Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

03/12/2014

ZADisme ou Démocratie ?

Le phénomène tend à se généraliser, celui du ZADisme. Les ZAD sont des Zones A Défendre qu'occupent des citoyens qui ne se reconnaissent plus dans les codes et dans les règles communes qui régissent la vie en société. Ces ZADistes ne sont pas nécessairement des personnes non intégrées dans une vie sociale, professionnelle ou familiale, mais ils prennent plus que d'autres la mesure de l'impasse dans laquelle toute notre société dite moderne s'engouffre les yeux fermés. Rémi Fraisse était l'un d'eux.

Le ZADisme se caractérise par l'occupation d'un site sur lequel la société veut réaliser un projet qui est le fruit de tous les conformismes économiques, technologiques, démocratiques et financiers, projet qui écarte d'un revers de main tous les enjeux humains et environnementaux. Et l'opinion publique (*) reproche à ces ZADistes de prendre la démocratie en otage ; une petite minorité de citoyens militants, déterminés et bien organisés bloquent tous les processus administratifs et contractuels légitimement adoptés par des assemblées d'élus. Par ailleurs, une ZAD n'est pas qu'une barricade dressée contre l'autorité, elle est aussi un lieu de vie qui tend à démontrer que des alternatives existent.


A l'été 2011, la Salamane aurait pu devenir une ZAD. L'association de la Salamane avait organisé une grande manifestation sur les parcelles de Roland Sanchez, parcelles qui sont dans le périmètre de la ZAC, et de nombreux collectifs étaient venus pour débattre et pour constituer une convergence des luttes contre l'artificialisation de nos terres agricoles (Jardins de Bonne Terre à Pézenas, l'Hinterland de Poussan, les Gardiens de la Gardiole de Fabrègues, ...). Mais d'autres militants plus radicaux avaient contacté les organisateurs pour venir occuper le site de la Salamane, et en faire une ZAD comme à Notre-Dame-des-Landes. L'association de la Salamane avait rejeté cette proposition, naïvement confiante dans les autres moyens de lutte qu'elle déployait depuis deux ans (dans les médias, aux élections, devant la justice, au sein des assemblées d'élus, ...). Mais finalement, l'association de la Salamane n'a pas réussi à convaincre et nous avons au bord de l'A75 une aire de 70 hectares qui est un abîme financier pour la Communauté de communes qui porte ce projet, en plus d'être une horreur paysagère et le totem d'un urbanisme prédateur.

Mais désormais, les ZAD sont appelées à se multiplier. Ainsi, à Roybon en Isère, une ZAD s'est récemment constituée sur le site d'un projet de village de vacances Center Parcs. Les opposants au projet mettent en avant des atteintes environnementales, des risques sur la nappe phréatique, mais aussi de l'argent public (via des mesures de défiscalisation et des investissements municipaux) qui finance un projet privé. Les élus écologistes se sont opposés à ce projet dès le départ. Aujourd'hui, ce sont les élus communistes du Conseil général de l'Isère qui sortent du rang, et puis le Président socialiste du Conseil régional de Rhône-Alpes qui devait y mettre 7 millions d'euros ... Cf. article de L'OBS sur la ZAD de Roybon.

Manifestation des opposants au projet de Center Parcs à Roybon en Isère le 30 novembre 2014 (PHILIPPE DESMAZES / AFP)Manifestation des opposants au projet de Center Parcs à Roybon en Isère le 30 novembre 2014 (PHILIPPE DESMAZES / AFP)

Le gouvernement ne sait plus trop bien sur quel pied danser ... Fin novembre, en clôture de la conférence environnementale à l’Élysée, François Hollande avait annoncé que tous ces projets devaient être plus respectueux de la démocratie locale, qu'ils devaient être expliqués aux citoyens et que le recours au référendum local devait s'inscrire dans le processus de décision. Mais les ministres du gouvernement de Manuel Valls sont de la vieille école. Interrogé en début de semaine par un député de l'Isère, Bernard Cazeneuve a déjà donné sa position : « [...], il faut aussi que les principes de la République soient mis en œuvre de façon claire, nette et sans ambiguïté. Lorsque des élus légitimement et démocratiquement élus conduisent des projets qui ont franchi toutes les étapes du droit, ces projets doivent pouvoir se mettre en œuvre au terme des discussions que j'évoquais à l'instant ». Et interrogée ce mercredi par la député EELV Michèle Bonneton lors des questions au gouvernement, Ségolène Royale lui a répondu : « On peut concilier la création d'activités et d'emplois et le respect des règles de protection de l'environnement ».

