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18/02/2015

Les limites et les perspectives de la démocratie citoyenne

Le concept est à la mode, et ce sont les dernières municipales de mars 2014 qui en ont été le point d'orgue, la démocratie citoyenne se substituerait désormais à celle des partis politiques. Mais l'an dernier, si des listes citoyennes se présentaient contre des listes politiques, c'était souvent avec une seule liste de ce type par commune. Il n'y a pas de modèle particulier pour ces listes "hors partis", certaines étaient portées par des dissidents ou des exclus de partis politiques, mais la majorité se sont constituées sans véritable connexion politique.

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Aujourd'hui, c'est le maire de Montpellier Philippe Saurel qui défend cette démarche comme étant la seule offre démocratique capable de mobiliser tout le monde sur des projets d'intérêt général (cf. article du Point du 12/02). Et il renchérit sur ce thème dans la Marseillaise de ce mercredi, précisant qu'il  veut « dupliquer » son modèle des Municipales pour les prochaines Régionales (cf. article de l'Hérault du Jour).

Car quand il indique que « Les listes citoyennes sont la seule alternative crédible au FN », de quelles listes parle-t-il ? Si demain les partis politiques perdent toute audience, alors se présenteront de multiples listes citoyennes pour un même scrutin ... Il y aura la liste citoyenne portée par Monsieur Machin, la liste portée par Madame Bidule et d'autres listes citoyennes portées par X et Y, mais alors comment les citoyens pourront-ils juger des programmes tous remplis de bonnes intentions ? Et nous savons que ça finira par un grand concours de séduction (pour ne pas dire clientélisme), et on prendrait alors le chemin de la décadence de Rome ...

L'alternative ultime serait qu'il n'y ait plus qu'une seule liste citoyenne issue d'une forme de parti des citoyens. Tiens, ça donne le PC ;-) Eh oui, le parti unique des Républiques socialistes ou populaires avance le même paradigme. Le multi-partisme est un vecteur de démagogie politique, et il vaut mieux construire les orientations politiques en amont, au sein d'une formation unique qui débat sur le fond en y associant tous les citoyens. C'est encore aujourd'hui le modèle du Parti communiste chinois, mais il n'a malheureusement jamais garanti la pluralité d'opinions.

Et cet échec des partis communistes dans les Républiques populaires vient justement de leur monopole. Si l'idée de départ est recevable, elle aboutit à un exécutif exclusif qui peut très facilement basculer dans le dirigisme. La multiplicité des formations politiques et des candidatures aux élections sont donc les gages d'une véritable démocratie.

La conclusion vient tout naturellement, il faut des idéaux politiques qui s'appuient sur des dynamiques citoyennes. Nous constatons que les partis politiques actuels sont dépourvus d'ancrage citoyen, ils ne s'alimentent d'aucune réflexion qui aille de bas en haut. Et dans ces conditions, la France d'en bas laisse les partis d'en haut évoluer dans leur bulle. De façon symétrique, des collectifs citoyens qui prennent place dans le champ politique sans aucun idéal de moyen ou de long terme tombent rapidement dans la gestion des affaires courantes tout en essayant de satisfaire tout le monde ...

Avec ses fabriques citoyennes, Europe Écologie Les Verts (EELV) veut justement coupler une vision écologique du développement humain avec la plus large participation possible des citoyens. Ainsi, délibérer au sein d'une assemblée élue devrait être l'aboutissement d'un processus où les projets sont co-élaborés avec les citoyens. Les politiques publiques mises en œuvre par les assemblées élues doivent aussi être évaluées régulièrement par les citoyens.

Des initiatives citoyennes existent, et elles se multiplient d'ailleurs pour palier les carences de l'offre de services publics ou marchands. Une AMAP, un jardin partagé ou du covoiturage en sont quelques exemples, mais on se rend assez vite compte que sans un portage politique fort, alors ces initiatives restent isolées et elles ne subsistent qu'au travers de l'engagement militant de quelques bénévoles.

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Le concept de fabrique citoyenne s'apparente à celui de démocratie participative, mais il va beaucoup plus loin. Avec la démocratie participative, mais cela se concrétise aussi par exemple avec les budgets participatifs (dans des communes, dans des lycées, ...), les élus déplacent ponctuellement et provisoirement une part de leur mandat issu de la démocratie représentative ; les citoyens sont mis à contribution pour établir un diagnostic, pour élaborer un programme d'action, pour évaluer une réalisation, etc. La fabrique citoyenne met le citoyen au cœur du processus d'élaboration des projets politiques, il en est un acteur permanent. Et pour ne pas retomber dans une bulle où ce seraient toujours les mêmes qui seraient impliqués, certains théorisent même sur le tirage au sort.

Je ne crois pas que Philippe Saurel imaginait que des listes citoyennes ne soient autre chose que des listes conduites par le citoyen Saurel, mais je l'invite à explorer la question avec toute la sérénité qu'elle mérite.

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