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20/06/2015

Citoyenneté, souveraineté déléguée ou démocratie contributive, quel sera demain le profil des élus de la République ?

En Grèce, en Italie ou encore récemment en Espagne, des élections locales ou nationales ont permis à de nouveaux élus d'accéder au pouvoir, souvent vierges de tout mandat ; ils sont nouveaux ! Et nous avons vécu la même expérience aux dernières élections municipales en France, avec des maires que le parcours humain, social ou professionnel ne prédestinait pas toujours à occuper cette fonction. Mais avec la petite différence qu'en France ces nouveaux élus avaient pour la plupart une expérience politique, et souvent au Parti Socialiste ; d'autres comme Robert Ménard à Béziers ont été élus avec le rassemblement bleu marine (RBM).

En France, le constat général reste néanmoins le rejet par les citoyens des partis politiques ; ils ne donnent plus confiance, ils ne produisent plus de résultats satisfaisants et leurs responsables semblent surtout là pour se servir eux-mêmes. C'est ce que nous enseigne un récent sondage de l'institut Odoxa sur "Les Français et les partis politiques" :

camembert.jpg

Et en contre-point de ce désamour des Français pour les "corps intermédiaires", dans lesquels les partis politiques n'ont rien à envier aux syndicats et aux associations, il est des personnalités qui suscitent une forte audience. Et s'il y a bien un homme politique qui occupe l'actualité régionale depuis deux ans, c'est Philippe Saurel, le maire de Montpellier et président de la Métropole Montpellier Méditerranée. Il fait durer le suspens sur sa candidature à l'élection régionale de décembre, il publie fin juin un livre qui lui servira de sondage personnel, mais il est surtout un élu très dynamique dans une métropole tout aussi dynamique.

Car ce qui m'intéresse ici, c'est le message politique qu'adresse quelqu'un comme Philippe Saurel. Il n'est pas un jeune premier de la politique, comme le sont de l'autre côté des Pyrénées Ada Colau, Manuela Carmena ou encore le leader de Podemos Pablo Iglesias ; Philippe Saurel serait plus proche d'un parcours à la Tsipras qui est conseiller municipal d'Athènes depuis 2006, qui prend la présidence de son parti à 33 ans avant de devenir député l'année suivante, en 2009. Mais c'est une alchimie qu'Europe Ecologie Les verts avait très bien réussie en 2009 pour les élections européennes en réunissant des "anciens" (Dany Cohn-Bendit et José Bové), et des "nouveaux" (Eva Joly, Yannick Jadot, Sandrine Bélier et Jean-Paul Besset). Depuis, EELV n'a plus réussi à agréger autant de nouvelles compétences et le parti de l'écologie politique a succombé aux ... politicailleries ;-)

Aussi, qu'ils aient été exclus de leur parti ou qu'ils en soient partis volontairement, ils sont de plus en plus à errer dans un entre-deux. C'est par exemple le cas de Liêm Hoang-Ngoc, économiste, ancien député européen et membre du bureau national du PS qui vient de rendre sa carte pour créer une nouvelle formation, la Nouvelle Gauche Socialiste. Je salue cette démarche-là, à l'opposé de celle des mercenaires politiques, car Liêm Hoang-Ngoc propose une alternative mobilisatrice.

 

Liêm Hoang-Ngoc.jpg

Mais je connais aussi beaucoup d'élus locaux qui sont dans cet entre-deux, c'est à dire qu'ils exercent leur mandat en conformité avec des valeurs politiques (de gauche, de droite ou d'ailleurs), mais à qui il manque une formation politique pour échanger, pour construire et pour gouverner. Car un(e) élu(e) qui se targue d'être "élue(e) citoyen(ne)" sans disposer d'une structure formelle, transparente et démocratique au sein de laquelle il(elle) puisse être évalué(e) tout au long de son mandat, et au sein de laquelle peuvent se co-élaborer des politiques publiques, alors cet(te) élu(e) ne ferait que du marketing politique.

L'indépendance affirmée des "élus citoyens" vis à vis des partis politiques est autant un label qu'un écho au désaveu populaire. Et beaucoup de socialistes ont été bien naïfs en pensant que Philippe Saurel accepterait un hochet en renoncement de sa candidature aux régionales ... Qui aurait pu croire qu'il accepte de succéder à Anne-Yvonne Le Dain comme député ? Et rien que pour deux ans, pour siéger avec les non inscrits comme Jean Lassalle, Thomas Thévenoud ou encore Marion Maréchal Le Pen en contradiction avec son message sur le non cumul ? Cela aurait été pour le maire de Montpellier son île de Sainte-Hélène, l'exil avant la mort.

Mais il ne suffira pas à Philippe Saurel de réunir son Parlement des territoires pour légitimer sa démarche citoyenne ; il n'y invite que des élus qui ont bien la légitimité des urnes, mais qui ne sont pas tous dans une démarche de démocratie contributive. Une question simple serait à poser à tous ces édiles : « comment jugerez-vous que votre mandat a été réussi ? ». Pour beaucoup, c'est leur propre réélection qui servira de réponse ... Mais un mandat n'est qu'une délégation de souveraineté donnée par les citoyens à des femmes et à des hommes qui les représentent ; la réussite d'un mandat s'évalue pour moi sur des bilans quantitatifs et qualitatifs, et en toute objectivité.

Parlement_territoires_2.jpg

Néanmoins, j'ai déjà relaté dans mes notes quelques "bons points" accordés au maire de Montpellier ; il est plutôt dans le bon mouvement et je lirai avec intérêt le manifeste qu'il publie le 27 juin " Réparer la République " (Éditions Privat). Dans cette période électorale, il est désormais blacklisté par l'UMP (Stephan Rossignol pour le Pays de l'Or, Max Roustan pour l'Agglomération d'Alès ou encore François Commeinhes pour Thau Agglo boycottent la réunion du 20 juin à Casties), mais aussi par le PS dont le Président socialiste du Conseil départemental de l'Hérault, Kleber Mesquida, aurait fait passer le message :=( La mise au ban constitue ici un réflexe de détresse de la part des formations politiques, et elle pousse les exclus à se rapprocher plus encore des citoyens. CQFD.

Les régionales de décembre 2015 seront la dernière opportunité électorale avant 2020 pour Philippe Saurel et pour beaucoup d'autres élus locaux ; les cinq prochaines années seront consacrées à 100% aux mandats locaux. Être élu(e) à la Région ou y avoir des relais de confiance est donc une priorité pour beaucoup de ces élus qui ont compris que les nouvelles compétences des Conseils régionaux allaient peser lourdement dans la réalisation de leurs projets. C'est ce qui a motivé Philippe Saurel et les Montpelliérains à l'occasion des élections départementales, nul doute que les mêmes causes produiront les mêmes effets.

Mais les citoyens ne restent pas bouche bée à observer leurs élus choisir telle ou telle stratégie électorale, et ils sont en train de s'organiser. Des collectifs et des conférences se multiplient, synonymes d'un appétit politique qui rassemble plus de gourmets ; la mal-politique, c'est fini !

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