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23/05/2015

Au bord du gouffre : "ne poussez pas !"

J'avais laissé mon blog sur une note nostalgique et désabusée, 34 ans après l'élection de François Mitterrand (dit "Tonton") à la Présidence de la République. Et sans être obnubilé par le socialisme français, je n'ai pas pu échapper à la dernière sortie présidentielle. François Hollande, depuis la capitale de Lettonie où il participait à un sommet européen le 21 mai à déclaré : « Tout ce qui peut apporter de la stabilité, de la cohérence et de la visibilité est bon pour l'action que je mène aujourd'hui pour la France ». Insistant sur le fait que « Il y a des principes qui valent dans toutes les instances, dans tous les moments et pour tous les sujets, c'est la stabilité, la cohérence et la visibilité ». Il s'exprimait depuis Riga à l'issue du vote interne au Parti Socialiste sur les motions de congrès, mais son message semblait recouvrer une pensée plus générale.

Il est bien loin le socialisme idéologique, celui des années 80 que j'entendais à 20 ans et qui aspirait à plus de progrès social, plus d'efficacité économique dans un souci d'intérêt général et à plus de libertés. La chute du mur de Berlin en novembre 1989 était cet autre signal fort de l'époque. Mais depuis, des chefs d’États et de gouvernements gestionnaires, en France comme en Europe, nous font faire un retour en arrière social inouï.

Le discours post-Marxiste de la seconde moitié du 20ème siècle est aujourd'hui abandonné. En ce temps-là, les hommes politiques de gauche évoquaient facilement le concept d'aliénation à l'outil de production, et suivaient alors très naturellement des discours sur l'émancipation, sur l'organisation des temps de vie, sur les loisirs et la culture. Les progrès de la science et les innovations technologiques ont aussi largement contribué à cette aspiration au « mieux-vivre ». Et on nous parle désormais de stabilité, de cohérence et de visibilité, bref de s'inscrire dans un conformisme qu'aurait pu revendiquer un Louis XVI à la veille de la Révolution Française.

Mais on ne peut pas vivre sans idéal ! En France, l'idéal républicain s'est propagé à partir de 1789 dans l'esprit des Lumières, la souveraineté de la nation se substituant à la souveraineté monarchique pour que le bien commun (la chose publique) soit gouverné par la loi (notion d’État de droit). La liberté est au cœur de l'idéal républicain, et cet idéal-là s'est confronté pendant deux siècles à l'idéal religieux chrétien. C'est ce qu'Emmanuel Todd décrit dans ses ouvrages au travers des "catholiques zombies" et de la fracture entre des territoires de culture révolutionnaire et laïque, et des territoires plus conservateurs héritiers d'une tradition chrétienne historique. L'idéal religieux est aussi celui auquel succombent de plus en plus de jeunes qui y voient là l'unique issue de leur existence, et cela les conduit à une radicalisation individuelle que notre République ne sait plus enrayer. L'écologie porte aussi des germes de radicalité, les abus de la mondialisation financière heurtant les consciences de jeunes en révolte permanente. Les inégalités modernes ne sont plus celles du 19ème siècle entre ouvriers et bourgeois, elles sont celles de la France métropolitaine et de la France périphérique (cf. Christophe Guilluy), celles de la France [endettée] aliénée au consumérisme et de la France possédante.

Ayant pris le prétexte d'une déclaration de François Hollande suite au vote des motions du PS, je ne peux pas ignorer la désaffection qui touche tous les partis politiques. Le nombre des adhérents s'effondre dans toutes les formations, et les partis politiques fonctionnent encore sur des mécanismes périmés, bien loin de ceux qui ont vu naître Syriza, Podemos ou le mouvement italien 5 étoiles. Le principe des primaires, du PS à l'UMP, rend caduc le militantisme au sein des partis politiques, mais ces partis-là n'ont pas mis en place de stratégie militante de remplacement. Pourquoi un jeune irait-il rejoindre aujourd'hui une formation politique traditionnelle ? Pour y faire quoi à part la claque dans les meetings des leaders et distribuer des tracts lors des campagnes électorales ? Ces partis politiques qui s'appuient maintenant sur des "think tanks" pour établir des diagnostics et pour produire des études et des analyses, et qui en fait externalisent la réflexion politique à des "spins doctors" qui ont tous les mêmes parcours en communication et en marketing politique.

