Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

02/05/2015

Les dessous cachés de la fusion des régions

Longtemps la polémique sur la fusion des régions a porté sur les périmètres, sur les compétences, sur les ambitions économiques ou tout simplement sur le nom des futures régions, mais il se dévoile à présent des conséquences administratives plus conséquentes.

Oui, les deux régions de Midi-Pyrénées et du Languedoc-Roussillon ne feront plus qu'un au 1er janvier 2016. Le Conseil des ministres a choisi la capitale régionale provisoire ; ce sera Toulouse. Un rapide micro-trottoir montre que les citoyens des deux régions ne sont pas surpris, car au travers de son industrie aéronautique l'actuelle préfecture de Haute-Garonne fait figure de locomotive.

Mais derrière cette vitrine, se cache une administration qui sera profondément bouleversée. Dans l'administration territoriale, c'est environ un millier d'agents du Conseil Régional du Languedoc-Roussillon qui devraient partir pour Toulouse. Et du côté des services de l’État, ce sont environ deux mille agents qui devraient partir aussi.

Des signaux forts ont été donnés par le gouvernement ces derniers jours. Ainsi, le Préfet coordinateur de la future région n'est autre que le Préfet de la région Midi-Pyrénées. Et il en est de même pour la Direction de l'Agence Régionale de Santé (ARS), pour le Rectorat, pour Pôle Emploi et pour la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) ; dans tous ces cas, c'est le patron de la structure toulousaine qui prend en charge la fusion de ses services avec ceux du Languedoc-Roussillon.

fusion des régions,midi-pyrénées,languedoc-roussillon

Cette migration vers l'ouest aura-t-elle un impact dans le quotidien des citoyens du Languedoc-Roussillon ?

Sur le seul plan des transferts administratifs, on peut penser que non. De toutes façons, il est évident que tout ne pourra pas s'exécuter depuis Toulouse. Il y aura nécessairement une présence des services de la Région et de la Préfecture de région dans les départements. Il faut aussi noter que la Région est surtout l'interlocuteur des entreprises et des collectivités locales, plus rarement celui du grand public.

Par contre, sur le plan de la dynamique économique, il faut s'inquiéter de ce nouveau jacobinisme. L'aire urbaine de Toulouse a déjà aspiré tout le potentiel économique de l'actuelle région Midi-Pyrénées. En dehors de Montauban, le réseau des villes de cette région végète ; Tarbes, Auch, Cahors, Rodez ou Castres alimentent peu souvent l'actualité économique. Alors Toulouse aspirera-t-elle aussi la vitalité des villes du Languedoc-Roussillon ?

population_LR_MP.jpg

La configuration est différente dans notre région. En effet, nos grandes villes qui se situent en bordure du littoral méditerranéen rivalisent déjà avec Montpellier ; Perpignan, Narbonne, Béziers et Nîmes sont des poids-lourds qui entraînent tout un département. Et en passant de la compétition à l'émulation, la région Languedoc-Roussillon disposerait d'énormément d'atouts pour devenir un pôle majeur de développement économique.

population_LR_MP_2.jpg

Néanmoins, il y a des actions actuellement en cours qui vont peser dans un rééquilibrage entre les deux régions. Il en va ainsi du Contrat de Plan État-Région (CPER). Au titre de la programmation 2015-2020, Midi-Pyrénées se verra attribuer 654 millions d'euros (soit 220 euros par habitant) et Languedoc-Roussillon recevra 449 millions d'euros (soit 163 euros par habitant). Le montant du CPER est calculé à partir d'indicateurs démographiques, sociaux et économiques, dans une logique de péréquation entre régions riches et pauvres, entre régions peu ou très peuplées. Mais la logique de péréquation qui prévalait dans les CPER précédents s'estompe au profit d'une logique de projets, et le nouveau CPER accompagne les régions qui investissent dans l'innovation, dans la mobilité, dans la transition énergétique, etc.

Pour les aides européennes qui s'inscrivent dans le 16ème programme 2014-2020, la Région Midi-Pyrénées va percevoir 460 millions d'euros contre 424 millions d'euros pour le Languedoc-Roussillon. Il s'agit-là des aides du FEDER, du FSE et de l'IEJ, mais le Languedoc-Roussillon reçoit aussi 12 millions d'euros du FEAMP (Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche) et les deux régions sont candidates pour le FEADER qui accompagne l'économie agricole et le développement rural ; le dossier de candidature de Midi-Pyrénées sollicite une aide de 1 307 millions d'euros quand celui du Languedoc-Roussillon 611 millions d'euros.

Aides_2014_2020.jpg

En additionnant ces deux outils, le CPER et les aides européennes, la région Midi-Pyrénées se voit attribuer un milliard d'euros de plus que le Languedoc-Roussillon, et il s'agit d'aides affectées ; c'est à dire que les 2,4 Md€ de Midi-Pyrénées (815 euros par habitant) et les 1,4 Md€ du Languedoc-Roussillon (543 euros par habitant) ne rentreront jamais dans un pot commun. Les politiques économiques qui seront engagées par la future assemblée régionale seront donc contraintes par ces financements publics externes.

Quant à la future assemblée régionale, elle sera composée de 75 élus du Languedoc-Roussillon et de 83 élus de Midi-Pyrénées. Et en tenant compte de la plus forte représentation du Front National dans les sections départementales du Languedoc-Roussillon, cela affaiblira plus encore une dynamique "septimanienne" dans le futur Conseil Régional. Aussi, la seule stratégie possible est celle de la transparence et de l'intelligence politique. Angélisme ???

C'est en tous cas ce que fera le futur groupe écologiste dans cette nouvelle région. Les élus écolos de Midi-Pyrénées et de Languedoc-Roussillon partagent le même projet politique de transition écologique de nos territoires, et nous saurons exploiter tous les atouts de chaque bassin de vie pour assurer la prospérité de nos concitoyens. Et sans idolâtrer une hausse du PIB, cet indicateur que le capitalisme mondialisé a sanctuarisé au détriment de tous les autres indicateurs de développement humain.

Les commentaires sont fermés.