Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

29/06/2015

Ou est la démocratie en Europe ?

Personne ne s'est donc étonné de l'absence d'un acteur majeur en Europe pendant ces deux dernières de négociation entre la Grèce et ses créanciers ? Enfin, je dis un « acteur majeur », mais ce n'est peut-être qu'un idéal qui étale là toute sa vacuité dans ces moments si importants pour l'Europe ...

Cet acteur, c'est le Parlement européen. Avez-vous vu ou entendu son Président Martin Schulz intervenir fortement dans la crise que rencontre l'Europe ? Je vous invite à visiter le compte Twitter de Martin Schulz, ou sa page facebook ... Rien depuis 5 jours ! Pas un mot sur la Grèce :=(

On apprend, selon le gouvernement grec, que Martin Schulz « a informé dans l'après-midi M. Tsipras qu'il allait convoquer immédiatement une réunion des chefs de groupe parlementaire de l'assemblée européenne pour examiner cette question et la situation d'une manière plus générale dans le but de prendre des initiatives ». Ce Parlement pour lequel nous avons désigné nos représentants il y a un an est le ventre mou des institutions européennes ; il en devient même son alibi démocratique.

Cela fait plusieurs mois que des eurodéputés écologistes placent la question de la dette grecque au cœur du problème ; il faut cesser de donner des liquidités aux banques grecques. Oui, ça aide l'économie locale à fonctionner, mais ça fait aussi grossir leur dette. Juste après la victoire de Syriza en début d'année, Philippe Lamberts et Eva Joly signaient une tribune prémonitoire dans Libération.

La_Grèce_un_bras.jpg

Interrogé ce matin par un auditeur de France Inter, le ministre Michel Sapin répondait que la démocratie en Europe était garantie par ses États qui sont tous des démocraties. Ainsi, dans une Europe qui se fait au fil du temps de plus en plus tyrannique, des responsables européens comme Michel Sapin baignent dans un océan de démocratie ...

Mais les chefs d’État et de gouvernement européens ne refont plus l'erreur [de jeunesse ?] commise en novembre 2011 quand le Premier ministre grec de l'époque voulait lui aussi consulter son peuple pour légitimer ses arbitrages vis à vis de leurs créanciers. Il lui fut vivement conseillé de renoncer à son projet de référendum ... Ces choses-là sont bien trop techniques pour être soumises à un arbitrage démocratique. C'est comme pour le référendum sur le traité constitutionnel en France en 2005 ; les français n'avaient certainement pas bien compris la question ...

La_Grèce_cheval_de_Troie.jpg

Mais ce qui se dessine le 5 juillet, c'est un sacré coup de pied au cul d'une Europe qui s'est construite certes sur un idéal humaniste, mais qui est un gâteau que se partagent quelques élites politiques, financières et bourgeoises. Ce n'est pas l'euro qui est mis en danger au travers de ce référendum, mais la domination d'une pensée conformiste où les citoyens européens ne sont que des pions. La victoire de Syriza en janvier 2015 ne doit surtout pas se propager au reste de l'Europe, et le prochain pays en ligne de mire est l'Espagne de Mariano Rajoy où Podemos vient de lui prendre les villes de Barcelone et de Madrid. Ce n'était donc pas un hasard si Nicolas Sarkozy était aujourd'hui à Madrid pour établir avec le chef du gouvernement espagnol quelques remparts contre l'essor d'une force alternative à gauche, et pour une autre Europe.

Mais je reviens à Aléxis Tsipras que l'on accuse aujourd'hui d'avoir été élu sur un programme démagogique, à savoir de restructurer la dette grecque, de mettre fin aux politiques d'austérité et de maintenir son pays dans la zone Euro. Oui, les Grecs ne remplissaient pas les conditions pour rentrer dans la zone Euro ; mais maintenant qu'ils y sont, la zone Euro ne pourrait-elle donc pas évoluer pour s'adapter aux diverses économies qui la composent ? La solidarité des États de la zone Euro ne serait donc qu'un bout de papier tamponné MES ...

La_Grèce_Euro_Cata.jpg

La construction européenne est depuis quelques temps au milieu du gué. Alors soit on décide d'aller jusqu'à l'autre rive, soit on fait demi-tour ; mais on ne reste pas plantés là à prendre l'eau ! Et pour franchir le gué, c'est aux citoyens européens de décider de quelle Europe ils veulent. Le référendum sur le TCE en 2005 n'a plus jamais été suivi d'un débat démocratique sur une fiscalité européenne [au moins harmonisée], sur un budget commun alimenté par des impôts européens, sur un pacte social synonyme de progrès, sur une politique extérieure et une représentation internationale à la hauteur des enjeux mondiaux, etc. Sinon, l'Europe va se déliter ; des formations nationalistes seront le refuge de plus en plus d'européens désappointés, et quelques régions européennes prendront le leadership d'un continent déboussolé.

Je souhaite donc que le OXI l'emporte ce dimanche en Grèce, et qu'Alexis Tsipras pourra ainsi revenir à la table des négociations avec un mandat clair et avec la perspective d'un compromis salvateur. La Grèce est paradoxalement un bon élève de la zone Euro, elle génère un excédent primaire qui signifie qu'elle dégage des marges de manœuvre budgétaire ; mais c'est le service de la dette qui plombe les finances du pays. Un moratoire sur la dette grecque apporterait une bouffée d'oxygène, sans que le recouvrement de ces créances à court ou moyen terme porte préjudice au FMI, à la BCE et aux autres États membres de la zone Euro.

europe,tsipras,schulz,parlement,démocratie

Les commentaires sont fermés.