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11/07/2015

Tsipras révolutionne l'Europe

En quelques semaines, le Premier ministre Aléxis Tsipras a renversé la table. Finie la période pendant laquelle les institutions européennes ont tenu la Grèce dans une précarité financière et économique voulue, la presque totalité des capitales européennes souhaitant l'échec du gouvernement de gauche de Syriza. Le Premier ministre Grec a mis en lumière le corset de la BCE, l'épée de Damoclès du FMI et la volonté du gouvernement allemand de le voir échouer.

Faut-il s'étonner aujourd'hui que les détails de l'accord que Tsipras soumet ce week-end aux institutions européennes soient semblables aux mesures souhaitées par celles-ci jusqu'au 25 juin ? Sur le fond, non, mais sur la forme ce n'est plus le même joueur qui a la main. La Grèce n'est plus soumise à des mesures d'austérité imposées par Bruxelles, et sans autre retour, mais Athènes présente un plan de sortie de crise assorti d'un plan d'aide de plusieurs dizaines de milliards d'euros et d'une restructuration de la dette grecque.

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Entre temps, Aléxis Tsipras a consulté son peuple par référendum, il est allé défendre son projet politique devant le Parlement européen et il a fait valider les propositions faites aux institutions européennes par son Parlement. L'Europe n'a jamais été aussi politique que depuis l'arrivée de Syriza au pouvoir en Grèce. Et ce fonctionnement opaque d'une Europe qui imposait un modèle de développement libéral à ses peuples va désormais se heurter à l'écueil Tsipras. Après les humiliations subies par les Grecs depuis quelques mois, il ne serait pas surprenant que le Parlement Grec retoque à l'avenir quelques traités européens. Je pense en l'occurrence au traité de libre-échange transatlantique (TAFTA) à qui le Parlement Européen vient de donner cette semaine son feu vert (cf. site de France Nature Environnement), mais qui nécessitera à la fin un vote unanime des 28 pays membres.

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Mais cet épisode européen aura permis d'illustrer la collusion qui prédomine parmi les chefs d’État et de gouvernement. Parmi les 19 pays de la zone Euro, une douzaine sont gouvernés par des coalitions ; pour les autres, l'étiquette est trompeuse ; du parti travailliste maltais au parti social-démocrate slovaque, et en passant par le parti socialiste français, ce sont des ersatz de gauche qui s’accommodent fort bien de la marchandisation du monde. Et il n'y a peut-être que le parti populaire du Premier ministre espagnol Mariano Rajoy à gouverner seul un État de la zone Euro, élu sur un programme libéral ... Mais peut-être plus pour très longtemps. Car ce qu'a démontré Aléxis Tsipras, et ce dont il a besoin aussi pour ne plus subir seul la pression des autres États, c'est que propager cette réappropriation de l'idéal européen par les peuples eux-mêmes est la seule issue pour franchir le gué.

La zone Euro a en son sein quatre poids lourds : l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie et la France, qui pèsent pour trois-quart du PIB de la zone. Il est regrettable que ces quatre-là ne s'entendent pas pour être plus solidaires des autres États membres, préférant systématiquement se retrancher derrière des institutions et des règlements qui freinent toute dynamique de progrès européen. Ces quatre-là pourraient impulser un vrai projet européen, avec un budget commun, une harmonisation fiscale et une politique extérieure à l'unisson. Quant à l'expression de l'ensemble des 19 États membres de la zone euro, elle doit être démocratique et les représentants de ces États au Parlement Européen devraient pouvoir siéger dans une structure dédiée.

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