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01/10/2014

Le paysage politique héraultais bascule-t-il ?

Le verbe "basculer" a longtemps signifié en politique une alternance gauche-droite, et c'est ce que nous constatons aujourd'hui au Sénat où l'UMP Gérard Larcher succède au socialiste Jean-Pierre Bel. Mais ici, la bascule pourrait nous conduire dans une configuration plus chaotique.

Le paysage politique, c'est depuis longtemps la gauche et la droite ; et pour savoir à quel camp appartient un parti politique, je me contente de remonter au printemps 2012 pour savoir s'il était derrière Hollande ou derrière Sarkozy. Dans cette note, je conserve cette classification pour illustrer les changements constatés depuis quelques années. Quant à la classification "extrême-droite", elle porte beaucoup plus sur les candidats que sur leurs électeurs, les premiers animés par un idéal nationaliste exploitent le désarroi des seconds.

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Mais reprenons déjà le résultat des sénatoriales héraultaises. En 2008, la gauche faisait 1357 voix (66,2%) et la droite 646 (31,5%). Ce dimanche, la gauche a fait 1090 voix (47,3%) et la droite 1055 voix (45,8%). Pour l'extrême-droite, le résultat passe de 45 voix (2,2%) en 2008 à 160 voix (7%). Mais dans l'Hérault, les divisions à gauche comme à droite rendent très incertaines les prévisions électorales, et rien n'est joué pour l'élection départementale de mars 2015.

Ces divisions se caractérisent aux sénatoriales par la candidature (et l'élection) de dissidents. En 2008, les candidats encartés, à gauche, à droite et au Front National réunissaient 1239 suffrages (60,5%) contre 809 suffrages aux "divers". En 2014, l'écart se réduit ; les "encartés" réunissent 1196 suffrages (52%) contre 1109 (48%) aux autres. Déjà aux municipales de mars 2014, la dissidence (ou l'indépendance) a été payante, c'est un positionnement qui pourrait encore se développer à l'avenir.

Il est par ailleurs intéressant de mesurer en parallèle le poids des grandes collectivités territoriales qui sont souvent taxées de "clientélisme". En 2008, le candidat de la Région faisait 21,5% des suffrages quand celui du Département faisait 29,1%. Et même si les présidents de ces deux collectivités avaient quelques velléités, ils étaient tous les deux socialistes et étaient déjà majoritaires avec deux candidats sur huit. En 2014, le candidat de la Région fait 11% et celui du Département fait 16,4% ; le Parti Socialiste des institutions territoriales recule auprès des grands électeurs ! Et c'est à mettre en balance avec des agglomérations comme Montpellier et Béziers qui échappent aux appareils politiques ...

Un autre facteur intervient dans l'analyse du scrutin, c'est l'expression par le bulletin de vote d'une adhésion au modèle économique promu par les deux grands partis de gouvernement, ce que Marine Le Pen caricature en UMPS. En 2008, ils étaient 184 grands électeurs (9%) à voter pour un parti ou pour un(e) candidat(e) que l'on pourrait qualifier d'alternatif ; en 2014, ils sont 378 (16,4%).

Tous ces indicateurs quantitatifs sont à apprécier dans un contexte où le vote urbain (plus stratégique) l'emporte sur le vote rural (plus affectif). Le poids des aires urbaines de Montpellier, de Béziers et de Sète aura été prépondérant, et cela pourrait préfigurer l'élection départementale de mars 2015 où le découpage cantonal imposé par le gouvernement renforce le poids des villes sur celui des campagnes.

Mais si les partis politiques calculent déjà les rapports de force pour les élections de 2015, les citoyens sont très loin des ces préoccupations-là. Et les inondations du mois de septembre ne sont ni de gauche ni de droite, ni partidaires ni dissidentes, elles nous interpellent au contraire sur l'entretien des infrastructures publiques et les moyens que pourront y consacrer dans les prochains mois nos collectivités locales. Dans les communes, l'entretien des réseaux constitue la tâche ingrate des élus locaux ; la voirie, l'adduction d'eau potable, les eaux usées, le pluvial ou l'électrification rurale ne sont pas des sujets très glamour, mais ce sont des priorités vitales. Je fais cette digression pour pointer le côté souvent superficiel de certains enjeux politiques, et le scrutin du 28 septembre n'y échappe pas.

Il est urgent que les politiques renouent le lien avec la réalité du quotidien, mais celle de leurs concitoyens, pas la leur ou celle de leur formation politique. Je le répète souvent ici, mais les questions sont simples, ce sont celles de l'emploi, du logement, de la santé, de la mobilité, de l'éducation et de la formation professionnelle, de l'alimentation, de l'énergie, bref de tout ce qui fait notre qualité de vie. Et les réponses ne peuvent se faire ni en langue de bois ni avec des promesses intenables, mais avec des valeurs et des orientations qui suscitent une adhésion sur le long terme.

21:33 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

quand vous dites "affectif", vous voulez dire "clientéliste" ? non ?

Écrit par : vieille dame | 02/10/2014

A part ça, beaucoup de bon sens dans votre billet !!!

"l est urgent que les politiques renouent le lien avec la réalité du quotidien, mais celle de leurs concitoyens, pas la leur ou celle de leur formation politique."
ben oui ! ça parait tellement évident ! dans quoi sont-ils englués pour l'avoir perdu de vue depuis si longtemps et de plus en plus ?

Écrit par : vieille dame | 02/10/2014

Les commentaires sont fermés.