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25/04/2015

Indonésie, de la carte postale de rêve aux réalités d'un archipel en danger

Pour beaucoup de monde, l'Indonésie est synonyme de voyage et les îles de Java, de Sumatra ou encore de Bali sont quelques-unes des destinations que propose cet immense archipel d'Asie du Sud-Est. Mais l'Indonésie, ce sont aussi ces images inoubliables du tsunami du 26 décembre 2004 dont l'épicentre se situait au nord de l'île de Sumatra et qui a fait dans ce pays plus de 150.000 morts, et plus de 200.000 morts en comptant les pays voisins du Sri Lanka, de Thaïlande, de Malaisie, etc. Mais nous savons aussi que les 17.000 îles de cet archipel sont gravement menacées par les conséquences du réchauffement climatique ; l'augmentation de la température réduit la saison des pluies, intensifie les précipitations et accroit les périodes de sécheresse, la montée du niveau de la mer est une réalité qui provoque des déplacements massifs de réfugiés climatiques et c'est l'indépendance alimentaire de l'Indonésie qui est menacée.

Mais l'actualité de l'Indonésie, vue de France et en dehors de la série noire aéronautique (mars 2014 avec le Boeing 777 sur le vol MH-370 et décembre 2014 avec l'A320 sur le vol QZ-8501), c'est depuis quelques temps la condamnation à mort du Français Serge Atlaoui. Quelle que soit son histoire, quels que soient les faits, condamner à mort et exécuter un homme heurte notre culture humaniste. Dans son discours du 17 septembre 1981 devant la représentation nationale, le garde des sceaux Robert Badinter qui y défendait l'abolition de la peine de mort expliquait le caractère assez peu dissuasif de cette sentence, et il réservait aux pays où la liberté est confisquée ce pouvoir de l’État de disposer jusqu'à la vie de ses citoyens. Robert Badinter reprenait aussi les propos de Jaurès, un abolitionniste militant : « La peine de mort est contraire à ce que l'humanité depuis deux mille ans a pensé de plus haut et rêve de plus noble. Elle est contraire à la fois à l'esprit du christianisme et à l'esprit de la Révolution ». Et Robert Badinter concluait son discours par : « Demain, grâce à vous la justice française ne sera plus une justice qui tue. Demain, grâce à vous, il n'y aura plus, pour notre honte commune, d'exécutions furtives, à l'aube, sous le dais noir, dans les prisons françaises. Demain, les pages sanglantes de notre justice seront tournées ». Mais si en 1981 la France était l'une des dernières démocraties occidentales à encore condamner à mort, il reste aujourd'hui une quarantaine de pays qui appliquent la peine de mort. Les États-Unis, la Chine, l'Inde, le Japon et l'Indonésie font tâche dans cette liste de 38 États où ils figurent à côté de dictatures d'un autre temps.

Dans le cas de Serge Atlaoui, c'est le décalage entre le crime qui lui est reproché et la peine à laquelle il est condamné qui suscite l'incompréhension. Chacun s'accorde sur son rôle dans le trafic dont il s'était rendu complice, un rôle très subalterne et très éphémère qui est bien loin d'en faire un baron de la drogue. Mais d'autres Français sont emprisonnés en Indonésie pour des délits relatifs au trafic de drogue : François Giuily, Thierry Vercheine, Vincent Roger Petrone et Gérard Debetz, ce qui fait cinq Français au total après que Michaël Blanc a été libéré l'an dernier après 14 ans d'emprisonnement. Or, le Président indonésien Joko Widodo reste sourd à tous les appels des gouvernements dont des ressortissants sont condamnés à mort et aux protestations des ONG qui démontrent que la peine de mort n'est pas du tout dissuasive.

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Je ne sais pas si M. Joko Widodo compte venir à Paris en décembre pour la conférence internationale sur le climat, mais j'espère que le gouvernement Français lui refusera tout visa et toute autorisation de séjour. Et si notre diplomatie ne sait pas empêcher quelqu'un qui aurait décidé la mort d'un citoyen français de fouler le sol national, alors c'est la justice qui pourrait être invoquée par les familles de ses victimes pour l'entendre et le poursuivre. Mais cela n'exonèrerait nullement la communauté internationale de protéger, entre autres, les populations indonésiennes contre les conséquences du réchauffement climatique.

Commentaires

Pour avoir transporté de la drogue (héroïne, cocaïne ou marijuana), ces 8 hommes ont été fusillés dans une clairière peu après minuit dans la nuit du 28 au 29 avril 2015 :
Myuran Sukumaran, Australien de 34 ans,
Andrew Chan, Australien de 31 ans,
Rodrigo Gularte, Brésilien de 42 ans,
Sylvester Obiekwe Nwolise, Nigérian de 49 ans,
Okwudili Oyatanze, Nigérian de 45 ans,
Raheem Agbaje Salami, Nigérian de 42 ans,
Martin Anderson, Nigérian de 50 ans,
Zainal Abidin, Indonésien de 53 ans.

Ils avaient déjà purgé une peine de 10 à 16 ans de prison, ce qui correspond à une sanction déjà exemplaire du point de vue de nos démocraties occidentales, et la peine de mort est réellement un acte de barbarie qui ne devra jamais être oublié dans nos relations d’État à État avec le Président Joko Widodo.

Le sort de la Philippine Mary Jane Veloso, 30 ans, et celui de notre compatriote Serge Atlaoui restent entre les mains d'un État barbare et l'issue n'aura jamais la rationalité du droit.

Écrit par : Laurent Dupont | 01/05/2015

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