Mais c'est difficile d'initier d'autres dynamiques citoyennes. En 2010, le parti écologiste Les Verts a décidé de prendre en compte cette baisse de l'engagement militant. Le parti est devenu Europe Ecologie Les Verts au moment des européennes, avec Dany Cohn-Bendit, José Bové et Eva Joly, formalisant ainsi la coexistence d'une sphère d'adhérents à un parti politique et une sphère de sympathisants réunis dans une coopérative. Or, cinq ans plus tard, force est de constater que les coopérateurs ont été écartés de tous les processus décisionnels d'EELV ; cf. le site Web de la coopérative qui ne publie plus rien depuis 2011. Et on ne parle plus que de Placé, Duflot, De Rugy, Cosse, Baupin et Pompili, ... jusqu'à l'overdose !

Malheureusement, je participe ici d'un diagnostic politique très négatif, et je n'ai pas de solution pour mobiliser des citoyens autour d'un projet politique. Un chanteur, un écrivain ou un réalisateur de films saura mieux que tout autre militant politique susciter des réactions et des mobilisations citoyennes, mais de façon sporadique et sans stratégie politique de moyen terme.

C'est le cas du film de Stéphane Brizé, "La Loi du marché" avec Vincent Lindon ; une claque, mais après ?

Comme le dit l'acteur dans une interview, c'est un film où « des pauvres surveillent des pauvres» pour faire gagner de l'argent à la grande distribution.

 

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Je dirai que des intellectuels se mobilisent pendant que des citoyens se démobilisent, mais qu'entre les deux personne ne fait plus la jonction. La classe politique est tout entière rythmée par les séquences électorales et par ces joutes qui dégoûtent plus qu'elles n'indiffèrent, et il reste un État et des institutions de la République qui se délitent, impuissants devant les forces de l'économie financière et marchande.

Le "groupe de Tarnac" et l'essai "L'insurrection qui vient" font l'objet depuis 2007 d'une lancinante campagne de dénigrement de l’État, mais leurs projets font écho à ce que j'écris sur ce blog depuis des années, et à ce que bien d'autres écrivent, chantent, mettent en scène et scandent en d'autres lieux. Il n'y a plus que 40% des Français qui votent pour les partis républicains, peut-être la classe politique réagira-t-elle quand elle ne représentera plus que 25% des Français ? Sauf qu'avant quelqu'un comme Marine Le Pen aura pris le pouvoir pour une aventure plus destructrice encore.

Commentaires

Tout a fait d'accord avec vous !

merci !

Écrit par : Christian | 23/05/2015

Dans votre analyse, vous oubliez les fonctionnaires, qui tout en "râlant" continuent à faire marcher le système, parce que la sécurité et les bonnes payes (eh oui, malgré leurs dires) sont bien trop difficiles à lâcher.... et qui réclament, pour certains, que les pauvres paient des impôts directs pour leur assurer encore de meilleures payes... (ils osent pleurer misère !) ...
C'est à eux que le "peuple" a à faire... et il les retrouvent aux postes de commande politiques, naviguant d'un univers à l'autre (fonction publique-politique) sans perdre aucun de leurs avantages ...
je regrette, je suis de gauche, pour la justice, la transparence, l'honnêteté( ringard !)... et je ne les trouve nullepart.

Écrit par : vieille dame | 26/05/2015

faut-il ajouter que "l'insurrection qui vient" sera celle de tous les dangers ? rien à gauche-gauche de construit et donnant de l'espoir...

Écrit par : vieille dame | 26/05/2015

Les commentaires sont fermés.