Les processus démocratiques empruntent des voies trop éloignées du quotidien des populations. Les décisions se fondent sur des études confiées à des sociétés de conseil et d'ingénierie, les procédures se déroulent dans la discrétion des commissions d'élus, les personnes publiques concernées sont consultées sans publicité (services d'incendie et de sécurité, services départementaux du ministère de l'écologie, chambre d'agriculture, ...) et les financements publics se cantonnent exclusivement à la création et à la préservation de l'emploi. Mais notre environnement se dégrade tous les jours sans que le chômage de masse ne dévie de sa courbe ascendante ... Alors il n'est pas étonnant que tout cela révolte, et les jeunes sont les premiers à le manifester avec passion.  Petit à petit, espérons qu'il y aura de plus en plus de Jean-Jack Queyranne parmi nos élus locaux.

- - - - - - - - - - -
(*) Opinion publique : Des notables qui s'appuient sur la communication institutionnelle de leurs collectivités territoriales et sur une presse peu critique pour asséner un point de vue que les citoyens finissent par faire leur.

Commentaires

Le tribunal administratif de Grenoble vient de suspendre en référé le projet de Center parcs (cf. Arrêté Loi sur l'eau).

Ce projet avait reçu un avis négatif de la commission d'enquête en juillet dernier. Le préfet, aux ordres du Secrétaire d’État Vallini (toujours Conseiller général de l'Isère et ex-Président), était passé outre alors que les incompatibilités avec la loi étaient manifestes.

Il est probable que le projet soit, de fait, abandonné.

C'est la 3ème fois, après le projet de rocade Nord et sur la dissolution du SMTC à Grenoble, que Vallini échoue en voulant passer en force contre les écologistes sur des projets très mal ficelés ...

Écrit par : Laurent Dupont | 23/12/2014

Quand l’opposition et la contradiction ne sont pas de bon ton. Laurent Dupont , adjoint des Verts à Paulhan en a fait la douloureuse expérience à l’occasion du dernier conseil communautaire.. Unique représentant des Verts depuis le retrait des délégations de Gérard Saëz, Laurent Dupont a du faire face à une majorité silencieuse et aux invectives du président Alain Cazorla et de son vice-président François Lieb.,

A l’ordre du jour : l’acquisition de trois parcelles d’une surface totale de 21.056 m2 pour la création de la ZAC « Le prix au m2 supérieur à celui- annoncé au départ » s’est étonné Laurent Dupont. Un montant justifié par « l’estimation des domaines en date du 5 mars 2009 est de 6 euros avec une marge d’appréciation de 15% arrondi au cas présent à 7 euros ». Il était ensuite proposé au conseil d’approuver la convention de partenariat entre la CCC, le Conseil général et la commune de Clermont relatif à « une aide de 999.000 sur 3 ans , composée de 870.000 euros au titre de l’enveloppe du contrat de territoire et de 120.000 au titre du programme d’aide aux parcs d’activité ». Une aide soumise à la condition de réalisation d’un Parc de qualité qui respecte les principes de la charte environnementale et imposant sur la partie emploi : 1 /3 de création nette et 2/3 de délocalisés. Des chiffres qui ont fait bondir l’élu des Verts « au début cela devait être une opération blanche, en fait celle-ci sera équilibrée par des subventions territoriales, donc par l’argent du contribuable « . Et, rebondissant sur l’emploi « dans cette règle des 1/3, 2/3 sur les 120 emplois promis System U va créer en fait 40 emplois et en délocaliser 80, on est loin du compte ». De quoi faire sortir Alain Cazorla de ses gongs et surtout son premier-vice président François Lieb : « vos propos sont incohérents, vous êtes parano ». Des interrogations qui ne semblent pas avoir perturbé les élus communautaires, et c’est à l’unanimité moins une voix ( celle de Laurent Dupont) que ces projet ont été adoptés.

Depuis Cazorla a sauté mais on retrouve J.C. Lacroix c'est pire!

Écrit par : Hubert Borg | 23/12/2014

Les commentaires sont fermés.