mandat d'un futur élu. Et si dans mon cas je suis "interchangeable" avec d'autres élus écologistes, quel autre élu(e) pourrait porter un même projet que celui que porte Philippe Saurel dans les mandats qu'il occupe, ou qu'il veut occuper ?

En conclusion, si Philippe Saurel est bien un acteur politique remarquable ici en Languedoc, c'est dommage qu'il donne plus de lustre à son " tiers bonapartiste ", conquérant, plutôt qu'à son " tiers issu de Jaurès ". Plus fidèle à l'esprit de Jaurès, il pourrait alors s'investir dans l'unité des formations politiques qui satisfont son "tiers anarchiste ", c'est à dire anti-système.