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29/01/2015

Rien ne sert de courir ; il faut partir à point

La victoire de Syriza ce dimanche en Grèce est un évènement considérable pour l'Europe. Le bras de fer que le nouveau Premier ministre Grec Alexis Tsipras va engager avec la Commission européenne et avec la Chancelière Angela Merkel aura des conséquences significatives au sein de la zone euro. Le statu quo dans lequel l'Europe stagne depuis plus de 7 ans pourrait cesser ... Enfin, c'est à souhaiter.

Mais ce nouveau gouvernement qualifié de « gauche radicale » suscite des enthousiasmes parfois peu rationnels. Oui, le Parti Socialiste Grec (Pasok) est passé en 6 ans d'un peu plus de trois millions de suffrages (44%) à un peu moins de 300 000 voix aux législatives du 25 janvier (4,7%). Et à l'opposé, Syriza est passé de 315 000 voix (4,6%) à plus de 2 millions d'électeurs (36%). Mais la Grèce n'est pas la France, ni même l'Espagne, et ce sont à chaque fois des processus démocratiques différents qui se mettent en œuvre.

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La Grèce a fait le choix de la rupture avec le modèle économique dominant qui lui était imposé par la troïka (Commission européenne + BCE + FMI), modèle par lequel les inégalités sociales se creusaient de façon alarmante. Mais la situation sociale en Grèce avait atteint un point que Naomi Klein décrit très bien dans son livre "La stratégie du choc". Selon les théories de Milton Friedman, une société en crise peut atteindre un tel état de choc qu'elle est prête à accepter de s'aliéner à tout pouvoir capable de l'en sortir. Un pouvoir en place a donc intérêt à créer des situations de crise majeure pour ensuite faire passer sa pilule :=(

Mais la Grèce qui a rejoint l'Union européenne en 1981, puis la zone euro en 2001 est encore une société très rurale ; sa croissance économique a été dopée par le levier européen, mais trop rapidement pour que sa population et ses institutions puissent s'y adapter harmonieusement. L'austérité imposée depuis 2009 par ses créanciers a considérablement dégradé les conditions de vie, le logement, la santé et l'alimentation. Alexis Tsipras s'inscrira peut-être dans la lignée des chefs de gouvernements latino-américains, comme Rafael Correa ou Evo Morales, qui déroulent une autre politique que celle dictée par les institutions financières mondiales.

En France, où la situation sociale est tout aussi préoccupante, il ne suffira pas d'additionner des étiquettes politiques (PG, PCF, EELV, FASE, ND, ...) pour rejouer le scénario grec. Il y manque un ingrédient majeur, c'est la dynamique citoyenne. En Grèce, et comme en Espagne d'ailleurs, des personnalités politiques comme Alexis Tsipras et Pablo Iglesias ont été les catalyseurs politiques d'une indignation populaire. Or, en France, et à l'exception de la journée du 11 janvier qui a vu se mobiliser des millions de citoyens pour défendre leur démocratie, il n'y a pas réellement de mobilisation générale. Nous avons plutôt un morcellement des initiatives citoyennes, des ZAD aux villages Alternatiba en passant par tout le tissu associatif qui irrigue nos territoires.

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Et puis le changement ne s'impose pas par un slogan ou par un claquement de doigts, il découle d'un travail démocratique et participatif qui doit s'enraciner sur un territoire. Nous l'avons vu à Grenoble où l'élection d'une nouvelle équipe écologiste et de gauche qui a succédé au PS a été le fruit d'un long travail de terrain ; il faut semer et arroser avant de récolter. L'élection présidentielle est un piège, elle enferme les formations politiques dans une course hors-sol ; c'est dans les territoires où nous aurions par contre bien plus besoin de débats stratégiques.

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